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Propos de l'éditeur

« Finesse »


6e Édition du Dictionnaire de l'Académie, avec vue de l'Institut de FranceOn n'a pas assez souligné la finesse de Mme Hélène Carrère d'Encausse. Élue par l'Académie française en remplacement de Maurice Druon, secrétaire perpétuel démissionnaire, elle a souhaité qu'on s'adressât à elle en utilisant la formule Madame le Secrétaire perpétuel avec une motivation particulièrement subtile.

On sait avec quelle vigueur l'Académie -- et, au sein de celle-ci, son prédécesseur tout particulièrement -- a contesté la notion même de féminisation des fonctions, ce dont nous nous sommes fait l'écho, bien que nous ne partagions pas cette analyse. D'ailleurs, la position de l'Académie a été fort contestée -- et, pensons-nous, à juste titre. Est-il quelqu'un, au nom du principe de neutralité absolue des fonctions dont elle excipe, pour revendiquer qu'on n'écrive plus qu'à madame le directeur de l'école maternelle Jean-Zay ?

C'est pourquoi, sitôt élue, Mme Carrère d'Encausse se trouvait confrontée à une difficulté majeure autant que prévisible : comment satisfaire à la fois ses mandants, dont l'attachement à la fiction du neutre relève effectivement du roman... sans s'aliéner ceux qui auront noté avec satisfaction l'accession d'une femme à un poste si éminent, moins de vingt ans après l'élection de Marguerite Yourcenar, le 6 mars 1980 ?

Est-ce l'influence de son illustre prédécesseur ? Mme Carrère d'Encausse a trouvé une échappatoire historique : depuis trois siècles, à l'image des Capétiens de jadis, il n'y aurait qu'un secrétaire « perpétuel », inusable par définition, comme ce couteau dont on change à des moments différents la lame oxydée ou le manche détérioré.

Pourtant, selon la formule consacrée par elle-même, l'Académie ne se veut que greffière (1) de l'usage ; elle n'a point le pouvoir de le régenter, et l'éditeur est bien loin d'être seul à considérer qu'aujourd'hui la fonction de secrétaire perpétuel est assumée par une secrétaire perpétuelle. Sans finasser, bien entendu.

Luc Bentz (06.11.1999)



(1) [Note du 24-3-2000] Nous avions écrit initialement greffier de l'usage, selon la formule effectivement consacrée. Mais, puisqu'il s'agit directement de l'Académie, mieux vaut greffière que... greffier, comme nous l'a fait remarquer, en mars 2000, une lectrice que nous remercions bien volontiers. On dirait à bon droit en effet Qui peut prétendre au rôle de greffier de l'usage ? (Sachant que la réponse pourrait concerner l'Institut, l'Académie, le Conseil international ou le Conseil supérieur de la langue française... institutions de genres différents appelant donc une neutralisation par le masculin). Mais là, la fonction est assumée par une institution précise : Dame l'Académie... Ajoutons, ce qui est une tout autre question, qu'elle se veut davantage gardienne du bon usage que de l'usage en général. [REVENIR AU TEXTE]

 

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