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PROPOS DE L'ÉDITEUR, JUILLET 1999
Si nous défendons la francophonie, c'est pour éviter un appauvrissement culturel. La défense des langues régionales procède de ce même refus de l'oubli ou de l'ignorance du passé qu'il ne faut d'ailleurs pas confondre avec un passéisme aussi illusoire que dangereux...
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Quelques références
On trouvera des prises de position et rapports officiels sur le site de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France. Une liste de rapports publics sur les langues régionales est également accessible dans la « Bibliothèque des rapports publics » sur le site de la Documentation française. On pourra voir aussi ce dossier du quotidien Libération. |
Le Conseil constitutionnel a déclaré non conforme à la loi fondamentale française la ratification de la charte européenne des langues régionales. Cela a entrainé un débat franco-français extrêmement vif, traversant au demeurant les actuelles majorité et opposition parlementaires. Il n'entre pas dans nos compétences d'émettre un jugement sur la validité de l'argumentation du Conseil constitutionnel ou celles des juristes constitutionnalistes qui estimaient que, eu égard aux précautions prises par le gouvernement français, cette ratification ne posait pas de problème particulier, même relativement au fait que l'article 2 de la constitution française du 4 octobre 1958 modifiée précise que « La langue de la République est le français. » Dans cette affaire, nombreux sont ceux qui ont crié d'autant plus fort (dans un sens ou dans l'autre) qu'ils n'avaient pas étudié les textes en question, qu'il s'agisse de la charte européenne, des conditions posées par les pouvoirs publics pour sa ratification, ou de la décision du Conseil constitutionnel. La discussion a porté davantage sur des présupposés, des préjugés, des idées générales. Ceux que l'on qualifie maintenant de « souverainistes » (terme qui a d'ailleurs un sens fort différent en France et au Québec) y voyaient les effets d'un complot régionalo-européen dans lequel le français aurait été petit à petit écrasé entre une Europe accusée d'anglophonisme (on nous pardonnera ce néologisme) et des régions de plus en plus puissantes, cultivant leurs particularismes linguistiques et culturels. Certains « régionalistes » y comptaient d'ailleurs fort, n'ayant pas forcément plus que les précédents lu les textes en question... Plus d'un participant aux débats électroniques, qu'il s'agisse de la liste « langue-fr » ou du forum « fr.lettres.langue.francaise » a pu souligner qu'il serait incohérent de revendiquer la défense du français face à l'anglais en n'admettant pas qu'à côté de lui pussent coexister des langues régionales (ce qui ne signifie pas, par exemple en matière juridique, que le français ne restât pas la langue de référence). Récemment, les Allemands ont surpris en refusant de participer à des réunions « informelles » de l'Union européenne en Finlande, parce que l'Allemand n'était pas une langue de travail à côté de l'anglais et du français. Les deux problèmes sont distincts, mais néanmoins liés. L'Union européenne ne saurait se contenter de deux ou trois langues de référence seulement. Ou bien on respecte la diversité linguistique des différents États ou, nolens, volens on aboutira à l'usage de cet anglais international qui n'est qu'une version abâtardie de la langue anglaise avec l'affadissement culturel que cela implique et, peut-être même, la réactivation d'un sentiment anti-européen, l'Union étant alors perçue comme un outil de destruction des identités nationales. L'éditeur est de ceux qui pensent que l'Union européenne doit être dotée de compétences fédérales : on n'y arrivera pas en niant le fait que c'est une communauté de nations, de cultures. Sauf à se contenter d'un pidgin anglomorphe ou à rêver (vainement, soyons réaliste) à l'espéranto, il est évident que la pratique de plusieurs langues est un objectif à poursuivre. On s'est interrogé sur le fait de savoir s'il ne faudrait pas, de manière précoce et généralisée, enseigner l'anglais dès l'école primaire avant de passer à une seconde langue au collège (à partir de 11-12 ans). La réponse officielle actuelle est non (et il faut s'en féliciter). Il faut progressivement nous mettre (et surtout mettre les jeunes générations) dans un véritable bain de langues (en sachant d'ailleurs que plus on en pratique, plus facilement on en maitrise de nouvelles. Pourquoi ne pas imaginer qu'à côté d'une ou plusieurs langues étrangères on puisse apprendre aussi une langue régionale ? C'est d'autant plus vrai que certaines langues régionales (le catalan, le basque) sont des langues usuelles chez certains de nos voisins. Si nous défendons la francophonie, c'est pour éviter un appauvrissement culturel. Les langues régionales procèdent de ce même refus de l'oubli ou de l'ignorance du passé qu'il ne faut d'ailleurs pas confondre avec un passéisme aussi illusoire que dangereux. C'est là qu'il faut prendre garde : quand les écoles Diwan revendiquent leur reconnaissance et leur intégration dans le service public, c'est pour continuer à enseigner exclusivement en breton, ce qui procède d'une vision étriquée de la culture réduite au seul régionalisme. Mais si ce débat permettait au moins de discuter au fond d'un meilleur enseignement des langues, qu'elles fussent régionales ou étrangères, un grand pas aurait été franchi. Car c'est souvent par méconnaissance de l'anglais (ou insuffisance de maitrise de cette langue) que le franglais progresse... Et dans cette affaire, les savantes digressions sur la pertinence d'une réforme constitutionnelle permettant de ratifier la charte européenne des langues régionales ne nous semblent pas être la priorité absolue... Luc Bentz |
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