Antidote 9 : un excellent correcteur grammatical

Antidote 9 (éd. Druide) est un correcteur orthographique et grammatical qu’on peut recommander à ceux qui ont une pratique fréquente de la production d’écrit quotidien ou quasi quotidien de l’écrit (correcteurs-réviseurs, universitaires et étudiants, responsables d’entreprises devant fournir des documents internes ou externes). C’est après deux mois d’utilisation que nous pouvons affirmer, selon la formule consacrée, que « l’essayer, c’est l’adopter ».

C’est un investissement qui reste modeste et, pour un étudiant, ses 119 € peuvent faire la différence dans la réception d’une mémoire ou d’une thèse par un jury, comme ce peut être le cas aussi dans des documents commerciaux d’entreprise ou un rapport à la hiérarchie dans un organisme structuré. L’orthographe, on le sait, même si elle est un marqueur social et culturel, a surtout pour fonction, via un code commun, de faciliter la lecture.

Les correcteurs fournis avec les logiciels de traitement de textes ont fait beaucoup de progrès... dans l’orthographe d’usage (la manière dont on écrit chaque mot : oiseau et non °wazo). Mais on sait que la correction grammaticale (erreurs d’accord entre les constituants de la phase ou dans les groupes de mots) n’est pas leur fort. Pire, ils ont tendance, tout en oubliant des erreurs majeures, à signaler des « faux positifs » (autrement dit à pointer comme erreurs des formulations justes).

Or Antidote 9 constitue, pour ses utilisatrices et utilisateurs, un progrès, du moins pour celles et ceux qui, comme moi, n’avaient pas utilisé antérieurement de logiciel « professionnel » de correction.

Nous avons fait un premier test sur un texte court avec des difficultés classiques (accords du participe passé, adjectifs de couleur et noms de couleurs employés adjectivement). Ce texte mélangeait à la fois des tournures correctement orthographiées (contrôle des faux positifs) et des tournures orthographiquement erronées. On n’a pas réponse à tout, mais le correcteur permet, pour vérifier, de se poser les bonnes questions.

Au-delà de ces tests (y compris sur un document plus long qui m’avait été fourni), nous l’avons pratiqué notamment :

  • pour des corrections hebdomadaires de textes externes émanant d’étudiant·e·s au niveau orthographique variable ;
  • pour la relecture, sur document long, de mes notes de cours (comme étudiant sur le tard), prises à la volée.

J’y ai trouvé mon compte et, même sur des textes courts, il permet d’échapper à ces fâcheuses erreurs d’inattention que l’on ne repère jamais sur écran, parce que le cerveau corrige inconsciemment ce que l’œil voit... sans parler de la visite impromptue de votre matou préféré sur votre clavier.

Une intégration réussie

On relèvera qu’Antidote 9 s’intègre bien au principal logiciel de traitement de textes du marché (Mot, en français) comme au module correspondant de Libre Office , suite logicielle libre. Dans ™Ms-Word, un onglet de menu (tout en haut) s’active ; dans LibreOffice, c’est une barre d’outils qui s’ajoute en haut à gauche. L’accès au correcteur est donc simple.

Étant amené à travailler sur les deux supports, nous n’avons pas trouvé de différence : on arrive sur la même plate-forme, épurée de la mise en page, qui permet de se concentrer sur le texte :

  • en haut à gauche, des icônes qui permettent d’ignorer le cas en passant à l’occurrence suivante, et de passer, selon le positionnement dans le texte, à la précédente ou à la suivante ;
  • dans la colonne de gauche, il y a les différents types de révisions (orthographe et grammaire, typographie, style...) sur lesquelles le guide de l’utilisateur donne les détails et que l’on peut configurer.
  • À droite, il y a les différentes occurrences trouvées (ce qui permet de faire une correction globale).

C’est un ensemble très intuitif.

Vue rapprochée sur les signalements

Cette vue, plus rapprochée encore, permet d’avoir une meilleure idée de l’ergonomie du correcteur :

Vue rapprochée sur le texte

Le signalement sur la minuscule (logique pour le correcteur) attire votre attention sur le fait que la virgule qui précède a été malencontreusement insérée à la place d’un point : le correcteur n’interdit pas à l’utilisateur — tant s’en faut ! — de faire preuve de réflexion et même un peu de jugeote. C’est d’ailleurs son intérêt : la complexité même de la langue française exclut toute automatisation.

Au reste, les indications renvoient à des explications possibles ou invitent à consulter les guides disponibles. Une utilisation régulière peut permettre, par imprégnation, d’améliorer le niveau orthotypographique d’un utilisateur quotidien ou quasi quotidien. (La pratique régulière de l’écriture améliore la régularité de l’écriture par la pratique.)

Une gestion simultanée des modifications

Les modifications dans l’écran sont automatiquement répercutées dans le logiciel d’origine. Inversement, une modification opérée dans le logiciel d’origine se répercute dans la fenêtre de correction.

Le logiciel de correction n’accepte en effet que la saisie de quelques mots : il refuse par précaution les modifications plus importantes (on peut constater un besoin de réécriture assez lourd). L’instantanéité de la prise en compte des modifications permet, insistons-y, de naviguer entre les deux écrans (logiciel/correcteur) en toute simplicité.

On apprécie aussi l’intégration dans la messagerie libre Thunderbird et notamment la fonction « anti-Oups » qui alerte en cas de risque d’oubli d’une pièce jointe.

Par défaut, la correction orthographique est traitée d’abord. Si l’on veut fermer, une alerte demande à confirmer ou à vérifier la correction typographique. Pour cette dernière, on apprécie les corrections multiples en un clic. Pas de sauvegarde à faire : en fermant la fenêtre du correcteur, on revient au logiciel d’origine.

Antidote 9 : vue général de l'écran

Antidote 9 fait d’ailleurs la différence entre les erreurs détectées (qu’on corrige, ou pas), propose des alternatives avec des explications, renvoie à des guides et, surtout, permet d’ajouter des termes inconnus à un dictionnaire personnel. C’est précieux dans le cadre d’un travail universitaire ou professionnel avec des noms relevant du jargon technique ou scientifique. Utile aussi est la distinction entre sigles ou acronymes, noms, noms propres (y compris les raisons sociales).

Des éléments sur lesquels il y a des doutes sont signalés plus discrètement (pointillés minces au lieu du trait rouge), avec des explications et une modification à faire éventuellement « à la main ». Il signale des « ruptures », ce qui est pratique pour repérer le manque d’un mot ou une mauvaise ponctuation dans un membre de phrase...

Mais (cela m’arrive souvent, pour des raisons explicables) on peut ignorer les corrections ou les ruptures en les signalant au logiciel : il n’y revient pas, au moins dans la même session.

Sélectionner le texte à vérifier

Supposons, comme cela m’arrive sur des textes longs, que vous travaillez en plusieurs fois sur un texte. Vous n’avez pas forcément envie de reprendre le texte intégralement.

Si vous placez le curseur quelque part dans le texte, le correcteur commencera à l’afficher à partir de ce point (en écartant ce qui précède). Si vous sélectionnez un fragment du texte, la correction ne portera que sur ce fragment-là.

Sachant que certaines applications gardent la « mémoire » de votre dernier emplacement, songez à bien vous replacer dans le texte si vous voulez reprendre la correction en amont, voire sur la totalité du texte.

Limites et précautions d’emploi

Antidote 9 a des limites, bien sûr. L’intérêt du logiciel, insistons-y, est de ne jamais inciter l’utilisateur à la passivité, bien au contraire. Antidote 9 peut passer « à côté » d’un signalement et signaler des faux positifs — mais c’est relativement rare, et sous forme d’interrogation. La gradation visuelle des alertes, les variantes mentionnées par les explications sont des points d’appui.

Soulignons d’abord, surtout si le texte est long, qu’il faut laisser au correcteur le temps de le charger (il l’analyse au fur et à mesure). Mais, même si votre orthographe « naturelle » est excellente, il s’avèrera très utile — et même rapidement indispensable que vous êtes attentive ou attentif à la qualité de vos écrits.

Si, au-delà de textes courants (techniques, professionnels, académiques), vous recherchez la reconnaissance de la République des Lettres, la correction stylistique puis, ensuite, les différents outils de révision et de statistique offerts (colonne de gauche) vous aideront (leur paramétrage peut être plus ou moins fin).

S’il fallait signaler une précaution d’emploi, c’est de prendre le temps d’attendre, avant d’ouvrir un traitement de texte, après un redémarrage du système d’exploitation sous Windows (nous n’avons pas l’expérience sous Mac). Il faut laisser à Antidote le temps de se charger pour pouvoir ensuite agir.

Nous avons connu quelques bogues avec LibreOffice, avec un signalement « aucun texte transmis au correcteur ». Le bogue peut venir du traitement de texte, du correcteur, du système d’exploitation et de la gestion des appels : nous l’avons résolu simplement en fermant le traitement de textes et en le relançant après quelques secondes d’attente.

Mais ce sont là des incidents mineurs qu’une patience au redémarrage permet d’éviter.

Liens utiles

Que vous commandiez le logiciel dans une boîte ou en version dématérialisée, vous recevrez un lien de téléchargement et un code (la boîte contient en document papier le mode d’emploi et les guides, ce que vous pouvez préférer à une consultation en ligne.

P.-S.

Par principe, depuis sa création en 1998, Langue-fr.net a refusé tous les partenariats commerciaux comme tous les liens publicitaires. On nous a proposé de tester le correcteur en nous laissant le logiciel à disposition. Nous avons acquis personnellement les ouvrages dont nous rendons compte ; nous aurions pu faire de même avec ce logiciel ou un autre (nous y avions songé d’ailleurs). C’est bien parce que, à sa manière, il nous est devenu aussi utile que le Bon Usage ou le Girodet que nous avons fait le choix d’en rendre compte : pour qui a une pratique professionnelle ou académique de l’écriture (production fréquente ou travail sur des documents longs), Antidote9 s’avèrera d’une grande utilité : c’est le fond de l’affaire. Encore voulions-nous que les choses fussent tout à fait claire.

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