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Septante, octante (huitante), nonante

mardi 13 janvier 2009

Contribution de Jean Fontaine

Le 27 octobre 1999, Jean Fontaine avait adressé cette contribution à la défunte liste de diffusion « langue-fr » (sans rapport avec ce site). Elle avait été reprise à l’intention du forum fr.lettres.langue.francaise avec l’aimable autorisation de l’auteur. Les indications bibliographiques sont présentées en italique et développées en annexe

La source des extraits est le Dictionnaire suisse romand d’André Thibault , publié aux éditions Zoé en 1997. Pour chacun des quatre mots, le dictionnaire donne en plus quantité d’exemples, de citations, d’anciennes attestations, des commentaires d’autres lexicographes, etc. Excellent dictionnaire, je le répète.

SEPTANTE


[...] en France, le mot commence à céder la place dès le XVe s. à soixante-dix (v. FEW). Type également attesté dans les patois romands. Absolument courant en Suisse romande, au Val d’Aoste, en Belgique, au Zaïre et au Rwanda, le mot se rencontre encore à l’occasion dans le fr[ançais] rég[ional] de l’est de la France (mais jamais dans l’usage scolaire), avec une vitalité qui varie toutefois d’un point à l’autre [...] Le Nouveau Petit Robert 1993 donne le mot comme usuel en Acadie ; en fait, il n’est attesté que pour deux points en Nouvelle-Écosse, dans MassignonAcad ; le reste de l’Acadie ne connaît que le type soixante-dix. [...] L’équivalent du français de référence, soixante-dix, se rencontre [en Suisse] assez souvent dans la littérature, et sporadiquement dans les médias ; il est toutefois très rare dans l’usage oral, scolaire et administratif.

HUITANTE


Local[ement]. : Vaud, Valais, Fribourg ; les autres cantons emploient quatre-vingt(s), comme en français de référence. Cette dernière forme domine du reste très largement dans la littérature, même chez les auteurs originaires de cantons où l’usage oral, scolaire et administratif préfère huitante. [...] En français régional contemporain, en dehors des trois cantons romands où il est en usage, huitante ne s’emploie que dans le Val d’Aoste (il semble être complètement inusité dans les provinces françaises qui connaissaient le type dans leurs patois locaux, v. FEW). Certaines sources [...] prétendent que le mot existe en Belgique, ce qui n’est pas confirmé par les sources récentes de belgicismes, ni par nos témoins belges.

La partie de la contribution de Jean Fontaine sur huitante évoquait des sources citant l’emploi de huitante en Belgique sans qu’il y en eût d’attestations. Par courrier électronique, André Pirard m’a adressé en septembre 2002 la correspondance suivante qu’il a bien voulu accepter de rendre publique :

Ce serait en effet l’étonnement de ma vie que d’entendre ce mot prononcé par un Belge. Mais, et c’est peut-être là l’origine de la confusion, la forme wallonne ûtante existe (orthographe phonétique, u fort allongé : il y a peut-être un h non aspiré), du moins dans le wallon de certaines régions. Il y a en effet longtemps que je suis séduit par la sonorité de ûtante onque (quatre-vingt-un).

OCTANTE


Un certain nombre de sources affirment que le synonyme (et doublet) octante est encore employé en Suisse romande [...]. Pier (1926) écrit en fait : Nos anc[iens] textes donnent très souvent octante ; il est fr. vieilli (voy. les dict.) et hors d’us[age] en Suisse romande sauf dans le langage administratif des Postes suisses. Or, de nos jours, cette forme n’est plus du tout employée en Suisse romande, aux Postes ou ailleurs, dans quelque canton que ce soit.[...]

NONANTE


[...] dans l’usage central, le mot [toujours courant en Suisse] commence à reculer dès le XVIe s. devant quatre-vingt-dix (v. FEW). Type également attesté dans les patois romands. En fr. régional de France, il semble encore subsister de nos jours dans certaines régions (Lorraine, Franche-Comté, Ain, Pilat, Lyon, Beaujolais, Isère), avec une vitalité qui varie du reste beaucoup d’un endroit à l’autre [...]. Au Val d’Aoste et en Belgique (d’où il est passé au Rwanda et au Zaïre), il est d’un emploi courant. GLLF 1975 prétend que le mot s’est conservé au Canada ; en fait, à l’exception de deux points acadiens en Nouvelle-Écosse cités dans MassignonAcad, il y est totalement inconnu. [...] Une variante vaudoise noinante [...] s’entend encore chez les gens âgés ; on la rencontre également en fr. rég[ional] de France. [...] L’équivalent du français de référence, quatre-vingt-dix, est [en Suisse] assez fréquent dans la littérature, et d’apparition sporadique dans les médias ; dans l’usage oral, scolaire et administratif, en revanche, on ne le rencontre presque jamais.

Abréviations bibliographiques

  • FEW : WARTBURG (Walther von), Französisches Etymologisches Wörterbuch. Eine Darstellung des galloromanischen Sprachschatzes, Bonn/Leipzig/Basel [En cours de publication depuis 1922. Plusieurs tomes [1].
  • GLLF : Grand Larousse de la langue française, Paris, Larousse, 1971-1978 [7 tomes).
  • MassignonAcad : MASSIGNON (Geneviève), Les parlers français d’Acadie. Enquête linguistique, Paris, Klincksieck,1962 (2 tomes).
  • Pier 1926 : PIERREHUMBERT (William), Dictionnaire historique du parler neuchâtelois et suisse romand, Neuchâtel, Attinger, 1926 [2].

Complément

Un correspondant suisse nous a apporté les précisions suivantes (septembre 2012) :

Pour la Suisse, il existe une variabilité selon les cantons pour les huit dizaines (par exemple quatre-vingts à Genève mais huitante dans les cantons de Vaud et de Neuchâtel). En revanche, l’usage de septante et nonante est pratiquement d’usage exclusif dans l’oralité, mais également dans les médias écrits et les textes officiels.

Je pense que cette rubrique mériterait un léger dépoussiérage,
éventuellement en rappelant pourquoi les deux types de numérations
cohabitent (base dix « latine » versus base vingt « celtique ») [3].


Notes

[1Remarque de Jean Fontaine : C’est la bible de l’étymologie du français, familièrement appelée « le FEW ».

[2Remarque de Jean Fontaine : L’ouvrage est d’abord paru en fascicules, de 1921 à 1925.

[3L’héritage celtique du comptage par vingt se retrouve dans quatre-vingts mais aussi par exemple dans la création au Moyen Âge par le roi Louis IX de l’hôpital des Quinze-Vingts (15 x 20) destiné à accueillir trois cents aveugles.

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