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L'essentiel — Questions & débats — Compléments
L'essentiel
Adjectif, bonhomme (=bienveillant) fait toujours bonhommes au pluriel. Pour le nom (bonhomme de neige), le pluriel « officiel » est bonshommes. Mais la langue populaire préfère bonhommes...
Questions & débats
(f.l.l.f. en avril 2000)
J'avais reçu cette question dans la boîte électronique du site Langue française : « Il s'agit d'un pluriel, nous savons que bonhomme au singulier s'écrit de cette façon mais quand il s'agit du pluriel, dit-on des bonshommes ou des bonhommes ? » Et j'ai soumis ma réponse au forum...
Luc Bentz (28-4-2000) -- Spontanément, j'utiliserais bonhommes quand il s'agit de messieurs (pour l'adjectif bonhomme, toujours bonhommes au pluriel), bonshommes pour des personnages. Les usuriers ? De sales bonhommes. Ce que fait ma dernière ? Elle dessine des bonshommes.
Passons-z'à la vérif'. Le Petit Robert, pour l'adjectif, fait comme moi (un inspecteur bonhomme, des inspecteurs bonhommes). Pour le nom, il s'en tient à bonshommes. Girodet, que je recommande si l'on veut la référence à la « norme » écrit que bonshommes est le pluriel correct de bonhomme (ça fait pourtant plus populaire...).
Jean-Paul Colin (Robert des difficultés, plus proche de l'usage) écrit : Plur.: des bonshommes. Tendance très fréquente à oublier le S dans l'orthographe et dans la prononciation. Adolphe V. Thomas (Larousse des difficultés), rappelle la règle mais note que le pluriel bonhommes est populaire — pour le nom, je le rappelle, car, s'agissant de l'adjectif, bonhommes est la seule forme admise. Mais ce pluriel populaire a été utilisé (cité par Thomas) par Henri Barbusse, auteur du Feu (Le Feu, prix Goncourt 1915 si ma mémoire est bonne...) (1).
Hanse, moins souple qu'on ne le dit parfois, en reste à bonshommes pour le nom (mais relève que bonhommie est admis depuis la rectification de 1990, ce qui est plus simple à mon sens — l'orthographe traditionnelle étant bonhomie (2).
Le Français correct de Grevisse (§ 582 dans mon édition) précise que bonhomme, gentillhomme, madame, mademoiselle, monseigneur (vous en êtes un autre !) font varier, au pluriel, chacun des éléments composants (bonshommes, mesdames, messeigneurs). Mais il note que les pluriels des monsieurs, des madames, des mademoiselles, des monseigneurs (j'en pince) se disent parfois par ironie ou par badinage.
Mais Le Français correct n'est qu'un abrégé. Que dit la Sainte Bible de la grammaire, Le Bon Usage ? Qu'on dit des bonshommes, c'est la norme, mais... que le pluriel populaire est BONHOMMES avec citations de Roger Martin du Gard et de Jules Romains. C'est dans la Xe édition (1975), encore de la seule main du Maître (avec la majuscule de déférence qui s'impose ici, sans ironie).... avec le même texte dans la XIIIe (1993).
Une fois qu'on a dit tout ça, qu'est-ce qu'on en fait ? Bonshommes n'est pas un mot de la langue soignée, sauf pour désigner de petits personnages stylisés ou dessinés. S'il s'agit de rendre compte (ou plutôt de rendre mot) du français populaire, parlé, courant, ne nous privons pas de bonhommes. Tel est mon avis. Tout dépend du contexte et de la manière dont le mot est utilisé (dans un dialogue ou l'expression d'une pensée, dans le texte d'accompagnement — et même dans ce cas, selon la distanciation entre l'auteur et ce qui se passe ou le personnage principal de la scène).
Après tout, quand on crie Sale bonhomme !, on ne suppose pas que l'interpellé soit bon...
DB (28-4-2000) — Et quand c'est dans une expression, comme bonhomme de neige, que dites-vous ? J'avoue que je ne sais plus moi-même (Voir également une autre intervention de DB dans la note 2).
Luc Bentz (28-4-2000) - On sent bien que le pluriel populaire semble aujourd'hui plus naturel...
(1) « Presque... La mire était flottante. Prix Goncourt décerné en 1916 pour l'année 1914, la période couverte par les carnets réécrits de Barbusse couvre les années 1915-1916. Le Prix de 1915 fut... René Benjamin pour Gaspard. Pour l'anecdote, on évoque toujours le scandale provoqué par l'échec de Du côté de chez Swann en 1914, Léon Daudet en étant le plus farouche partisan. Mais le vote a-t-il eu lieu en 1914 ou en 1916 ? » (Dominique Didier, 28-4-2000). [REVENIR AU TEXTE]
(2) DB (28-4-2000) : « Ça allait pourtant bien avec prud'homal (et innomé) ! ».
Luc Bentz (28-4-2000) : « Les rectifications proposent justement prudhommal (idem pour les autres mots de la famille) et innommé. Avis favorable de Josette Rey-Debove et Béatrice Le Beau-Bensa dans La réforme de l'orthographe au banc d'essai du Robert. »
Dominique Didier (28-4-2000) : « Prudhomme est parfaitement logique au point de vue historique. Un prud-homme aurait été souhaitable comme étape intermédiaire, mais nous avons affaire à un excès de souci étymologique peu soucieux des règles grammaticales. L'apostrophe n'avait pas de sens et n'existait pas en ancien français où l'on écrivait preud home, prudhome, et autres variantes. Le cas n'est pas comparable à celui d'aujourd'hui. Le d faisait bien partie de l'adjectif, non élidé (!) et n'était pas une préposition, voir le féminin prude. Il s'agissait du reliquat du verbe bas-latin prodesse qui a donné aussi preu. »
Le noble AmphigouriX (2-5-2000) : « Les rectifications de Mézigue-à-moi préconisent : home, bonhome, nomé, etc. Étymologisant, donc facile... »
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Compléments
(Pas de compléments)
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