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Pour des raisons qui apparaîtront évidentes aux ceusses qui n'en ignorent rien, cette page est dédiée au fondateur de f.l.l.f., Marc Bonnaud.
La question suivante fut posée en septembre 2002 dans le forum fr.lettres.langue.francaise :
Il s'agit de trouver le titre et l'auteur d'un livre (un roman ? une nouvelle ) du XIXe siècle qui traite de l'ingratitude des enfants envers leurs parents, de l'ingratitude de deux filles plus exactement.
Dominique Didier (25 septembre 2002) répondit par une devinette, parallèlement à Jean Tosti qui donnait directement la réponse :
Le roman en question comprend :
- Un personnage de bagnard évadé, inspiré de Vidocq. On le retrouve dans deux autres livres de l'ensemble romanesque qui est une oeuvre rivalisant avec l'état-civil.
- Un jeune ambitieux qui fera carrière dans les ministères et qui réapparaît ensuite. Son nom est devenu un nom commun d'arriviste.
- Une longue description d'une pension de famille. On y apprend les dérivations du mot « panorama » dont « froidorama ».
- Un personnage de père qui est une figure christique puisqu'il se sacrifie, mais qui est aussi une reprise du personnage du roi Lear.
- Quelques personnages de la finance, dont un inspiré par Rotschild.
- Il a failli être adapté par Eisenstein lui-même.
(Voir les réponses aux devinettes)
Il m'appartenait de rétablir la vérité sur les sources du Père Goriot ! Voici, aujourd'hui présenté publiquement, le secret révélé par un message publié ce même 25 septembre 2002 !
Luc Bentz — En fait, Balzac s'est inspiré de l'histoire vraie d'un industriel qui s'en est trouvé fort honoré. Nicolas Theure était un torréfacteur enrichi dans le commerce des grains (de café). Au début du XIXe siècle, son entreprise était renommée à Nantes et, quand un jeune marin embarquait sur un navire de commerce allant quérir le précieux produit dans quelque contrée exotique, on la lui montrait car elle était visible du port avec son grand mur peint en jaune (canari) : C'est la grande maison du café. Ce café-là, eût dit Martine, n'avait rien à voir avec celui d'une grand-mère. Non, c'était le café de la maison Nicolas Theure.
Bien qu'elle ne fût pas centrale, cette maison était fréquentée par la bonne société anglophobe de Nantes. Nulle inscription en anglais n'y était tolérée : Nicolas Theure avait des ascendances malouines et se vantait d'un lointain cousinage avec Surcouf. Au reste, la concurrence du thé se faisait déjà sentir ; or Nicolas Theure ne haïssait rien tant que cette boisson. Il la jugeait émolliente et apostrophait avec vigueur celles et ceux qui en consommaient, hurlant à tout propos qu'on voyait déjà sur leur visage les funestes effets d'un breuvage criminel qui amollissait dangereusement leur cerveau et que ce poison anglais visait à affaiblir les coeurs français, alors même que le café était un excellent tonique — qu'accompagne agréablement un de ces produits distillés dont nous seuls avons le secret — prompt à vivifier les matières cérébrales. D'ailleurs, ajoutait-il, au siècle dernier les grands esprits se recontraient au café Procope, pas au thé Procope !
Nul n'osait contredire M. Theure. Les quelques gamins qui s'étaient hasardés à chantonner Fais du thé, Colas mon p'tit frère en eurent les fesses rougies plus souvent qu'à leur tour : non pas à cause d'une aphérèse commune (le diminutif du prénom était courant, même dans la famille ou chez les proches du torréfacteur), mais parce que (ni)Colas Theure courait vite en hurlant : Vous allez voir ce que vous allez sentir, bande de sauvageons !... et frappait fort. Au reste, les familles ne se fussent point rebellées : riche, considéré, notable entre les notables, Nicolas Theure les eût brisées comme fétu.
Nicolas Theure, dur, inflexible, avait pourtant deux filles dénommées Homonyme et Eczéma (ayant déclaré ses filles dans des périodes où ses affaires l'occupaient fort, il confondit le livre des prénoms que sa femme lui avait fait acheter avec la grammaire de Lhomond la première fois, la Médecine des familles la seconde). Il en conçut toujours une honte rétrospective. Aussi bien ses filles furent-elles pourries-gâtées. Un de leurs caprices les conduisit à exiger de leur père un voyage en Angleterre. Pour une fois, il fut sur le point de refuser, manquant s'étrangler de rage. Mais les filles étaient malignes (entre elles, elles trouvaient que leur géniteur était une pauvre pomme) : elles affirmèrent qu'elles ne profiteraient pour noter les tristes effets de la consommation de thé (thé noir ou thé brun selon l'humeur pâtissière) chez John Bull et qu'avec ce qu'elles ramèneraient, il pourrait composer un Croule, Britania qui riverait leur clou (de girofle) à tous les anglomaniaques.
Ces jeunes filles ayant été bien éduquées ne parlaient pas un mot de la langue d'Albion. Aussi furent-elles confiées à un chaperon bien carrossé (il n'y avait pas encore de train), respectable veuve d'officier de marine affirmant haïr cette britannique engeance qui avait arraché, à son affection et à Trafalgar, son capitaine de frégate de mari. Mais cette veuve se révéla trop joyeuse et les deux Françaises hors du continent, délaissées par leur duègne, finirent pas prendre langue avec des autochtones après s'être débrouillées comme elles le pouvaient en parlant avec les mains. L'entente était cordiale, trop même puisqu'elles les épousèrent sur place et sans désemparer.
Apprenant cette trahison, le père résolut de déshériter ses filles, mais, en courant chez son notaire, il ne prit pas garde à une voiture de livraison qui l'écrasa. L'agonie fut d'autant plus douloureuse que le véhicule appartenait à un importateur de thé qui affichait des idées avancées (Et en plus, cet éléphant est socialiste ! gémissait M. Theure). Mais, horreur suprême ! elle fut trop rapide pour que le notaire (qui avait trop tardé à faire nouer sa cravate) pût enregistrer les dernières volontés du défunt qui, aux frontières mystérieuses du pays d'où l'on ne revient pas, où le temps se distord avant de s'abolir, prononçait ces paroles mystérieuses qu'on prit alors pour un râle de mourant : Fachoda ! Fachoda !. Aucun des marchands présents ne put comprendre l'allusion de leur confrère. L'un dit même : Je ne comprends pas le pourquoi de ces paroles si kitsch ; à quoi un autre répondit : Les nerfs, dans doute.
L'affaire fit grand bruit (surtout au moment de l'accident). Elle fut reprise par L'Écho de Tours, dont Balzac trouva un exemplaire dans un grenier ce qui lui donna l'idée si lumineuse d'une géniale transposition.
En tout cas, sur le moment, le constat fut général (sans division) à Nantes : Triste fin pour le père Colas Theure.
Sylvie, le 25 septembre 2002, trouva les solutions :
- Un personnage de bagnard évadé, inspiré de Vidocq : Vautrin.
- Un jeune ambitieux qui fera carrière dans les ministères et qui réapparaît ensuite. Son nom est devenu un nom commun d'arriviste : Rastignac.
- Une longue description d'une pension de famille. On y apprend les dérivations du mot « panorama » dont « froidorama » : la pension Vauquer.
- Un personnage de père qui est une figure christique puisqu'il se sacrifie, mais qui est aussi une reprise du personnage du roi Lear : le père Goriot.
- Quelques personnages de la finance, dont un inspiré par Rotschild : Nucingen ?
- Il a failli être adapté par Eisenstein lui-même.
Vous répondez à une question par six autres questions ; ce n'est pas du jeu ! [NDÉ.— Eh si ! ;-)]
Merci à Jean Tosti et à vous pour ces réponses plus que rapides. Je pensais pourtant avoir lu le roman ! J'ai une faculté d'oubli... extraordinaire. Je ne me souvenais que de la pension Vauquer et de la dernière réplique de Rastignac : « À nous deux maintenant ! »
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