Accueil du site   >   Index alphabétique   >   A   >  cette page PLAN    
 

Aucun, aucune...
aucuns, aucunes ?


L'essentielQuestions & débatsCompléments

Cette page est amicalement dédiée à DB,
gardien des finesses de la langue française.
 ;-)


L'essentiel

Aucun n'a conservé sa valeur positive que dans l'expression d'aucuns (usage ironique) ou, parfois, dans des textes littéraires. Il ne s'emploie au pluriel qu'avec des mots ne connaissant que ce nombre funérailles ou dont le sens est alors spécifique (on écrira : sans aucuns frais).

[HAUT DE PAGE]


Questions & débats
(f.l.l.f. en janvier 2000)

 Joye Lore-Lawson (3-1-2000)  -- Quelles nuances et différences (si aucunes) accorderiez-vous aux tournures suivantes ?

1) Tout est permis.
2) Tout se permet.
3) On permet tout.
4) On se permet tout.

 DB (3-1-2000)  (à propos de si aucunes) -- Hum, ça, ça sent le if any à cent mètres à la ronde. Le cas échéant est la formule appropriée.

 Alain D. (3-1-2000)  commentait ainsi cette formulation d'un intervenant précédent : « Quelles nuances et différences (si aucunes) accorderiez-vous aux tournures suivantes ? » -- Je n'aurais pas mis de s à aucune.

 Joye Lore-Lawson (3-1-2000)  -- Je ne suis pas obligée de mettre un accord avec nuances et différences ? Est-ce que j'aurais dû mettre Quelle nuance et différence... ?

 Dominique Didier (3-1-2000)  -- Si aucunes est pronom indéfini comme c'est le cas ici puisqu'il reprend différences et nuances et ne les détermine pas, il signifie quelques-unes. C'est donc que l'on ne peut vous répondre que si ces nuances et différences sont perçues malgré tout.
 
Le tour est vieilli, il conserve le sens d'origine en latin populaire (aliquunus, de aliquis unus). Ce n'est sans doute pas ce que vous avez voulu écrire, n'est-ce pas ? Je présume que c'était plutôt : ou si vous ne voyez aucune (pas une) nuance dans les tournures suivantes.
 
Aucuns ne vous pardonnent rien est-il préférable à aucun ne vous pardonne rien ?
 
 Joye Lore-Lawson (4-1-2000)  -- Cela dépend de combien de gens sont fâchés contre moi. ;-)
 
 Alain D. (6-1-2000)  -- Aucun, aucune ne peut, par définition, avoir de pluriel (la seule exception étant d'aucuns dans une acception bien précise)
 
 DB (6-1-2000)  -- Grands dieux, écririez-vous "sans aucun frais" ?
 
 Alain D. (6-12-2000)  -- J'aurais dû préciser que je parlais du pronom.
 
 Luc Bentz (7-1-2000)  (trop pressé) -- Absolument.
 
 DB (7-1-2000)  -- Excusez-moi, Luc, mais qu'en pense votre docteur ? Ah bon, le cerveau n'est pas atteint et il vous prescrit seulement une consultation chez l'ophtalmo ; vous ne vous en sortez pas mal ! ou alors je n'ai rien compris au film !
 
 Luc Bentz (7-1-2000)  -- (Que dit mon docteur ?)Que j'ai répondu trop vite. Bon, le mieux est de dire « sans frais »... ;-) (A-t-il prescrit une consultation chez l'ophtalmo ?) Une consultation de :
-- Grevisse, Bon Usage, 10e éd., § 447, c -- note 2 (article aucunBon Usage, 13e éd., § 608, c.
-- Hanse (pour faire plaisir à Lacroux), Nouveau Dictionnaire des difficultés du français moderne, article aucun, 2 ;
-- Girodet (pour faire vraiment plaisir à Lacroux, qui fait bien de recommander cet ouvrage), Dictionnaire Bordas des pièges et difficultés de la langue française, article aucun, II, 3.
 
 Clément-Noël (6-1-2000)  -- « Par définition », si l'on s'en tient au sens actuel ; pourtant aucun, comme personne, est à l'origine quelqu'un, qui pourrait être plusieurs (comme : pas, point, mie et autres gouttes).
 
Mon Grand Robert donne pour aucun deux grands sens : I - avec valeur positive ; II - avec valeur négative. Pour le premier, il donne cette citation mémorable :
 
« Pour moi, je sais que la mémoire d'un si beau jour me touche plus, me charme plus, me revient plus au coeur que celle d'aucuns plaisirs que j'aie goûtés de ma vie. » (ROUSSEAUConfessions)

 
Et Alain Rey (Dict. hist.) fait aussi remonter aucun au latin avec le sens originel de quelqu'un mentionne : « Il a gardé longtemps au pluriel sa valeur positive [1532, Rabelais, les aucuns], valeur dont le français moderne garde une trace dans le pronom d'aucuns (certains) ».
 
Et je crois me souvenir, dans ma jeunesse corrézienne, d'un homme entrant dans une maison et appelant Y a aucun ? ; dans le même sens il aurait pu dire : Y a quelqu'un ?, mais aussi Y a personne ?, ou encore (amorçant le pluriel ) : Y a du monde ?, comme aussi bien Vous êtes là ?, Vous êtes là, les amis ?.
 
Peut-être d'ailleurs avait-il pensé : Y a aucuns ?
 
 Jean-Pierre Roche (6-1-2000)  -- Si mes souvenirs sont exacts, il s'agit là soit de patois corrézien soit de sa transposition approximative en Français. N'étant pas pas spécialiste de la question, je laisserai à d'autres le soin d'expliquer le détail de cette expression...

[HAUT DE PAGE]


Compléments

Aucun vient du latin populaire alcunus (quelqu'un), lui même dérivé de aliquem unus (un certain). La forme alcun est attestée entre 950 et 1000 ; aucun est apparu au XIIIe siècle. Le mot a rapidement pris une connotation négative, lié à son emploi avec ne.

Comme pronom, l'acception positive (on trouve les aucuns chez Rabelais) s'est maintenue dans la locution pronominale d'aucuns (certains, quelques uns). Mais elle relève soit de la langue littéraire, soit d'un emploi humoristique ou ironique.

Comme adjectif, aucun (dont la finale ~un est très prégnante pour l'utilisateur contemporain) ne s'emploie au pluriel qu'avec des noms n'existant que dans cette forme (funérailles) ou dont le sens n'est pas le même au pluriel (frais, au sens de dépense). On écrira ainsi sans aucuns frais. Mais une telle forme, dont la licéité n'est mise en doute ni par Littré ni par Grevisse (entre autres), peut apparaître archaïsante aujourd'hui, davantage même que nuls ou nulles, sans doute à cause de la finale ~un.

 

Haut de page   |   Accueil du site   |   Page précédente   |   Écrire

Index alphabétique ou recherche libre :
Dernières mises en ligne (moteur de recherche sur site fourni par FreeFind)

LETTRE D'INFORMATIONS MENTIONS LÉGALES, COPYRIGHT