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L'essentiel — Questions & débats — Compléments
L'essentiel
Au niveau de ne doit être employé que... lorsqu'il y a plusieurs niveaux déterminés. Mais, ces vingt dernières années, un désagréable tic de langage a conduit à l'employer à tout propos (mais hors de propos) comme équivalent de en matière.
Ce tic semble disparaître peu à peu, ce dont nous nous réjouirons ! Il est vrai que l'assemblage de formules toutes faites au moyen de constructions dans l'air du temps illustre très souvent ce propos de Pierre Dac : Parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont les deux principes majeurs et rigoureux de tous ceux qui feraient bien mieux de la fermer avant de l'ouvrir.
Questions & débats
(f.l.l.f. en décembre 1998)« cweil » (14.12.1998).- Je pense ne pas être le seul à m'énerver de l'abus qui est fait de au niveau de, de par rapport à et de sur, qui seront bientôt les seules prépositions encore en usage de la langue française. Non seulement ces prépositions (dont deux sont en réalité des locutions prépositives) sont le plus souvent utilisées à tort au lieu de celles qui conviennent, mais encore elles seraient fréquemment inutiles si la phrase où elles apparaissent était mieux construite. Pourquoi, en effet, dire Au niveau de son économie, le pays se porte mieux, alors qu'il est tellement simple de dire L' économie du pays s'est améliorée ?
Mais il semble que, de plus en plus, l'on ait plaisir à prolonger ses phrases en y incluant des mots superflus. Peut-être pour se donner le temps de penser (j'en doute), ou plutôt pour s'arroger un temps de parole plus long ? Ainsi, il n'est pas rare d'avoir l'impression, lorsqu'une personne est interviewée à la radio ou à la télé, qu'elle aimerait et pourrait continuer de parler durant des heures sans interruption, fût-ce pour répéter indéfiniment la même idée. Truffer ses propos de mots superfétatoires (tels aussi que l'ubiquitaire effectivement) peut l'aider à atteindre son but.
François Campan (14.12.1998).- Par rapport à ce que vous dites, je trouve que c'est effectivement au niveau de la fréquence de ces locutions qu'il y a un problème. C'est du moins ce que j'ai constaté sur Poitiers.
« cweil » (16.12.1998) a répondu : « Certes, votre bel effort est louable -- mais je crains que ni vous ni moi n'arrivions jamais à atteindre le haut degré d'inintelligibilité des vrais virtuoses du genre. »
Compléments
a) Sur la toile
- Au plus fort de l'utilisation de au niveau de, la C'est pas la joie (paroles de Bernard Michel, musique d'Henri Salvador) fut interprétée par ce dernier en 1971/ On y trouve de couplet :
Au niveau de la pollution, c'est pas la joie (bis)
Au niveau de la télévision, c'est pas la joie (bis)
Au niveau de la montée des prix, c'est pas la joie (bis)
Oh oh oh ... Au niveau des embarras de Paris, c'est pas la joie (bis)
Y'a encore qu'au niveau d'l'amour que ça marche toujours
On peut consulter le texte à cette adresse (entre autres) :
perso.wanadoo.fr/joo/chansons/C/cestpaslajoie.htm.b) Dans les dictionnaires et autres ouvrages
- Jean GIRODET, Bordas des difficultés :
L'expression au niveau de peut très bien être employée au figuré, quand on fait référence à un ensemble qui s'organise hiérarchiquement selon une disposition « verticale » : Au niveau des couches les plus humbles de la société. — En revanche, on évitera d'abuser de cette expression quand il n'y a pas d'organisation véritablement « verticale ». On écrira et on dira plutôt, dans le domaine de, en matière de, dans, en ce qui concerne, pour, à propos de, etc.
- Jean-Paul COLIN, Robert des difficultés :
[...] On a raillé à juste titre l'emploi passe-partout de cette locution : Toutes ces prépositions, ces conjonctions de truc et de machin, c'était la barbe, trop long à apprendre, trop compliqué. On les a balancées pour n'en retenir que deux : « sur » et « au niveau ». Exemple pris en classe de terminale C : Où t'en est sur Flaubert ? — Au niveau Bovary, à la page 35. — Et au niveau temps, ç'a t'a pris quoi ? — Dix mois. Ben, dis donc, t'est drôlement fort sur la lecture ! (C. Sarraute, Le Monde, 19 octobre 1991).
- Maurice DRUON,Le Bon Français (chronique n°4) :
La locution au niveau de signifie proprement à la même hauteur que, à la hauteur de. On dira bien : La cour est au niveau du jardin ou, figurément : Cet écolier n'est pas au niveau des autres élèves de sa classe.
Mais l'emploi d'au niveau de pour exprimer : en ce qui concerne, dans le domaine de, en matière de, quant à, etc., est un abus condamnable, lorsque cette locution n'introduit aucune notion d'échelle.
Au niveau du vécu, au niveau du réel, au niveau de la communication, sont à proscrire absolument, si l'on ne veut pas descendre au-dessous du niveau de la langue correcte.
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