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L'essentiel — Questions & débats — Compléments
L'essentiel
Du célèbre C'est étudié pour ! de Fernand Raynaud au familier Il faut faire avec, de nombreuses prépositions, employées seules, sans introduire réellement de complément circonstanciel, jouent un rôle d'adverbe. Cet emploi est courant, même s'il ne relève pas de la langue surveillée. Pour autant, il faut veiller à la clarté de la compréhension du lecteur, comme l'explique la contribution de « DB » que nous avons fait suivre, dans la rubrique « compléments », d'un propos de Maurice Grevisse (elle est juste après ;-).)
Contribution de « DB »
dans le forum f.l.l.f. (février 2001)Les grammaires strictes ne manquent pas de mettre en garde contre la tendance, réputée populaire, à utiliser certaines prépositions en fin de phrase de manière adverbiale : Prenez de la sauce avec. C'est fait pour.
Même des prépositions/adverbes comme avant ou après ne devraient pas s'employer en fin de phrase, selon les normateurs les plus sévères. La consigne paraît bien rigoureuse et est peu suivie. Elle est d'ailleurs enregistrée comme normale par Grevisse (B.U. 12e éd., § 992, « préposition à régime implicite »).
Mais quelquefois, cette utilisation peut prêter à confusion, comme dans la phrase suivante, extraite des Echos d'aujourd'hui, dans un article (un de plus) consacré à Loftstory et l'engorgement de son site. Le directeur général de M6Web est cité ainsi :
« Nous avons mis en place des pages de débord vers lesquelles nous avons orienté les internautes pour qu'ils patientent, et surtout pour permettre à ceux qui s'étaient connectés avant de pouvoir naviguer sur le site ».
En première lecture rapide, j'ai cru que la phrase n'était pas achevée, à cause de ce avant bien mal placé, que j'ai accroché au de qui suivait. Dans des cas semblables, et si l'on ne veut pas changer la construction de la phrase, il est plus clair d'utiliser auparavant.
Compléments
Maurice Grevisse, Problèmes de langage, tome I, p. 187 et suiv. :
J'ai un stylo ; j'écris « avec »
« [...] (Saint-Exupéry enfant s'adresse à sa mère) : « Ma chère Maman, je me suis fait un stylographe ; j'écris avec » Ici avec n'est plus une préposition, et ce serait faire de l'analyse artificielle que de sous-entendre après lui un régime [NDÉ — un nom complément qu'avec introduirait] ; il joue proprement le rôle d'un adverbe. Mais laissons l'analyse grammaticale ; ce qu'il faudrait examiner, c'est si l'on peut tenir pour correct le tour j'écris avec. [...]
« Bescherelle ne voyait pas qu'avec, sans régime, fût tolérable, même dans le style familier, mais le vénérable lexicographe était, sur ce point, trop sévère. S'il faut faire une réserve — et il convient d'en faire une, et l'Académie la fait —, elle concerne non pas la correction, mais le ton du style : cet avec adverbial a quelque chose de familier et, comme tel, il n'est pas de mise partout.
« Observons en passant que l'emploi adverbial d'avec n'est qu'un cas entre beaucoup d'autres semblables : tout comme la préposition avec, les prépositions après, avant, contre, depuis, derrière, devant, entre, hors, outre, parmi, pour, proche, sans, selon, dans la langue familière, portent volontiers habit de deux paroisses et deviennent adverbes le plus facilement du monde : « Le chameau était lancé (...). Quatre mille Arabes couraient derrière » (A. Daudet, Tartarin de Tarascon, III, 4) ; « Voilà mon excuse : l'intérêt, le plus bas intérêt personnel. J'ai été payé pour » (Th. Maulnier, dans La Table ronde, mars 1953, p. 73).
On dira sans doute : puisque cet emploi adverbial de la préposition est plutôt familier, il faut donc, quand on veut parler ou écrire non familièrement, garder à la préposition sa valeur originelle et la faire suivre d'un pronom régime ? C'est ainsi, en effet qu'en usent nos bons écrivains. [...] »
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