Souci : trois genres de soucis, mais un seul souci !

Un souci, des soucis. Et l’occasion d’un petit rappel sur l’histoire de la langue où le souci amoureux pouvait primer...Aujourd’hui, se soucier signifie « s’inquiéter, se mettre en peine de quelque chose, prendre intérêt à quelque chose » (Académie 1932-).

Il y a souci et souci. En fait, il y a au moins trois genres de soucis (sans compter les nôtres) : le mot dérivé du verbe soucier, la fleur (homophone ayant une étymologie différente du précédent) et un papillon dit « soufré orange ».

Mais si vous n’avez qu’un souci, n’en faites pas un pluriel inconsidéré. On rencontre hélas ! régulièrement la graphie erronée « un °soucis » (ce dont nous devrions évidemment nous soucier).

 De « se soucier » à « souci »

Le verbe soucier a une ascendance en latin populaire qui en fait un cousin de solliciter. C’était d’abord (vers 1270) causer de l’inquiétude à quelqu’un. La forme pronominale, se soucier était donc l’équivalent de se tourmenter (s’inquiéter soi-même). Ce sens a disparu, mais se soucier de..., au sens de « prendre intérêt à quelque chose » était connu. À la Renaissance, l’expression a été utilisée « dans un contexte négatif ou restrictif », nous précise encore le très précieux Robert historique. Des expression comme s’en soucier comme de l’an quarante, de sa première chemise, comme d’une guigne sont attestées entre 1791 et le début du XXe siècle.

Se soucier de quelqu’un signifiait au XVIIe siècle l’aimer. C’était joli, mais c’est sorti de l’usage. Il en est de même du verbe dérivé s’insoucier, connu encore au début du XIXe siècle, dont nous n’avons gardé qu’insouciant et insouciance... alors que la souciance (inquiétude), attestée en 1798, s’est évaporée. Mais on peut toujours se soucier de quelque chose.

Le nom souci « désigne l’état de l’esprit absorbé par un objet et que cette préoccupation inquiète au trouble », indique le Robert historique qui précise que ; jusqu’au XVIIe siècle, c’était avec le sens de « préoccupation amoureuse » (on retrouve la cohérence, alors, avec se soucier de quelqu’un). Mais le mot désignait aussi, parallèlement, une inquiétude causée par les dangers ou les difficultés (vers 1260). De là nous vient se faire du souci pour quelqu’un.

Le mot désignait aussi l’intérêt pour quelque chose (ou son absence) : le moindre (plus petit) de mes soucis, le cadet (et non l’aîné) de mes soucis, le dernier de mes soucis.

Soucieux, avec plus de chance que d’autres dérivés, comme insouci, insoucieusement, est encore dans l’usage.

 Pas de souci ? Comment dire...

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Photo « Spone » (Wikimedia Commons)

Comme équivalent de Pas de problème !, on trouve Pas de souci !. Parfois, on peut dire J’ai un souci, j’ai des soucis comme on dit J’ai un problème, j’ai des problèmes. Le singulier peut avoir une valeur générale ; le pluriel peut avoir une valeur singulière.

J’ai un souci, j’ai des soucis > je n’ai pas de souci/soucis. Il n’y a pas de souci(s). L’expression n’est pas des plus élégantes si elle est dans l’usage. Mais elle est d’un usage familier, relâché même.

Comme les expressions en vogue, Y a pas de souci, après avoir été à la mode se démodera peut-être. Certes, personne ne peut savoir comment la langue évoluera sur le moyen ou le long terme, et les conversations courantes sont ce qu’elles sont. En revanche, dans un usage « soutenu » ou « surveillé », il vaut mieux en rester aux problèmes et aux difficultés... surtout s’il n’y en a pas ou plus.

Et, en règle générale, cherchez plutôt à cultiver les soucis qui fleurissent que les soucis qui ennuient !

Lien : Souci (Trésor de la langue française informatisé)

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