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LE SITE ET SES ÉVOLUTIONS

À propos de l'éditeur



Cette page s'attarde moins sur l'éditeur que sur la perception qu'il a de la diversité des pratiques langagières, ce qui n'exclut pas — quand c'est souhaité ou que cela semble nécessaire — un souci de correction langagière.


L'éditeur

Luc Bentz, éditeur de « Langue française »Ce site est publié à titre individuel et portatif, même s'il est adossé à un forum de discussion public : fr.lettres.langue.francaise. Je tiens à ce qu'il reste d'abord un site pour les usagers dans leur grande variété : ce n'est pas un site à vocation pédagogique (même s'il peut être utile, par exemple pour des étudiants ou enseignants de français langue seconde), ni un site linguistique (domaine scientifique dans lequel, à mon grand regret, mes compétences sont voisines de zéro).

Ce site n'aurait pu exister sans le concours des participants au forum fr.lettres.langue.francaise, et notamment à ceux qui ont bien voulu (ou voudront bien dans l'avenir) accepter que leurs contributions puissent l'enrichir (intellectuellement, s'entend). Qu'ils en soient ici très sincèrement remerciés quelle que soit la diversité de leurs approches... et justement en raison de cette diversité même.

Si je n'hésite pas à donner mon point de vue (soit en reprenant ses propos dans un débat, soit par l'usage d'un chapô ou d'un soulier), j'entends respecter la diversité des opinions exprimées dès lors qu'elles ont trait aux faits de langue. J'ai cru de même pouvoir enrichir le site à partir des questions qui m'étaient directement posées, en prenant soin, en ce cas, de reformuler la question et en évitant alors toute indication d'auteur.

Les usagers et leur langue

L'expérience a d'ailleurs prouvé qu'il n'existe pas de question prétendument idiote qu'il faudrait honteusement garder pour soi. Les sujets à priori (ou a priori) les plus « évidents » peuvent s'avérer des plus utiles... pour celui ou celle qui tente d'y répondre. Toutes les questions ne sont pas non plus figées, comme si la langue française avait cessé d'évoluer depuis le XIXe siècle.

La reprise de certains débats montre, justement, tout l'intérêt de confronter les points de vue. Si l'Académie, les linguistes, les professionnels de l'enseignement ont leur mot à dire, il est bon aussi que les simples usagers — ceux-là même qui font vivre la langue française — puissent disposer d'un espace où leur point de vue soit pris en compte ; après tout, ce sont bien eux les maîtres de cet usage dont l'Académie elle-même prétend n'être que le greffier.

Au reste, les usagers « de base » témoignent d'un profond attachement à leur langue. En témoignent ces fréquentes demandes d'arbitrage que je reçois et qui commencent par : Nous avons eu un vif échange (au bureau, en famille) sur tel accord ou telle formulation. À l'heure où le snobisme de certains grands patrons les conduit à obliger leurs cadres français, entre eux et en France, à parler anglais, c'est revigorant : les élites romaines des derniers temps de la République ou de l'Empire étaient élevées dans la langue grecque (à commencer par Jules César) ; c'est pourtant bien du latin, (latin populaire ou reprises médiévales du latin savant par l'intermédiaire du latin ecclésiastique), que dérive un français vivant qui a donné autant qu'il a emprunté... même si, aujourd'hui, la mondialisation peut poser des problèmes d'une tout autre nature.

Diversité linguistique et correction du langage

Si tant est qu'on puisse les opposer, les linguistes décrivent la langue telle qu'elle est, comme des naturalistes qui ne portent pas de jugement, alors que les grammairiens — quelques nuances qu'ils y apportent — raisonnent en termes de norme. L'éditeur, pour sa part, raisonne en usager. Il n'y a pas une langue réputée correcte et dont les autres usages seraient par définition relâchés ; il y a des pratiques langagières. On ne s'habille pas pour assister à un mariage comme pour jouer au rugby et réciproquement : un rugbyman en jaquette et haut-de-forme (tant qu'à faire !) ou un marié en short et chaussures à crampons détonneraient... sauf intention humoristique particulière. On n'écrit pas comme on parle, et on ne parle pas lors d'un entretien d'embauche comme avec des amis ou à son boulanger.

Ces différences n'excluent pas d'ailleurs qu'il y ait une référence normative, un bon usage au contenu d'ailleurs variable selon les individus. La notion de correction existe : on parle hélas ! plus de faute de français que d'erreur. Certains s'y complaisent, portant aux nues un âge d'or aussi mythique que révolu : un Jacques Capelovici s'y complaît. Pourtant, relisez Le Feu de Barbusse et vous y verrez des tournures populaires dites fautives qu'on pourrait croire, à tort, plus récentes. Il n'empêche : sans minorer ses aspects sociolinguistiques (le bien parler, bien écrire est aussi un repère social), la correction du langage reste à la fois un souci... et un sport national.

Dès le Moyen Âge on évoquait le beau francois, ce « français du roi » qui a abouti aux français soigné — avec des variations à travers les âges — qui a permis le développement de notre littérature, mais aussi, plus largement, de faciliter une expression claire, où le choix du mot juste, de la tournure la plus appropriée facilitent une communication que le respect de la syntaxe, marquant bien les liens entre les mots et les idées, vient appuyer — l'oral s'en passant plus facilement, la mimique, le geste et l'intonation, l'explicitation sur demande même permettant, en principe, de mieux se faire comprendre. Bien malin, du reste, et surtout bien imprudent qui prétendrait pouvoir ciseler son langage à chaque instant ; je ne m'y risquerai point !

Savoir débattre sereinement

Dessin de Caran d'AcheLes débats n'en sont que plus plaisants. On connaît la célèbre caricature de Caran d'Ache au moment de l'affaire Dreyfus : lorsque le repas de famille commence, le propos est : « N'en parlons pas ! » ; l'image suivante montre un pugilat général avec ce commentaire : « Ils en ont parlé. ». Sur les questions de langue française, les discussions peuvent être tout aussi vives (accord d'un participe passé), voire enflammées (réforme de l'orthographe).

C'est vrai en privé comme dans le forum Usenet. Sachons toutefois raison garder en toute circonstances, et rejetons : « ... cette sombre superstition qui porte les âmes faibles à imputer des crimes à quiconque ne pense pas comme elles » (VOLTAIRE - Traité sur la Tolérance).

Luc Bentz

N.-B. — J'ai pris le parti de renoncer au nous dit d'auteur ou de modestie (fausse modestie, parfois) pour un je intelligible ne permettant pas de penser que des propos qui me sont personnels soient nécessairement partagés par les contributeurs du forum fr.lettres.langue.francaise.

 

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