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Policlinique et polyclinique


L'essentielQuestions & débatsCompléments


L'essentiel

À partir d'une présentation des différences entre « policlinique » (clinique de la ville, clinique municipale) et « polyclinique » (clinique avec plusieurs services), nous en sommes arrivés à l'étymologie de politesse... en passant par l'équipement des forces de police. Pour l'étymologie (en plus des informations données dans les débats de f.l.l.f.), on pourra se reporter à la partie « compléments » qui reviendront plus spécifiquement sur clinique.

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Questions & débats
(f.l.l.f. en février 1999)

 03.02.1999 - « cweil »  — J'observe qu'il y a encore bien du flottement dans le choix de l'un ou de l'autre de ces deux termes. Etymologiquement, la policlinique est une clinique de la ville. Il s'y donne des soins ambulatoires aux habitants d'une ville, et ses frais de gestion sont partiellement pris en charge par la municipalité. Polyclinique, par contre, évoque la notion de multiplicité. Il s'agit d'un établissement hospitalier comprenant plusieurs services spécialisés.

 03.02.1999 - Clément-Noël Douady  — Y a-t-il d'autres mots commençant ainsi par poli et signifiant la ville (du grec polis, qui a donné politique) ? (Clément-Noël, urbanocrate à ses heures)

 06.02.1999 - Philippe Bertran — Robert donne poliste, guêpe dont le nom vient du grec polistês, bâtisseur de ville. J'ajouterai polissons (bruits de la ville), polisseur (religieuse cloîtrée en ville), polissoir (variante du dîner en ville).
 
 06.02.1999 - Clément-Noël Douady  — Merci. Si politique et police (signalés précédemment) sont également de cette racine, il ne faut en effet pas confondre avec la série politesse, qui vient selon Dauzat du latin polire, « polir » (l'âge de la pierre polie ayant précédé l'urbanisation). Ce serait donc par coïncidence que cette politesse (qui ne concerne pas la ville) serait synonyme d'urbanité (qualité nécessaire à la vie en ville) et de courtoisie (pour la vie à la cour).

 03.02.1999 - Jacques Thiernesse  — Il pourrait tout simplement y avoir la police qui, il faut le souligner, est un des rares mots du langage international. [...]

 10.02.1999 - Clément-Noël Douady  — Le message d'origine (comme le titre du fil) distinguait ce qui a trait à la ville (policlinique, une clinique de ville) et ce qui a trait à la pluralité (polyclinique, une clinique avec plusieurs services (accouchements, chirurgie, radiologie... par exemple). La différence portant sur la 3e lettre (i ou y), et le sens général correspondant, nous fait retenir l'idée d'une origine étymologique différente, ce qui est vrai... jusqu'à un certain point seulement.

En effet mon cher Dictionnaire des racines des langues européennes de Grandsaignes d'Hauterive fait remonter l'une et l'autre petite famille à un indo-européen pel (VII) ou ple, idée d'emplir, d'abondance, de grand nombre, avec deux grandes familles de descendance :

  1. Idée d'emplir, d'où plein, complet, accomplir...
     
  2. Idée de grand nombre, comportant à son tour :
    * le grec polus, nombreux (notre poly... clinique)
    * le grec polis, ville (notre poli... clinique).

Ce que nous prenions pour deux origines distinctes ne sont alors que deux rameaux d'une même branche, qui n'est elle-même pas la seule du tronc commun, « plein » de ramifications...

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Compléments

Pour le Larousse étymologique et historique du français de Dubois, Mitterand et Dauzat :

« Policlinique : 1875, J[ournal] O[fficiel]  gr[ec] polis, ville, et du mot français clinique. »

La même source cite polyclinique parmi les nombreux composés avec poly ; elle en date l'apparition de 1864 dans les journaux. Pour clinique, elle fait remonter son attestation à 1586 comme adjectif, au début du XVIIe siècle comme nom féminin. L'origine en serait le latin clinicus, lui-même issu du grec klinikos signifiant « qui visite les malades au lit » (klinê). Cliniquement, clinicien, clinicat (fonction de chef de clinique) sont plus tardifs (XIXe siècle).

Le Robert historique de la langue française (sous la dir. d'Alain Rey) est plus détaillé. Il donne une attestation de policlinique un peu antérieure à celle du Larousse historique : 1855. Il précise surtout que cette création est intervenue :

« sous l'influence de l'Allemand Poliklinik (de même formation que le français), désignant à l'origine un système selon lequel les étudiants avancés dans leurs études de médecine soignaient les patients à domicile sous le contrôle de leur professeur auquel ils faisaient un rapport régulier. L'anglais policlinic (1827) est d'abord employé à propos de la pratique médicale en Allemagne.
« Le mot désigne un établissement hospitalier où sont examinés et soignés des malades dont l'état ne nécessite pas l'hospitalisation ; il s'est employé avec le sens du mot allemand. Il est souvent confondu avec son homonyme polyclinique. »


L'article clinique du même ouvrage ne contredit pas le Larousse étymologique et historique sur l'origine du mot. Il précise l'emploi « à propos d'une médecine exercée au chevet du malade » et note qu'au début du XVIIe siècle, le terme s'appliquait à la personne qui gardait le lit (ce qu'on retrouve dans médecine clinique ou signe clinique qui supposent l'examen du malade et non l'application de la seule théorie. Et le Robert historique d'ajouter :

« Le substantif a pris son sens moderne au XIXe s[iècle], désignant l'enseignement donné par un professeur près du lit des malades (1808), d'où, par métonymie, l'emploi de une clinique pour l'établissement où est donné cet enseignement (1814), dans chef de clinique, et, surtout du point de vue du patient, l'établissement où le malade reçoit des soins (1890) devenu très courant en France avec la répartition entre hôpital (public) et clinique (privée). »

 

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