Versus (vs)

Versus (abrégé en vs) est un mot latin signifiant contre, par opposition à. L’usage anglais en est un gros consommateur, ce qui conduit à en condamner l’emploi pour cause d’anglicisme. Sur cette question, deux points de vue opposés.

À plusieurs reprises, des échanges ont été consacrés à versus (vs). Les deux termes figurent dans Le petit Larousse et dans Le petit Robert. Vs est admis au Scrabble (version française) depuis toujours (c’est même le seul mot composé de deux consonnes). Il est incontestable que vs a été repris de l’anglais (quand bien même son origine latine est directe). Il est utilisé notamment dans le langage scientifique ou économique (inflation vs chômage). Le Petit Robert fait remonter son emploi en français vers 1965.

Dans la première quinzaine de mai 1999 notamment, un débat a porté sur la licéité de l’usage de vs (ou versus »). Il ne s’est pas trouvé de défenseur systématique de l’expression, mais en revanche un opposant farouche à celle-ci Alain D., alors participant régulier au forum.

Quoique n’employant pas ce terme moi-même d’habitude, j’ai défendu son droit d’usage. On trouvera ci-dessous les arguments que j’ai utilisés et ceux d’Alain D.

Il ne s’agit pas de messages se répondant, mais d’un « montage de citations multiples » permettant à chacun de se faire une idée, en respectant le fond de la pensée de chacun, de débats qui ont été très longs...

La parole à l’accusation

Alain D. — L’usage correct est de ne pas employer l’anglicisme vs, tout latin qu’il soit. Je le répète : ce mot, d’origine latine, n’a de répréhensible en soi, à mes yeux, que le fait de n’avoir pratiquement pas été employé en France avant que l’anglomanie ne sévisse. C’est tout. En français versus peut se traduire simplement par contre, ou une barre oblique, ou un tiret.

Cette discussion sur versus me paraît bien plus importante qu’elle n’en a l’air. Il s’agit là, en effet, d’habitudes, d’us et de coutumes propres à un peuple, le français en l’occurrence, qui sont en train d’être dénaturées par un snobisme ambiant. Tout comme on n’abrège pas, d’habitude, « Monsieur » en « Mr. » mais en « M. », tout comme on on se croise pas les doigts en France mais on touche du bois depuis des temps immémoriaux, tout comme on compte en France 24 heures dans la journée et non pas deux fois 12 heures (ce qui évite les anglicismes indiscutables, même s’ils sont là aussi d’origine latine, que sont am [1] et pm [2]), de même on n’utilise pas vs. La langue ne comprend pas seulement les mots, la syntaxe et la grammaire, mais aussi tout un ensemble de conventions dont je ne vois pas au nom de quelle raison on voudrait nous les faire changer.

J’espère que certains ne s’empresseront pas d’assimiler ma lutte contre l’invasion d’une langue étrangère à une fossilisation du français. Je crois avoir répété assez souvent que je suis « pour » l’enrichissement des langues, à condition qu’enrichissement il y ait.

La parole à la défense

Luc Bentz. — Je n’emploie pas vs, mais dans la mesure où il est attesté, admis par le Petit Robert et Grevisse, pourquoi voudrais-je diable empêcher autrui de le faire ? Jacques Drillon (Traité de la ponctuation française) mentionne, p. 27, l’usage de Vs par l’imprimeur Étienne Dolet, ami de Rabelais et de Clément Marot...

Grevisse (le Bon Usage) donne même un renvoi sur « vs=versus » (au § 988) dans la 13e édition... (Il faut aller avant les remarques historiques). Voici ce qu’écrit Grevisse :

« VERSUS est parfois employé pour contre par les juristes, dans les formules indiquant les parties d’un litige. De là ce titre : Daniel Mayer VERSUS Paul Reynaud (Edgar Faure, Mémoires, t. I, p. 247), où il s’agit d’une opposition politique [3]. Sous l’influence de l’anglais, versus, souvent abrégé en vs, a pris vers 1960 le sens de par opposition à dans les sciences humaines : La structure, « vie VS mort » chez Bernanos (Greimas, Sémantique structurale, p. 170). »

P.-S.

Voir cette page relative aux locutions.

Notes

[1ante meridiem : avant midi.

[2post meridiem : après midi.

[3Edgar Faure, homme politique français, deux fois président du conseil sous la IVe République, plusieurs fois ministre dans les gouvernements de la Ve République, pendant les présidences du général de Gaulle et de Georges Pompidou. Fut également professeur agrégé (des facultés) de droit romain. Élu à l’Académie française en 1978 (Grevisse choisit avec soin les auteurs qu’il cite).

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