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À l'occasion d'un fil de discussion, deux participants au forum fr.lettres.langue.francaise s'essayèrent, plus qu'à un pastiche, à un à la manière de Brassens : Il n'y a pas d'amour heureux (sur les habitués du forum) et Le Gorille (sur les rectifications orthographiques de 1990).
Il n'y a pas de fllfien* heureux
* Fllfien : habitué du forum news:fr.lettres.langue.francaise.
Joye-Lore Lawson, 2 mai 2000. -- Je propose (et fort respectueusement, d'ailleurs--les amateurs de Brassens sont priés de se retenir !) :
IL N'Y A PAS DE FLLFIEN HEUREUX
Rien n'est jamais acquis à l'homme
Ni sa langue
Ni ses erreurs ni sa grammaire
Et quand il croit
Ouvrir sa bouche son post est bourré de fautes
Et quand il croit corriger son semblable il le broie
Sa contribution est une étrange et mystérieuse idée
Il n'y a pas de fllfien heureux.Ce forum il ressemble à ces débats sur des règles
Qu'on avait apprises pour un autre destin
A quoi peut leur servir de poster matin
Eux qu'on retrouve au soir corrigés et incertains,
Cherchez ces mots dans le Petit Robert
Et retentissez l'alarme !
Il n'y a pas de fllfien heureux.Mon bel amour mon cher amour mon gros Grevisse
Je te porte à mes genoux comme un oiseau blessé
Et ceux-là sans savoir nous regardent poster
Répétant après moi les mots que j'ai tressés
Et qui par manque d'un bon dico tout aussitôt moururent
Il n'y a pas de fllfien heureux.Le temps d'apprendre d'autres réformes il est déjà trop tard
Que tapent dans la nuit nos doigts à l'unisson
Ce qu'il faut de malheur pour la moindre coquille
Ce qu'il faut de regrets pour payer une ortogaffe
Ce qu'il faut de sanglots pour une erreur de syntaxe
Il n'y a pas de fllfien heureux.
Gare aux coquilles
Dominique Didier (3-5-2000)
LA COQUILLE (d'après Georges Brassens)
C'est à travers de larges copies
Que les correcteurs du forum
Contemplaient de belles coquilles,
Toujours soucieux d'un erratum,
Du Bon Usage ; ces compères
Montraient même un accent précis
Que, rigoureusement, Robert
A défendu d'omettre ici.
Gare aux coquilles !Tout à coup, la prison bien close
Où vivaient les belles boulettes
S'ouvre on n'sait pourquoi (je suppose
Qu'on avait dû réformer bête)
La bévue, sortant de sa cage,
Dit : « C'est aujourd'hui que j'le perds. »
Elle ôtait son capuchonnage,
Vous avez deviné, j'espère.
Gare aux coquilles !Le patron de la typographie
Criait, éperdu : « Nom de nom !
C'est assommant car la coquille
N'a jamais connu de pardon. »
Dès que cette puriste engeance
Sut le sigle de l'APARO,
Au lieu de profiter de la chance
Elle prononça son veto.
Gare aux coquilles !Tous ceux-là même qui, naguère
Les couvaient d'un oeil décidé
Fuirent, prouvant qu'ils n'avaient guère
De la suite dans les idées
D'autant plus vaine était leur crainte
Que la coquille est gaie luronne
Supérieure aux normes dans la feinte
Bien des gens d'esprit les patronnent
Gare aux coquilles !Tout le monde se précipite
Hors d'atteinte du signe en doute
Sur des homonymies écrites
Auxquelles on croit, mais ne goute
Voyant que le « cout » se refile
La cacographie avança
Son « évènement » vers les fils
Des géminées et du tréma
Gare aux coquilles !« Bah ! soupirait le dictionnaire
Qu'on puisse encore me rectifier
Ce serait extraordinaire
Et, pour tout dire, inespéré. »
Le tréma pensait, impassible :
« Que l'ambigüité soit un nom
C'est complètement impossible »
La suite lui prouva que non.
Gare aux coquilles !Supposez que l'un de vous puisse être
Comme dans « parlè-je », obligé de
Changer un son ou une lettre
Lequel choisirait-il des deux ?
Qu'un lapsus clavis affligeant
Un de ces quatre jours, m'échoie
C'est, j'en suis convaincu, l'accent
Qui sera l'objet de mon choix.
Gare aux coquilles !Mais, par bonheur, si la coquille
Aux jeux de l'humour vaut son prix
On sait que sa revanche brille
Par sa malignité d'esprit.
Sans opter pour la relecture
Comme aurait fait n'importe qui,
Un juge fondit sur « vergeüre »
Qui l'entraina dans un maquis.
Gare aux coquilles !La suite serait délectable
Malheureusement, je ne peux
Pas la dire, et c'est regrettable
Ça nous aurait fait rire un peu
Car le juge, au moment suprême
Écrivait qu'il avait vaincu,
Mais au mot « coquille » même
Il avait retranché le Q
Gare aux coquilles !NDLÉ. Orthographe conforme, comme il se doit, aux rectifications de 1990
Sur « coquille » en argot typographique, voir la Petite histoire des signes de correction typographique, par Jacques André, Cahiers Gutenberg, n°31, décembre 1998).
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