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DOSSIER : LE FRANÇAIS, L'ANGLAIS ET LES AUTRES LANGUES
Dans une liste de discussion, un participant avait fait savoir qu'un de ses messages avait été bouncé. J'avais alors demandé de quoi il retournait, précisant même qu'il ne s'agissait pas d'anglophobie-réflexe mais que j'ignorais de quoi on parlait.
En fait, le message électronique bouncé avait été retourné à l'expéditeur auquel on signalait que la boîte (virtuelle) du destinataire était déjà pleine. On sait en effet que les fournisseurs d'accès limitent le volume du courrier électronique reçu. Le débat a rebondi... si je puis dire... lorsqu'un autre participant s'interrogea ainsi : Comment nommerait-on un mot parfaitement français, mais qui prendrait par l'usage un sens nouveau, comme « rebondir » dans le sens de « bouncer » (car naturellement to bounce devient facilement bouncer).
Instruit par l'expérience de canceller (qui avait disparu... mais réapparaît aujourd'hui), je consultai mon vieil Harrap's shorter. Et je fis cette réponse suivante que je vous livre aujourd'hui. Puisse-t-elle attirer l'attention des internautes sur les dangers d'une traduction littérale qui peut être une trahison du sens !
Ce n'est pas un changement ni une évolution de sens (généralement, cela se fait d'ailleurs par métonymie), mais une erreur de traduction. To bounce, c'est rebondir. Cela s'emploie en anglais (je viens de le vérifier) dans ce sens, par extension pour désigner un enfant plein de vie, mais aussi pour un chèque sans provision (ou récemment, on le voit, pour des messages électroniques non acceptés, sans doute par extension du sens « bancaire »).
La traduction, dans le sens anglais => français est un exercice... de français. On peut penser que, pour un terme nouveau, il n'existe pas d'équivalent reconnu et on absorbe le mot anglais (c'est le cas d'E-mail qui n'exclut d'ailleurs pas que nous cherchions à faire prévaloir courriel ;–)).
Mais on ne saurait, en français, faire rebondir un chèque ni un message, sauf dans l'acception Ça lui a rebondi en pleine figure, ce qui est encore une autre nuance d'expression.
Le chèque qui sera bounced par une banque anglaise, sera rejeté par une banque française. Même remarque pour le message électronique. Pour l'anglophone, c'est l'idée de rebond naturel, spontané en somme ; pour le francophone, c'est celle de retour à l'envoyeur. Dans le premier cas, on s'intéresse au mouvement de la chose (chèque ou message) ; dans le second, à la volonté du décideur.
Un message électronique peut ainsi être rejeté parce que l'utilisateur n'existe pas ou plus ou parce qu'il n'a pas relevé sa boîte électronique croulant sous le poids du courrier arrivé non retiré. Mais le rejet relève bien d'une décision consciente, même si elle est traitée ensuite de manière robotisée : on ne laisse pas un expéditeur dans l'ignorance de la disparition du destinataire (donc on définit une procédure de renvoi de courrier, comme cela arrive par voie postale en cas de NPAI — abréviation pour n'habite pas/plus à l'adressse indiquée) ou, en fonction de règles contractuelles de limitation du volume de messages stockés, on notifie à l'expéditeur que son courrier n'a pu être distribué (un peu comme un retour de recommandé non retiré).
La difficulté vient toujours du fait que l'on trouve l'anglicisme (de bon aloi en anglais) dans des textes techniques sans que l'utilisateur francophone se pose le problème de l'expression équivalente appropriée.Luc Bentz
Cet article a fait l'objet d'une référence sur le site de l'AIIC (Association internationale des interprètes de conférences) : www.aiic.net/ViewPage.cfm/page251.htm. Il a également été publié dans À propos (n°4, vol. V, automne 2001), lettre d'information de la French division de l'American translators association.
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