|
L'essentiel — Questions & débats — Compléments
L'essentiel
L'écriture est vieille de six mille ans au moins, mais les premières marques rythmant un texte datent du IIIe siècle avant J.-C. Quant à la ponctuation, au sens où on peut l'entendre aujourd'hui, elle semble ne remonter qu'au VIIIe siècle. La ponctuation moderne — même si les signes ont pu changer de valeur et d'emploi — remonte, quant à elle, à la Renaissance.
Questions & débats
(f.l.l.f. en avril 1999)[Je répondais à une question sur l'origine de la ponctuation en citant Jacques Drillon (Traité de la ponctuation française), un ouvrage qui se lit comme un roman :
« Alors qu'on écrit depuis six mille ans, on doit aux deux successeurs de Zénodote d'Ephèse à la tête de la bibliothèque d'Alexandrie, Aristophane de Byzance (-257 - ~180) et Aristarque de Samothrace (-220 - ~143), d'avoir introduit un ensemble de codes (appels de notes, division du texte en chapitres, titres, etc.) qui sont un peu les ancêtres de notre ponctuation ou, plus justement, de la plus élémentaire mise en page.
« Aristophane de Byzance employa le premier ce qu'on peut nommer signes de ponctuation. Ils étaient au nombre de trois :
- 1° le "point parfait" (un point placé à l'extrémité supérieure de la dernière lettre d'un mot), qui indiqauit que le sens de la phrase était complet, et dont l'équivalent actuel serait à peu près l'alinéa ;
- 2° le "sous-point" (placé à l'extrémité inférieure d'un mot), qui indiquait une légère suspension de sens et qu'on retrouve aujourd'hui dans la fonction du point final ;
- 3° le "point moyen" (à mi-hauteur), équivalent au point-virgule. Mais les copistes respectaient rarement ces conventions, qui restèrent longtemps le propre des correcteurs (déjà), et le signe d'un luxe. [...]
« On dit en général que la ponctuation, telle qu'on peut en admettre aujourd'hui sinon la lettre du moins l'esprit, remonte au VIIIe siècle. Pierre Larousse cite des manuscrits plus anciens (Ve et VIe siècles) totalement dépourvus du moindre signe, et qui présentent souvent des mots liés entre eux ; il tient même qu'on date un manuscrit d'après sa ponctuation. Le blanc avant les mots se généralise au VIIe siècle, s'impose au siècle suivant et devient pratiquement de règle au cours des deux cents ans qui suivent. Les systèmes varient d'un auteur ou d'un copiste à l'autre. Ici, des points ; là, des chevrons ; là encore, des « trois points ». Et, soudain, tout se bloque, rien ne passe plus. La ponctuation, jusqu'au XIIIe siècle, n'évolue plus : elle se contente de la multiplicité des systèmes. Le plus étrange est qu'elle ait survécu.
« À (1) partir de cette époque, la ponctuation s'en tient au point et à la virgule ; au deux-points, parfois ; chez les plus avancés, quelques signes supplémentaires sont employés. Son rôle est alors plus esthétique que grammatical : on pourrait même parler de mise en page. Si la majuscule était employée dans des manuscrits assez anciens (Hélène Naïs cite la Conqueste de Constantinople de Villehardouin, qui date du XIIIe siècle), la capitale d'imprimerie fut introduite par l'imprimeur Tory (1533), suivie de l'apostrophe, qui permet de séparer l'article du substantif. [...] Hélène Naïs déclare que cette ponctuation n'avait pas de valeur syntaxique, non plus que respiratoire, mais qu'elle permettait « d'insister sur ce qui, selon le scribe (ou l'atelier), constitue le principal centre d'intérêt du texte.
« Ces quelques signes ont suffi à donner lieu au premier traité de ponctuation (atelier de la Sorbonne, 1470) [...] Enfin Gutenberg vint. Les livres s'impriment, et les codes deviennent « typographiques ». Voilà la seconde vraie révolution depuis la découverte du blanc [pour séparer deux mots], et qui accompagne, au milieu du XVe siècle, l'invention de l'imprimerie : un fossé se creuse aussitôt entre imprimé et manuscrit. Du couple formé par l'auteur et le copiste, le second disparaît, et se voit remplacé par le typographe — qui entend dicter sa loi.
« On trouve, grâce à Dolet (1540), imprimeur lyonnais cher à Clément Marot (2), mais aussi à Rabelais, tout un ensemble de signes qui rappelle l'arsenal dont nous nous servons aujourd'hui : la virgule, le point, le deux-points, les parenthèses, le point d'exclamation et le point d'interrogation (lui-même emploie les alinéas, le §, le Vs (3), les lunes, les soleils, les pieds de mouche, la croix (+), l'astérisque, le losange, la petite main - qu'on retrouve aujourd'hui dans les logiciels d'informatique - et autres signes savants). »
Notes
(1) Ce A était dénué d'accent dans le texte de mon édition imprimée (1993).
(2) Notes de Drillon (n°12 et 13, p. 27) : Dolet est né à Orléans en 1509. Partisan du rationalisme padouan - autrement dit, il était athée - et annonciateur de Du Bellay en matière de défense de la langue française, il finit ses jours sur un bûcher en 1546. [...] On ne sait lequel des deux [Marot et Dolet], en la matière, est le débiteur de l'autre...
(3) Vs ! Sur ce mot, voir cet échange.
Compléments
On aura une histoire détaillée de l'évolution de la ponctuation et de ses usages modernes dans le Que sais-je ? (PUF) écrit sur ce thème par Nina Catach.
| Haut de page | Accueil du site | Page précédente | Écrire |
| LETTRE D'INFORMATIONS | MENTIONS LÉGALES, COPYRIGHT |