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L'essentiel — Questions & débats — Compléments
L'essentiel
Comment que se répand dans le langage familier. Dominique Didier analyse ici les emplois... et les raisons du succès de cette locution nouvelle.
Questions & débats
(f.l.l.f. en mai 2000)Dominique Didier (26-5-2000)
Mon attention a été attirée par des constructions de plus en plus fréquentes dans le langage familier, et pas seulement celui des djeuns. Ce soir, j'en ai entendu une dans la bouche d'une conductrice de bus et je me suis dit que le phénomène ne pouvait être réduit à une simple mode puisqu'il affecte des formes de base du français.Les tournures exclamatives sont sujettes à une redondance nouvelle. Ainsi pour montrer que quelqu'un frime, prend la grosse tête, paonne, l'on dit :
— Comment qu'il se la joue !
— Comment qu'il se la pête !Le pronom personnel « la » agit plus ou moins comme un démonstratif et un indéfini. Démonstratif, ce pronom l'est car il renvoie à quelque référent implicite et commun aux destinataires et à l'énonciateur. Indéfini, le pronom ne précise pas exactement ce qu'il désigne : l'attitude cabotine ou une autre réalité qui servirait de point de comparaison.
Mais surtout c'est la construction « comment que » qui parait vraiment neuve. Il serait plus simple de dire :
— Comme il se la joue !
ou
— Qu'il se la joue !Néanmoins l'adverbe exclamatif apparait de moins en moins clair et semble pourvoir être confondu par beaucoup de locuteurs avec son équivalent interrogatif. C'est pourquoi a été ressenti le besoin de renforcer le premier adverbe par un second, moins courant mais expressif.
Dans une phrase comme :
— Que c'est beau !
— Comme c'est beau !l'exclamation est fort claire, simple, mais aujourd'hui d'un usage fort soutenu et classique. En outre pour des raisons d'ordre dramatique, ces phrases ne semblent plus évoquer que le simple constat. Dans une situation d'énonciation orale, il conviendra d'insister, de ponctuer son discours, de mettre en relief.
La répétition du son [k] dans « comment que » souligne l'intention de la phrase. Une dureté sonore et une intonation plus appuyée sur la première syllabe permettent de frapper l'auditoire comme une sorte d'indicatif. Le sens général du propos est donné d'emblée. On affirme tout de suite la moquerie ou l'exaspération. Le message est déjà contenu dans une sorte de marqueur de la subjectivité. La suite de la phrase - et donc le vocabulaire - apparait moins importante, pour tout dire accessoire et sujette à variations.
D'où viendrait cette construction pléonastique et ce barbarisme ? Je suppose qu'il a existé une dérive à partir de l'interrogation. Comment n'est pas un adverbe exclamatif traditionnel, mais il existe comme adverbe interrogatif. Or la phrase suivante était déjà prononcée il y a dix ans :
-- Comment que tu me causes ? (Voir le film La Haine de Mathieu Kassowitz.)
Cette phrase, dite sur un ton suspicieux et coléreux, pouvait passer à l'exclamation aisément dans des situations tendues.
Plus loin encore, je me souviens de cette phrase d'une chanson de Bashung-Bergman : C'est comment qu'on freine ? Il ne s'agissait alors que d'une mise en relief de la phrase simple comment on freine à l'aide du présentatif c'est... que (pour comment est-ce qu'on freine ) Mais depuis le pronom relatif que a pris son autonomie et a été confondu avec ses homonymes adverbes. En outre cette construction rejoint les locutions qu'est-ce que ou où que c'est populaires et plus anciennes.
Je crois que comment que dispose de beaux jours devant lui. Les tours exclamatifs étaient singulièrement réduits aux interjections et aux phrases nominales dans le langage oral. Il s'agit d'un retour de la phrase verbale, mais sous une forme qui ne pourra que heurter les puristes.
Clotilde Chaland (27-5-2000) (répondant à Je crois que comment que dispose de beaux jours devant lui) :
Je sais pas c'est comment.
Je sais pas c'est quoi.
Je sais pas c'est quand.
Je sais pas c'est où.
Compléments
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