Ne sauvons pas la date !

« Save the date » est repris tel quel dans des annonces de manifestations, colloques ou évènements. On se demande bien pourquoi !

Save the date ! La formule est reprise comme un tic, parfois même chez ceux qui passent leur temps à dénoncer l’impérialisme culturel américain. C’est un autre de ces tics de langage à la mode qui n’amènent rien, sauf un sentiment d’exaspération pour ce qui me concerne.

Rendons-nous à l’évidence : c’est devenu un mème, c’est-à-dire un phénomène reconnaissable par réplication. Derrière cet appel à retenir, réserver, noter, inscrire la date d’une conférence, d’un rassemblement, d’un colloque ou que sais-je encore, la fonction première du mot passe au second plan, est presque gommée. Cela devient un panneau, signifiant d’abord : « Attention ! vous allez manquer quelque chose d’important » (pour l’émetteur, pas forcément pour vous d’ailleurs).

Il ne s’agit pas d’insister sur l’objet du message, qui ne vient qu’après, mais de susciter un réflexe que nous qualifierons de calendaire. Précipitons-nous sur notre agenda papier ou numérique, et réservons la date. C’est une démarche assez vaine, néanmoins, puisque l’effet de surprise s’use à force d’utilisation.

Il n’est pourtant point besoin de « sauver la date » comme le soldat Ryan, car je ne doute pas qu’on trouve çà et là des calques de ce faux ami au sens étendu (retenir, sauvegarder...). La date ne sera pas plus sauvée que le pécheur non repenti (pour le croyant). Elle sera rejetée dans l’abîme d’un passé révolu n’appartenant plus, au mieux, qu’à l’histoire, grande ou petite.

Vous pouvez tenir, dans un message court, à une expression qui frappe (ou est censée frapper). Dans ce cas, comparez Save the date ! (15 signes et espaces) et Bloquez la date ! (17 signes et espaces, avec dans les deux cas le point d’exclamation qui sied mieux). Deux petits signes seulement pour une formulation plus claire.

Luc Bentz

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