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Des Capétiens à la fin du Moyen Âge


Des Carolingiens aux Capétiens

Il y a comme un vide entre la première « attextation » en français, celle des Serments de Strasbourg (842) et la première grande oeuvre en ancien français, la Chanson de Roland datée (au plus tôt) de 1080. L'explosion littéraire vient après. Mais ce « trou » d'un siècle et demi (le Sermon sur Jonas fut rédigé pour un usage local et la Cantilène de sainte Eulalie (880) apparait comme un témoignage exceptionnel - miraculeux ? - dans une période troublée dont on ne saurait, justement, faire abstraction.

La Chronologie du Robert historique fait apparaitre peu de textes disponibles pour les Xe et XIe siècles. Pour le Xe siècle, outre le sermon sur Jonas, sont signalés une Vie de saint Léger et d'une Passion du Christ pour le premier siècle. Une Vie de saint Alexis et le Mystère de l'époux sont notés pour la première moitié du XIIe siècle ; les gloses françaises dans les Commentaires du rabbi Raschi et, surtout, la Chanson de Roland (vers 1080 pour la datation la plus précoce), s'agissant de la seconde moitié du siècle - rien à voir avec l'explosion littéraire du XIIe siècle !

Est-ce à dire que l'on a cessé d'écrire ? Sans doute non. Les guerres et les invasions normandes, la négligence, l'absence de structure étatique forte peuvent être autant de facteurs explicatifs de l'absence de source. Pendant un siècle, les royaumes issus du partage de Verdun implosent. Entre la mort de Charles le Chauve (877) et le couronnement de Hugues Capet (987) vrai-faux fondateur de la dynastie à laquelle il lèguera son nom, le monde franc auquel les Carolingiens auront donné un illustre éclat va faire place à la féodalité. Mais comment imaginer que cela n'ait pas eu de conséquences dans le domaine qui nous intéresse ?  [Cf « annexe historique »] 

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Les « jongleurs » et le francien

Au-delà d'ailleurs des seuls Serments de Strasbourg (ou plutôt du Serment en « francien » (même artifificel), il a été soutenu que le français écrit aurait été constitué à partir de divers dialectes d'oïl dont on aurait écarté les traits particuliers (voir Le Bon Usage, § 11, avec les notes 14 et 15). Il semble bien que le français écrit ne soit pas né « seulement », si tant est qu'il le fût, d'une simple graphie, même étymologisée, de la langue orale. Nina Catach a repris cette idée, même pour une période historique un peu plus tardive - à partir du XIIIe siècle (voir cette remarque dans la page « historique » du dossier). Mais c'est déjà une autre (partie de l') histoire...

La période gothique (XIIIe au XVe siècle est une période de transition, cruciale, mais mal connue, entre l'ancienne langue et le français moderne. Elle est marquée par le bouleversement du système nominal avec la disparition (incomplète) des cas et l'apparition systématique de l'article, le bouleversement du système verbal (apparition des pronoms), une transformation de la syntaxe. L'ordre des mots est changé. Le vocabulaire s'enrichit de racines latines. On assiste à ce que Nina Catach appelle une régression savante dans le sens où le français populaire se distingue du français des lettrés qui, « par-delà la diversification des régions et des parlers, [...] vont s'efforcer d'atteindre à une graphie nationale, "invariante", à une orthographe "neutre", notant de préférence la forme la plus longue du mot, dans laquelle chacun puisse se reconnaître. » (2)

L'écriture gothique supplante progressivement l'écriture caroline. La justification contient plus de lignes qu'auparavant : le mot doit avoir une individualité plus grande, nécessaire à sa lisibilité. Parallèlement, la diffusion culture s'accroit, notamment grâce au papier de chiffon que remplace le parchemin. Il y a des orthographes médiévales, avec des traditions d'écoles et d'ateliers, selon la nature des ouvrages et du public.

À partir de St-Louis (+ 1270), les juristes deviennent les maitres des écritures. Les édits royaux, souvent rédigés dans la langue du roi - le français - seule langue comprise dans tout le royaume. C'est un « gros latin ami des laïques » (grossum latinum laicis amicum). Le bilinguisme existant (latin et français ; français l'oral, latin à l'écrit) se traduit, comme tous les bilinguismes, par la victoire de la langue dominante, la langue deculture. C'est celle de l'Église, de la Sorbonne, du Parlement, des savants et des humanistes, et pas seulement des clercs qui les servent. Il n'eswt pas étonnant qu'elle ait dominé jusque dans l'écriture du français.

Le premier caractère de l'orthographe du XIVe au XVe siècle est de prendre un caractère plus idéographique. Une des raisons en est la contradiction entre le caractère rapide et cursif de l'écriture et l'impératif de lisibilité. L'étymologie (latine) n'est pas une fin en soi, mais un moyen. Le « h » de huile, huit, huistre n'est, quant à lui, pas étymologique : il sert à signaler que le « u » était voyelle, quand il pouvait aussi bien signifier « v »). Quand au « x » final (comme dans dix), il n'est pas étymologique : c'est l'abréviation de « us ».

On ne saurait là encore minimiser les facteurs historiques : relatif isolement de Paris pendant la guerre de Cent Ans, rôle de l'Université, absence d'une littérature reconnue servant de modèle national (comme la Divine comédie de Dante en Italie dès 1300). Dans la période suivante deux facteurs importants seront réunis : l'apparition de l'imprimerie ; une véritable littérature nationale.

 

ACCUEIL DU DOSSIERSOMMAIRE GÉNÉRAL
Du gallo-roma(i)n au françaisLes Serments de Strasbourg
Des Capétiens à la fin du Moyen ÂgeLe francienAnnexe historique
ConclusionBibliographieGlossaire

 


Notes

  1. Émile G. LÉONARD, « L'empire franc d'Occident », Histoire universelle, tome II, p. 412, Encyclopédie de la Pléiade, NRF-Gallimard, 1957).
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  2. L'Orthographe, p. 16.
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