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Ouvreur : Raymond Queneau
 
Projectionnistes :
Vincent Ramos et Dominique Didier (octobre 2002)

Le surjonctif


Le surjonctif est un mode emphatique. Il s'utilise à la place de n'importe quel subjonctif, de façon à rendre la phrase plus pesante, donc plus belle. On ne peut utiliser le surjonctif que lorsque l'on ressent le besoin de le faire.

Il ne connote aucune notion aspecto-temporelle précise. Le surjonctif est — reddamus Cæsari quæ Cæsari — une invention quenaldienne à partir de laquelle j'extrapole afin d'obtenir un système cohérent.

A) Règles générales

Le surjonctif se forme au moyen du radical d'imparfait du subjonctif, connu pour sa joliesse, auquel on adjoint un redoublement du suffixe de formation avant de poser — enfin — les désinences.

B) Verbes du premier groupe, type chanter

C) Verbes du deuxième groupe, type finir

D) Verbes du troisième groupe, type sortir

E) Verbe avoir

F) Verbe être


Le surjonctif tel que le voyait Queneau

Voici ce que Raymond Queneau avait écrit dans la revue Bizarre n°27 (1er trimestre 1963). On trouvera l'ensemble de l'article (avec des conjugaisons nouvelles au présent de l'indicatif) sur le site de Fatrazie.

Le surjonctif

Le surjonctif est un mode suffisamment rare en français pour qu’il ait jusqu’à présent échappé aux yeux des grammairiens les plus sagaces. On le trouve cependant, déjà, dans les monuments les plus vénérables de notre langue. C’est ainsi que l’on peut lire dans la Cantilène de Sainte­ Eulalie :

Melz sostrendreiet les empedementz
Qu’elle perdessasse virginet

Mais, reconnaissons-le loyalement, le texte n’est pas sûr. Par contre, dans la Chanson de Roland, tous les manuscrits donnent au vers 688 

Einz qu’oüssussent quatre liwes sifilet

Et au vers 691 :

S’il fut vifs, je l’oüssusse amenet

Sautons quelques siècles et venons-en à la Renaissance. Quoique Ronsard, selon certains manuels (des manuels par intellectuels) ait «  improvisé une langue que notre tempérament devait repousser », on trouve chez lui des traces de ce bon vieux mode bien français, le surjonctif ; par exemple, dans son élégie dédiée à la reine Elizabeth :

N’offensez point par armes ny par noise,
Sy m’en croyez, la province françoise;
Bien que destinassassent les cieux
Qu’un temps seriez d’elle victorieux...

Au XVIIe siècle, naturellement, abondent les parfaits exemples de surjonctif plus-que-parfait. Nous n’avons que l’embarras du choix. Nous nous contenterons de citer Corneille (Cinna, acte V, scène I) :

Et si sa liberté te faisait entreprendre
Tu ne m’eusseusses pas empêché de la rendre;
Tu l’aurais acceptée au nom de tout l’État
Sans pour cela vouloir qu’on m’assassinassât.

Et chez Pascal :

L’homme est un roseau pensant ; qui l’eusseusse dit ?

Mais il nous faut abréger ; venons-en à la poésie moderne.
Dans Le Défilé, François Coppée écrit :

La pauvre femme qui naguère était heureuse
Que ce beau régiment paradassassassât,
Craint que son fils un jour veuille être soldassat.
On admirera l’audace de cet hyperjonctif qui déteint même sur un substantif subséquent. Cela est beau, mais il ne faudrait pas que les imitateurs de notre grand barde en abusassassent.

Raymond Queneau
(revue Bizarre,
1er trimestre 1963)


 

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