Troll, trôler

Être de la mythologie scandinave, le troll a réapparu dans les forums de discussion. Il y désigne un message conçu pour provoquer. Dans ce sens, il rejoint l’acception d’un verbe français, utilisé en Lorraine : trôler.

L’essentiel

Le troll appartient à la mythologie scandinave. Il a connu un engouement nouveau avec les jeux de rôle inspirés de l’oeuvre de J.R.R. Tolkien (Bilbo le Hobbit, Le Seigneur des anneaux). Il y représente généralement un être brutal, mauvais et puant.

Le mot s’est étendu au vocabulaire des utilisateurs anglo-saxons de l’informatique. Le « troll » est un message provocateur, dont l’auteur se fiche même parfois du contenu : l’intérêt — pour lui — est de faire réagir. Dans ce sens, il correspond à un vieux verbe français : trôler ou troller, qui signifie « vagabonder au hasard ».

Questions & débats (août 1998)

Dominique Didier (16/08/1999). — Pas de rapport entre le lutin farceur des légendes germaniques et le sujet de ce message [« troll »], sinon l’homonymie. Le verbe trôler existe en français, il est issu du latin populaire et signifie « aller de çà, de là ; trimer », mais aussi « mener, promener de tous côtés ; tenir des propos inconsidérés ».

L’origine est le verbe trahere déformé en tragullare « suivre à la trace ». En français de Lorraine, il est synonyme d’errer « traîner, aller sans but précis ; courir après les personnes du sexe que l’on n’a pas ». Un ouvrier à la trôle fabrique et vend des meubles qu’il va vendre lui-même dans les boutiques. La trolle est une boutique de bric-à-brac. Le trolleur est un marchand de peaux de lapin. La trôleuse en Lorraine est une fille qui court après les garçons. Le masculin n’existe pas.

Je pose donc une question aux dinosaures [1] qui hantent ce forum : le troll vient-il des sombres forêts d’outre-Rhin ou bien avait-on déjà songé à tous ces sens pour désigner des messages farcesques ? Sinon c’est assez bien choisi. Le trolleur se promène sans but précis d’un groupe à un autre, tient des propos hors de tout bon sens, donne des conseils en forme de peau de lapin et transforme une agora en bric-à-brac. Ajoutons cette orthographe capricieuse, assez trollatique.

Luc Bentz (16/08/1999). — L’essayer, c’est l’adopter. Trôler figure également dans le Robert historique... avec une idée, en vènerie, de chasse au hasard après avoir lâché la meute... Il y a dans le Larousse étymologique (Dauzat, Dubois, Mitterand) un trôleur (avec un seul L), attesté en 1660 et signifiant vagabond (le trôleur des forums ferait plutôt vagabonder les autres...).

Gilles Larouche (17/08/1999). — Au Québec le verbe troller est employé dans trois sens particuliers, qui rejoignent à bien des égards le français de Lorraine :

  1. draguer le sexe opposé ;
  2. à la pêche, laisser traîner sa ligne à l’eau alors que l’embarcation dans laquelle on prend place maintient une vitesse de croisière ;
  3. pêcher au moyen d’une trolle, une sorte de cuillère métallique visant à attirer le poisson.

Compléments

  • Littré consacre également un article à trôler, avec cette seule graphie, et cette définition intéressante (à prendre dans un sens réfléchi [se...] : Mener, promener de tous côtés, indiscrètement et hors de propos.
  • La 8e édition du Dictionnaire de l’Académie (1932) donne, sous la graphie« trôler », cette seule définition : « v[erbe] intr[ansitif]. Courir çà et là. C’est un homme qui ne fait que trôler. Il est populaire. » Populaire était une condamnation. [2].

Notes

[1Vieux habitués des forums Usenet : jargon des forums.

[2La 9e édition, dont le premier tome a paru en 1994, n’en est à ce jour [2007] qu’au tome 2 et à la lettre 0.

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