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Le français, une langue écrite


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L'essentiel

Ce texte est la reprise -- revue en août 2000 -- d'une contribution adressée peu auparavant à la liste « langue-fr » en réponse à un autre participant qui évoquait l'hypothèse d'une (profonde) réforme fondée sur le principe « un signe, un son ». Telle n'est pas ma position : elle tient à l'histoire de la langue et je vous la soumets.

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Questions & débats
(propos de l'éditeur)

Notre langue est étymologique et nous sommes partis d'un bricolage avec l'alphabet latin (sans distinction i/j ni u/v à l'origine). Les nasales proviennent d'évolutions parallèles du latin vulgaire (infans — prononcer « innfaaans » — devenant enfant : et voilà pourquoi la graphie est double). On peut même se demander si le français « écrit » n'a pas précédé l'unification des diverses langues romanes issues du latin populaire... de la même manière qu'au Moyen Âge, il y avait sans doute « des » orthographes... Mais nous aurons sans doute l'occasion d'y revenir.

Les orthographes sont à la fois phonologiques (il faut transcrire des sons) et idéographiques (par ex. les références étymologiques, mais aussi les variations syntaxiques telles que les marques du féminin, du pluriel, des temps ou des personnes) ; la langue française a, davantage que ses soeurs romanes, connu précocement un caractère idéographique plus marqué, lié à l'attachement à l'étymologie latine sans doute dès l'origine.

Le fait que le français, sous l'influence du germanique et du francique (mais aussi sans doute d'un substrat gaulois qui a laissé moins de deux cents mots dans le vocabulaire, mais a joué un rôle important sans doute dans l'évolution de la prononciation latine), ait connu une évolution phonologique relativement accélérée peut l'expliquer : le recours à l'étymologie latine permettait de retranscrire un « français » commun malgré les diversités dialectales ou régionales.

La question de la nature de l'orthographe a été tranchée, après un vif débat tout au long du XVIe siècle, par la publication du premier dictionnaire de l'Académie française en 1694. Notre système d'écriture intègre aujourd'hui les adaptations faites au fil du temps pour adapter l'alphabet latin. J'ai été surpris de constater, par exemple, quelles avaient été les réticences à admettre le é (au lieu des graphies en es, ou ez). Dès le 14 février 842 (puisque l'on considère que le texte des Serments de Strasbourg est le plus ancien écrit de notre langue, sa première attextation selon l'heureuse expression de Bernard Cerquiglini), l'histoire de la langue se confond avec l'histoire, une histoire qui, dès aujourd'hui, doit être à mon sens celle de la francophonie tout entière.

Mais revenons-en aux sons. Le constat qu'on peut opérer aujourd'hui est la disparition (ou la fusion) de certains phonèmes. On ne fait plus (en région parisienne par exemple) la distinction entre le son in de brin et le son un de brun (pour prendre ce seul exemple). Compte-tenu des variations de prononciation (par exemple d'inversion phonétique entre le nord et le sud de la France), la question est posée depuis plusieurs années d'une fusion des accents (en tout cas des accents aigu et grave) en un accent plat. Gageons d'ailleurs, sans ouvrir une polémique sur ce sujet, qu'on en parlera encore de longues années...  ;-)

Notre système graphique est complexe, parce qu'il doit rendre compte à la fois des sons, mais aussi des idées qu'évoquent les mots. C'est pourquoi nous avons plusieurs signes pour un même son (le [s] peut être représenté par c, ç, s, ss) et plusieurs sons pour un même signe (le c qui donne [k] ou [s]). Complexe aussi, parce que si l'oral influence l'écrit, l'écrit peut influencer l'oral. On prononce aujourd'hui le g de legs (sur le modèle de léguer), alors que la prononciation orthodoxe — mais qui n'est plus mentionnée que par intérêt historique, même si c'est avec des égards selon les dictionnaires — est . Ce n'est pas nouveau : le d de advenir était originellement une lettre adscrite pour montrer que le v (qui correspondait alors au u ou au v) avait bien la valeur d'un v.

La graphie évolue parce que la langue évolue. Sans doute avec retard (parce que les modes et les prononciations varient, sans doute aussi parce qu'on a des habitudes visuelles), sans doute aussi bien après que l'usage oral a été stabilisé. La logique est celle des petites retouches, adaptations régulières (la régularité recouvrant plusieurs décennies), ce avec quoi les rectifications orthographiques de 1990, assurément très limitées, ont voulu nous faire renouer, ce qui est, d'une certaine manière, leur mérite majeur.

On lira avec intérêt l'article « Français » d'Alain Rey dans le Robert historique de la langue française. Il y écrit :

« Refuser les changements, c'est préparer une somptueuse agonie à la manière latine ; les accepter sans règle, c'est tolérer l'éclatement [...]. Le français est une langue en danger, une langue vivante. »

Luc Bentz (août 2000)

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Compléments

Dossier : « aux origines du français »

 

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