DB (21-9-2000). — Bonne nouvelle. On se lamentait dans certains milieux sur la disparition progressive de l’accord du participe passé après avoir, notamment à l’oral. Le Président, toujours plein d’initiative, a décidé d’infliger un camouflet péremptoire aux défaitistes, en assénant à la journaliste (pardon, au journaliste, il paraît que ça choque certains de féminiser les fonctions) qui l’interrogeait ce soir, sur FR 3, un vigoureux : « une grave maladie qui m’avait atteinte », en parlant de la fameuse rumeur. [1]
Bon, le problème, c’est que maintenant il va y avoir une nouvelle rumeur : il avait des petits chaussons roses, le président, quand il était petit ?
Luc BENTZ (22-9-2000) — Le président est un rectificateur affirmé* (on notera que, sur cette question, le Conseil supérieur de la langue française avait été beaucoup plus prudent en 1990). Encore peut-il, contre Malherbe, s’appuyer sur Grevisse (que je cite seul, en utilisant donc la 10e édition, 1975, du Bon Usage et non la 13e de 1993). Qu’écrit en effet le Maître ?
L’article « participe passé » du Nouveau Dictionnaire des difficultés du français moderne de Hanse et Blampain (3e éd., 1994) mentionne (§ C, p. 639) :
Chirac pourrait encore se consoler de faire évoluer la syntaxe autant que le lexique (Ah ! cet extraordinaire abracadrabantesque !)... mais se contenter de marcher sur les brisées de Giscard, se le pardonnera-t-il ?
* On sait d’ailleurs comment, en 1996, il a « rectifié » sa propre majorité parlementaire par une dissolution portant bien son nom...
AB.fr (23-9-2000). — Vous avez un président qui cite du Rimbaud et vous le critiquez ! Mauvais français ! (AB.fr citait le Coeur volé de Rimbaud que nous reproduisons plus bas.)
Citation du TLFI (Trésor de la langue française informatisé) :
ABRACADABRANTESQUE, adj. Néol. d’aut[eur]. Qui ressemble à ce qui est abracadabrant :
Ô flots abracadabrantesques Prenez mon cœur, qu’il soit lavé ! Ithyphalliques et pioupiesques Leurs quolibets l’ont dépravé ! A. Rimbaud, Poésies, « Le Cœur volé », 1871, p. 100.
Rem[arque]. Le suff. -esque (Šesco (ital.) Šiscus (lat.)) indique le plus souvent la manière, la ressemblance, l’orig[ine]. Il prend parfois une valeur péj[orative] ou com[ique]. Cette dernière nuance apparaît dans le déchaînement de la fantaisie verbale du texte de Rimbaud. Étymol. _ Dér.[ivé] de abracadabrant* ; suff[ixe] -esque*. STAT. _ Fréq. abs. litt. : 1.
a) L’accord du participe passé : voir le dossier !
b) Abracadabrantesque
Le Dictionnaire historique de la langue française (sous la dir. d’Alain Rey, éd. Le Robert) contient un article abracadabrant. L’adjectif, nous apprend-on, est une création attestée chez Théophile Gautier en 1834 à partir d’abracadabra, « mot cabalistique célébré au XVIe siècle par Ambroise Paré ». Cette formule magique est attesté en bas-latin (IIIe siècle) et semble, selon la même source, remonter au grec abraxas, qui désignait une divinité.
On trouve une défense de l’emploi présidentiel d’abracadabrantesque dans l’une des chroniques écrites par Pierre Bénard pour Le Figaro, reprise dans le Petit Manuel du français maltraité (p. 123). Il y écrit :
Il n’empêche : abracadabrant aurait largement suffi à nos yeux (ou plutôt à nos oreilles). Voici, en tout cas, le poème de Rimbaud (seule attestation de l’emploi d’abracadabrantesque pendant plus d’un siècle) :
Mon triste coeur bave à la poupe,
Mon coeur couvert de caporal :
Ils y lancent des jets de soupe,
Mon triste coeur bave à la poupe :
Sous les quolibets de la troupe
Qui pousse un rire général,
Mon triste coeur bave à la poupe,
Mon coeur couvert de caporal !
Ithyphalliques et pioupiesques
Leurs quolibets l’ont dépravé !
Au gouvernail on voit des fresques
Ithyphalliques et pioupiesques.
Ô flots abracadabrantesques,
Prenez mon coeur, qu’il soit lavé !
Ithyphalliques et pioupiesques
Leurs quolibets l’ont dépravé !
Quand ils auront tari leurs chiques,
Comment agir, ô coeur volé ?
Ce seront des hoquets bachiques
Quand ils auront tari leurs chiques :
J’aurai des sursauts stomachiques,
Moi, si mon coeur est ravalé :
Quand ils auront tari leurs chiques
Comment agir, ô coeur volé ?
Arthur Rimbaud
[1] Forme correcte : qui m’avait atteint. C’est le président qui était atteint par la prétendue maladie, et non la prétendue maladie qui aurait été atteinte. Cette question est évoquée dans cet autre article.
[2] NDÉ. — On a beaucoup parlé, par la suite, du secrétaire général de l’Élysée et futur Premier ministre Dominique de Villepin. Mais c’est encore une rumeur.
[3] Termes utilisés dans de célèbres conférences de presse du général de Gaulle.
[4] NDÉ.— J’ai eu l’occasion, lors d’une rétrospective de la campagne présidentielle de 2002, d’entendre une rediffusion du passage : l’erreur a bel et bien été commise. Mais il y a d’autres exemples célèbres.
[5] S’il est formé en utilisant la dérivation des adjectifs verbaux ant, il n’y a pas de verbe °abracadabrer !