Jean-Pierre Lacroux (28.01.1999) - D'accord sur tout [« cweil » avait évoqué d'autres questions dans le même article]... sauf sur ça... En français, l'abréviation « recommandée » est certes « M. », mais la meilleure est « Mr », qui n'est pas l'« anglicisme graphique » que l'on dénonce trop souvent et qui a des références sérieuses à faire valoir (juste une, en passant : le bon Mr Littré, à l'article « abréviation »...). Il me semble que la question a déjà été abordée ici. Si ce n'était pas le cas, je serai ravi de développer un peu...
Jean-Pierre Lacroux,
Bibliographies, citations (langue française, typographie)
Bernard Lombart (28.01.1999) - Oh oui, s'il vous plaît ! Je me souviens d'un colloque qui a eu lieu à Bruxelles il y a quelques années, consacré à la Francophonie, je crois, à moins que ce ne soit aux «industries de la langue». Claude Hagège était orateur. Il a commencé par faire la remarque que tous les intervenants étaient sans doute considérés comme anglophones, puisque leurs places à la tribune étaient marquées par un petit écriteau commençant par Mr ! Quelques minutes après, un appariteur s'est amené avec un flacon de Tippex, pour repeindre partout le « r » incriminé... C'était l'épisode le plus amusant de la journée !
Bernard Lombart,
Édition Web, documentation, formation
Jean-Pierre Lacroux (28.01.1999) - Quand les linguistes font des farces, c'est toujours désopilant. J'espère que le « r » indésirable n'était pas une lettre supérieure et que le bas de son fût, habilement préservé, a engendré un point gracieux... Sinon, après le Tipp-Ex, il a sans doute fallu appeler un feutre noir à la rescousse... car « M » (sans point abréviatif) n'abrège pas « monsieur »... mais symbolise « méga ». Remarquez... c'était peut-être une farce à double détente.
Bernard Lombart (28.01.1999) - C'est juste. Je ne me souviens que du Tipp-Ex. Mais le plus désopilant, c'est que Claude Hagège ne faisait pas la farce qu'il croyait, (Littré à l'appui) et que pour l'appariteur, ce n'était pas du tout une plaisanterie !
PS : Je possède le Littré sur cédérom, reproduisant la version de 1872 et le complément, et je constate que Littré utilise dans son dictionnaire «M.» pour «masculin». À la lettre «M», il dit:
«M, devant un nom propre, signifie monsieur ; MM signifie messieurs ; Mme signifie madame ; et Mlle signifie mademoiselle.» De «Mr» je ne vois pas. Où l'avez-vous trouvé?
Jean-Pierre Lacroux (28.01.1999) - À l'article « abréviation ». Sacré Émile... [...] Sans remonter trop loin... simplement au XIXe, juste deux noms, un grammairien : Girault-Duvivier (certes assez mal vu ces jours-ci...) ; un typographe (et quel typographe !) :
Théotiste Lefevre, qui donne le choix (M., Mr). Vous me direz que ce ne sont que des conseilleurs et que seul l'usage compte : eh bien, en ouvrant quelques grimoires à la Nationale ou à la Royale, en consultant
des archives, des registres, vous verrez les « Mr » fleurir (même chez Montaigne...). Pour autant, « M. » n'est pas une facétie récente...
Cela dit, les « références » n'ont qu'une importance secondaire... Elles sont simplement destinées à combattre les idées reçues. Ce n'est pas parce que « Mr » a été conseillé et employé par tel ou tel dans les siècles passés que nous devrions l'employer (à ce compte-là, faudrait se payer le retour de tous les archaïsmes), ce n'est pas parce que ce n'est pas un anglicisme qu'il faut le bénir... c'est tout bêtement parce que c'est une abréviation beaucoup mieux formée, beaucoup plus cohérente avec le reste de la série, beaucoup plus claire, bref bien meilleure que l'inepte « M. » !
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DB (28.01.1999) - La phobie des anglicismes finit par nous aveugler. Mr pour Monsieur n'était pas un anglicisme à l'origine mais une abréviation bien française et ancienne. J'ai chez moi l'édition de 1694 du "Dictionaire (sic) étymologique ou origines de la langue françoise" par Mr MÉNAGE, augmentée des "Origines françoises" de Mr de Caseneuve et d'une "Liste des Noms de Saints ..." par Mr l'Abbé Chastelain.
J'en profite pour faire observer qu'on trouve non seulement Mr (le r est en fait au-dessus de la ligne), mais aussi l'accent aigu sur le E majuscule de MÉNAGE et des majuscules qu'on jugerait aujourd'hui intempestives au début de presque chaque nom.
Outre Furetière et Littré, j'attire votre attention sur le Larousse du XXè siècle qui mentionne encore à l'article Monsieur les deux versions M. et Mr. Les avantages de Mr sur M. sont patents : il évite qu'on confonde avec l'abréviation d'un prénom (Michel, Maurice, etc.) et forme un couple plus harmonieux avec son pendant Mme.
Ceux qui utilisent Mr au singulier utilisent généralement Mrs au pluriel (contre MM. selon l'autre école). Ce Mrs me semble être la preuve que l'anglais n'a rien à voir, car ce serait alors ... Madame. Ce risque de confusion n'est d'ailleurs peut-être pas étranger à la relative désaffection de cette forme Mrs en français. Cela dit, j'écris M. comme vous, fruit de la "bonne" éducation!
alain d. (28.01.1999) - [DB avait écrit : « J'en profite pour faire observer qu'on trouve non seulement Mr (le r est en fait au-dessus de la ligne) ».] C'est justement là la différence avec l'anglais! Mais comme les lettres en exponant ne sont plus utilisées en français, mieux vaut encore s'en tenir à l'usage de M. (qui tient bon encore, pour l'instant du moins...)
Virginie Soleil (28.01.1999) - [à propos de « lettres en exponant »] Faute de frappe, ou encore une influence maligne de l'anglais? ;-) Ceci dit que je suis d'accord pour conserver l'usage de M. afin d'éviter la
confusion.
Aliamet (28.01.1999) - Je m'étais laissé dire, quand je faisais des études (il y a longtemps), par des professeurs qu'on aurait pu appeler "emplois-vieux", mais alors très diplomés, que :
1. en anglais, on pouvait écrire Mr (avec le r en exposant) et Me (idem) et qu'ils employaient volontiers les petites lettres haut perchées, parce qu'ils n'employaient pas comme nous des tas d'accents,
et que donc on ne pouvait pas confondre.
2. en français, Mr ( Mr Bricolage) veut dire Mister, et que Me veut dire "Maître" en parlant à un avocat, et pas dans les soirées sm.
Jean-Pierre Lacroux (28.01.1999) - (alain d. avait écrit :
« Mais comme les lettres en expo[s]ant ne sont plus utilisées en français ».) Les lettres supérieures (et les lettres mises en exposant) sont utilisées aujourd'hui... beaucoup plus qu'hier. Cela s'explique par la simple technique. Il n'y a que dans les compositions par nature techniquement indigentes (par exemple les forums...) que leur absence est aujourd'hui admissible.
alain d. (29.01.1999) - Certes. Il n'empêche que, malgré le progrès technique et même là où
l'utilisation des lettres mises en exposant est possible, on en voit de moins en moins. Un autre exemple concerne «Mgr» (Monseigneur). Même «N°» (numéro) voit son petit o descendre très souvent...
Ce qui me fait penser à une autre différence de signe entre français et anglais :
N° (fr) = # (a)
Jean-Pierre Lacroux (28.01.1999) - Nous ne devons pas parler des mêmes objets imprimés...
DB (28.01.1999) - Alain d. avait écrit, à propos de l'observation selon laquelle on trouve dans les livres français anciens Mr, avec le r au-dessus de la ligne : « C'est justement là la différence avec l'anglais! Mais comme les lettres en expo[s]ant ne sont plus utilisées en français, mieux vaut encore s'en tenir à l'usage de M. (qui tient bon encore, pour l'instant du moins...). »
Je ne vois pas trop la logique du raisonnement. Que faites-vous pour remplacer Mme qui s'écrivait aussi avec "me" au-dessus de la ligne ? Du reste, je ne suis pas persuadé qu'en anglais également, le "r" de Mr
n'était pas, dans des temps anciens, au-dessus de la ligne. Mais pourquoi chercherais-je de la logique là où tout est convention ?
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