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Accord avec le verbe avoir



Règle générale

Le participe passé employé avec l'auxiliaire « avoir » s'accorde en genre (masculin/féminin) et en nombre (singulier/pluriel) avec le complément d'objet direct (COD) lorsqu'il précède le verbe. Dans les autres cas, le participe passé reste invariable.

Exemples :

Attention  au piège ! On écrira : « Les trois heures qu'il a marché, dormi ». « Trois heures » est un complément circonstanciel de temps (sans préposition), non un complément d'objet direct.

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Avec le pronom « l' »

Quand « l' » représente le pronom neutre « le (=cela) », il n'y a pas d'accord. Quand il représente le pronom féminin « la », il y a accord...

« L' », pronom neutre

« L'infection virale est plus catastrophique que tu ne l'avais pensé. »
Ici, le complément d'objet « l' » n'est pas le pronom la, mais le pronom neutre « le ». On dirait d'ailleurs : « Ces virus ont des effets plus catastrophiques que tu ne le penses ». « Le », pronom neutre, renvoie à une idée abstraite, un verbe, une proposition comme dans l'exemple donné (« Tu avais pensé... que l'infection virale était moins catastrophique »). On pourrait supprimer « l' » sans problème de sens.

« L' » mis pour « la »

« Cette adresse internet, je l'ai trouvée dans une revue spécialisée. » Ici, « l' » représente bien « l'adresse internet ».

Quand on a le choix d'effectuer ou non l'accord du participe...

« Elle est plus belle que je l'avais imaginé/imaginée. » On peut en effet considérer que « l' » représente « cela » ou « elle ».

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Avec le pronom « en »

Le participe passé précédé du pronom « en » (au sens de de cela, une partie de cela) est, en principe, invariable. Attention ! « en » peut avoir une autre fonction, un COD étant présent (voir ci-dessous).

Exemples sans accord :

« Des virus, j'en ai éradiqué sur cette bécane ! »
« Je hais les disquettes : j'en ai tant formaté en attendant devant l'écran que ça se passe ! »

Mais Maurice Grevisse note que « cette règle est fort précaire » (Le Bon Usage, Xe édition, 1975, § 795, p. 806 et suiv.). Et il précise : En réalité, l'usage est très indécis et l'accord a souvent lieu, en étant senti, non comme un neutre, mais comme un complément d'objet partitif dont le genre et le nombre sont ceux du nom représenté. Et il cite de maints exemples des meilleurs écrivains (Stendhal : Ses ordres, s'il en a donnés, ne me sont pas parvenus ; Anatole France, Maurice Barrès, Henry Bordeaux, Marcel Proust, André Maurois, Claude Farrère, Paul Morand, Marcel Arland, Joseph Kessel... — que d'académiciens parmi eux !).

Quand, en plus de « en », la phrase a un COD

« Cet apple II était un vrai bijou pour l'époque. Je n'oublierai pas les satisfactions que j'en ai tirées. » (Dans ce cas, « en » n'est pas complément d'objet direct et n'a rien à voir avec l'accord du participe : le COD est bien « que » mis pour « satisfactions »).

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Participe passé précédé d'un collectif

Quand le complément d'objet qui précède le participe est un collectif suivi de son complément (le lot de disquettes), l'accord s'effectue avec le collectif ou le complément selon le sens (on peut le cas échéant avoir le choix).

Exemples :

« Le lot de disquettes que j'ai formatées. »
« Le lot de vieilles disquettes que j'ai jeté. »

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Participe passé précédé d'un adverbe de quantité

Lorsque le complément d'objet direct précédant le participe contient un adverbe de quantité, c'est le nom qui commande l'accord (sauf si le nom suit le participe).

 Exemples : 

« Combien d'exemplaires as-tu déjà tirés sur cette imprimante ? »...
 
...mais : « combien as-tu déjà tiré d'exemplaires sur cette imprimante ? »)
 
La règle de l'invariabilité avec « en » complément d'objet reste applicable : « Des tirages aussi mauvais que ceux-là, je ne sais combien il en a déjà fait. »

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Temps surcomposés

Seul le dernier participe passé est (éventuellement) variable.

 Exemples : 

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Verbes impersonnels

Le participe passé des verbes impersonnels (ou pris impersonnellement) est toujours invariable (quel que soit l'auxiliaire).

 Exemples : 

« Il a plu, les grands froids qu'il a fait, il y a eu... »

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Verbes d'opinion et de déclaration

Certains participes (verbes d'opinion ou de déclaration) (cru, désiré, dit, dû, espéré, osé, pensé, promis, permis, prévu, pu, su, voulu...) peuvent être suivis d'un infinitif explicite ou d'un infinitif sous-entendu (infinitif correspondant à un verbe antérieurement présent dans la phrase).

Si le complément d'objet direct (apparent) dépend du participe (conjugué) (on applique la règle générale. S'il dépend de l'infinitif (c'est la proposition infinitive qui est complément, même si le verbe est sous-entendu), le participe passé reste invariable.

Exemples :

« Il a obtenu toutes les mises à jour qu'il avait voulu [obtenir] » « qu[e] », mis pour « toutes les mises à jour » est complément du verbe obtenir (exprimé la 2e fois ou sous-entendu). Il n'y a donc pas d'accord.
 
Dans certains cas, le complément apparent peut dépendre soit du participe soit de l'infinitif (sous-entendu ou non) qui le suit. On aura donc le choix... « ses javascripts avaient atteint la sophistication qu'il avait désiré[e] » On peut en effet estimer qu'il avait désiré... la sophistication pour elle même (accord) ou qu'il avait désiré... que ses javascripts atteignent un certain degré de sophistication (pas d'accord du participe).

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Participe passé suivi d'un infinitif

Quand le participe passé conjugué avec avoir est suivi d'un infinitif, le participe passé s'accorde avec le COD si celui-ci fait l'action exprimée par l'infinitif.
 
Cette régle, des plus controversées, est rendue plus complexe par l'existence d'exceptions obligeant à l'invariabilité...

 On distingue :  

En fait, dans ce type de phrase, le pronom relatif « que » n'est pas le véritable COD du verbe « entendre » conjugué avec l'auxiliaire. Dans les deux cas, le complément d'objet direct est une proposition infinitive (j'ai entendu... les musiciens jouer, jouer des airs).

La distinction dépend de la fonction du relatif « que » dans la subordonnée infinitive. S'il est sujet, l'accord se fait (sous réserve d'exceptions) ; s'il est objet de la proposition infinitive, il n'y a pas d'accord.

« Faire » et « laisser » suivis d'un infinitif

Lorsque le verbe « faire », employé dans un temps composé, est suivi d'un infinitif, il reste invariable. Le décret du 6 décembre 1990, pris après consultation du Conseil supérieur de la langue française, étend cette règle au verbe « laisser ». (Une initiative que la 13ème édition - 1993 - du Bon Usage de Grevisse et Goose estime « d'autant plus heureuse que l'on trouve souvent laissé accordé contre la règle ».)

« La maison qu'elle s'est fait construire. »

Infinitif sous entendu

Voir spécifiquement la page consacrée aux verbes d'opinion et de déclaration.

 Une critique sévère de la règle 

« Ce n'est pas seulement la logique qu'on peut inventer contre la règle, c'est aussi l'histoire de la langue. Elle justifie l'invariabilité du participe conjugué avec avoir et suivi d'un infinitif. La doctrine et l'usage de l'époque classique raisonnaient autrement que nos grammairiens. On n'hésitait même pas à laisser invariable devant un infinitif le participe conjugué avec être. La tendance à laisser le participe invariable reposait au XVIIe siècle sur la prononciation du participe et sur la fait qu'il faut aller en ces sortes de phrases jusqu'au dernier mot qui termine le sens (Vaugelas) [...]. Ajoutons que la langue classique était parfois tentée de laisser le participe invariable quand il ne terminait pas la phrase : ce n'est qu'au XIXe siècle que la règle s'est vraiment imposée.

Qu'on n'objecte pas que, dans l'usage, elle est plus souvent respectée que transgressée. Il faudrait d'abord tenir compte de l'intervention des correcteurs d'imprimerie, qui se substituent aux écrivains pour faire respecter les règles dont le manuscrit n'avait cure. Tenir compte aussi de l'hésitation des grammaires [...].

Il faut surtout reconnaître que, même chez les meilleurs écrivains, la règle est si souvent transgressée que, dans un autre cas, on n'hésiterait pas à la déclarer caduque. Mais elle est sacro-sainte ! Il arrive que la transgression aille vers un accord fautif [...]. Mais presque toujours elle aboutit à cette invariabilité que la logique justifie et vers laquelle tendait l'usage classique. » [suivent maints exemples tirés notamment de Gide, Yourcenar, Mauriac, Bernard Clavel, Mallet-Jorris, Duras, Giraudoux, etc.]

[Mais, prudent, l'auteur conclut :] « aussi longtemps que la fréquence du bon usage ne justifie pas l'invariabilité (qu'on peut trouver logique), il faut respecter la règle [c'est lui qui souligne] et ne généraliser l'invariabilité que dans les cas du type qui vient d'être cité à propos des verbes d'opinion et de déclaration ayant en fait pour complément une proposition ».

Joseph HANSE, Nouveau Dictionnaire des Difficultés
du Français moderne
(3e édition, 1994 - pages 647-649)

La 13ème édition du Bon Usage (Grevisse/Goose), même passée au filtre de la prudence (grammairiens et linguistes ont donc eux aussi leur... langue de bois) : « nous avons donné ci-dessus la règle reçue, et il vaut mieux s'y tenir. Mais son fondement n'est pas assuré. Dans Je les ai vus partir, on pourrait considérer que le véritable complément d'objet est la proposition infinitive. » (et de renvoyer d'ailleurs, comme exemple, au cas particulier des verbes de déclaration et d'opinion, qu'il considère comme nécessairement invariable lorsque le complément est une proposition infinitive (que l'infinitif soit implicite ou explicite : § 915 - exceptions, 3°).

Rappel : les remarques précédentes n'ont trait qu'au cas des participes passés conjugués avec avoir suivis d'un infinitif

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Avec un attribut de l'objet

En cas de présence d'un attribut du complément d'objet, la règle est fluctuante, les grammairiens embarrassés et les « bons auteurs » (ceux dont l'observation est censée fonder « le bon usage ») très divers.

Dans la phrase « On a jeté les ordinateurs qu'on a estimés obsolètes », « qu' » est le complément d'objet direct du verbe estimer et « obsolètes » est l'attribut de l'objet « qu' » (mis pour « les ordinateurs »).

On a beaucoup disserté sur cet accord... au XVIIe siècle, en prônant l'invariabilité. La règle théorique posée par les grammairiens est celle de l'accord avec le participe passé antéposé, même s'il a un attribut placé après le verbe. Le seul cas où l'accord ne devrait pas être effectué serait celui dans lequel l'ensemble COD + attribut correspond à une proposition. « On les a cru défectueux » équivaudrait à « on a cru qu'ils [=« les »] étaient défectueux ». Mais quelque torturée que soit l'analyse des « bons auteurs » pour la faire entrer dans la règle, force est de constater que les pratiques des écrivains sont diverses - ce que font Grevisse et Goose dans la Nouvelle Grammaire française (3 éd., 1995, Duculot & DeBoeck éd., p. 307).

Pour Hanse (Nouveau Dictionnaires des Difficultés du Français moderne, De Boeck & Duculot éd., IIIe édition), « l'usage des bons écrivains paraît plutôt favorable à l'accord, mais autorise certainement l'invariabilité dans tous les cas, simplification souhaitable. » Girodet, pourtant censeur sévère, admet qu'on fasse ou qu'on ne fasse pas l'accord lorsqu'il y a un attribut.

Encore faut-il noter que lorsque l'attribut n'est pas de construction directe (« on les a laissés pour morts. »), on en revient à la règle générale (le COD - et seulement lui - est-il placé ou non avant le verbe ?).

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