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Le surjonctif est un mode emphatique. Il s'utilise à la place de n'importe quel subjonctif, de façon à rendre la phrase plus pesante, donc plus belle. On ne peut utiliser le surjonctif que lorsque l'on ressent le besoin de le faire.
Il ne connote aucune notion aspecto-temporelle précise. Le surjonctif est — reddamus Cæsari quæ Cæsari — une invention quenaldienne à partir de laquelle j'extrapole afin d'obtenir un système cohérent.
A) Règles générales
Le surjonctif se forme au moyen du radical d'imparfait du subjonctif, connu pour sa joliesse, auquel on adjoint un redoublement du suffixe de formation avant de poser — enfin — les désinences.
B) Verbes du premier groupe, type chanter
- Construction : chanta- + ss- + ass- + -e, -ât, -es, -ions, -iez, -ent
- Paradigme : que je chantassasse
que tu chantassasses
qu'il/elle chantassât
que nous chantassassions
que vous chantassassiez
qu'ils/elles chantassassent
- Exemple :
Ah !, que ne chantassassent point
Hélas , les sages de beurre oints,
Le gjhremz et la cantate sainte,
Cher à l'exil, très douce plainte.
Anonyme, La vie de saint Þårn, chapitre tronze, « Chants de l'exil », vers 418 à 421.C) Verbes du deuxième groupe, type finir
- Construction : fini- + ss- + iss- + e, -ît, -es, -ions, -iez, -ent
- Paradigme :
que je finississe
que tu finississes
qu'il/elle finissît
que nous finississions
que vous finississiez
qu'ils/elles finississent
- Exemple :
LE VICOMTE
— Or donc dame Soupière, vous arrivez bien tard !
(Il s'enduit le visage de beurre.)
DAME SOUPIÈRE (Se couvrant les yeux)
— Hi hi !
LE VICOMTE
— Pouâcre ! (il crache le beurre rance) j'eusse aimé que vous finississiez par reconnaître que vous avez quelque sentiment pour moi !
(Il crache au sol, enlève le gjhremz et sort.)
Scène tronze
Dame Soupière, seule.
DAME SOUPIÈRE
— Hi hi !
Maurizio degli Amarantivicinni, Feu Madame le mari de votre veuve épouse X,
acte II, scènes douèze et tronze.D) Verbes du troisième groupe, type sortir
- Construction : sorti- + ss- + iss- + -e, -ât, -es, -ions, -iez, -ent
- Paradigme :
que je sortississe
que tu sortississes
qu'il/elle sortissît
que nous sortississions
que vous sortississiez
qu'ils/elles sortississent
- Exemple :
ANTIBROME
Ô dieux inaccessibles, dont le serment jadis
Au nom immarcescible du Styx retentissait,
Je vous invoque, enfin ! pour que je sortississe
D'un palais abhorré aux murs duquel était
Mon âme tout entière sans espoir attachée.
Aristophocle, Le retour d'Antibrome, stasimon 2,
traduction plus ou moins versifiée de Carlos.E) Verbe avoir
- Construction : eu- + ss- + uss- + -e, -ût, -es, -ions, -iez, -ent
- Paradigme :
que j'eussusse
que tu eussusses
qu'il/elle eussût
que nous eussussions
que vous eussussiez
qu'ils/elles eussussent
- Exemple :
— Que voulûtes vous donc, dites-moi, qu'il fissît ?
— Soit qu'il eussût gagné ou bien qu'il périssît.
Alphonse Corneille, les Voraces et les Coriaces, acte IV, scène 2.F) Verbe être
- Construction : fu- + ss- + uss- + -e, -ût, -es, -ions, -iez, -ent
- Paradigme :
que je fussusse
que tu fussusses
qu'il/elle fussût
que nous fussussions
que vous fussussiez
qu'ils/elles fussussent
- Exemple :
Alors, ô ma coté ! disite au Business
Angel pendant les First Tuesdays
Que je ne voudrais pas de boys' bands un peu gays
Mais que tu fussusses consacrée au top-less.
Michael W. Baudelaire, les Forward des Start-up, page réticulaire, « Erreur 404 ».
Le surjonctif tel que le voyait Queneau
Voici ce que Raymond Queneau avait écrit dans la revue Bizarre n°27 (1er trimestre 1963). On trouvera l'ensemble de l'article (avec des conjugaisons nouvelles au présent de l'indicatif) sur le site de Fatrazie.
Le surjonctif
Le surjonctif est un mode suffisamment rare en français pour qu’il ait jusqu’à présent échappé aux yeux des grammairiens les plus sagaces. On le trouve cependant, déjà, dans les monuments les plus vénérables de notre langue. C’est ainsi que l’on peut lire dans la Cantilène de Sainte Eulalie :
- Melz sostrendreiet les empedementz
Qu’elle perdessasse virginetMais, reconnaissons-le loyalement, le texte n’est pas sûr. Par contre, dans la Chanson de Roland, tous les manuscrits donnent au vers 688
- Einz qu’oüssussent quatre liwes sifilet
Et au vers 691 :
- S’il fut vifs, je l’oüssusse amenet
Sautons quelques siècles et venons-en à la Renaissance. Quoique Ronsard, selon certains manuels (des manuels par intellectuels) ait « improvisé une langue que notre tempérament devait repousser », on trouve chez lui des traces de ce bon vieux mode bien français, le surjonctif ; par exemple, dans son élégie dédiée à la reine Elizabeth :
- N’offensez point par armes ny par noise,
Sy m’en croyez, la province françoise;
Bien que destinassassent les cieux
Qu’un temps seriez d’elle victorieux...Au XVIIe siècle, naturellement, abondent les parfaits exemples de surjonctif plus-que-parfait. Nous n’avons que l’embarras du choix. Nous nous contenterons de citer Corneille (Cinna, acte V, scène I) :
- Et si sa liberté te faisait entreprendre
Tu ne m’eusseusses pas empêché de la rendre;
Tu l’aurais acceptée au nom de tout l’État
Sans pour cela vouloir qu’on m’assassinassât.Et chez Pascal :
- L’homme est un roseau pensant ; qui l’eusseusse dit ?
Mais il nous faut abréger ; venons-en à la poésie moderne.
Dans Le Défilé, François Coppée écrit :On admirera l’audace de cet hyperjonctif qui déteint même sur un substantif subséquent. Cela est beau, mais il ne faudrait pas que les imitateurs de notre grand barde en abusassassent.
- La pauvre femme qui naguère était heureuse
Que ce beau régiment paradassassassât,
Craint que son fils un jour veuille être soldassat.Raymond Queneau
(revue Bizarre,
1er trimestre 1963)
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