Son plein (battre...)

Dans « battre son plein », son est un adjectif (déterminant) possessif, pas un nom.


 Questions & débats (février 1999)

On s’est intéressé à « son plein » (son représente-t-il un volume sonore ou un adjectif possessif ?). Jean-Pierre Sachs avait rappelé, le 16 février 1999, que le § 195-a-3° du Bon usage de Grevisse (13e éd., 1993), citant Littré, précisait que :

« Le plein de la mer est le moment où la marée est arrivée à sa plus grande hauteur et battre son plein se dit de la marée qui, arrivée à son plus haut point, reste stationnaire, quelque temps avant de redescendre (Littré). L’expression a passé dans l’usage général avec le sens figuré être au plus haut point, être complet, entier. [...] Certains croient à tort que dans battre son plein, son est un nom. »

Le même jour, Marion Gevers insistait (depuis l’Australie) en citant un autre passage du Bon usage (cette fois-ci la note 75 du § 908 de la 11e édition, 1980) :

« Il faut rejeter comme fantaisistes les explications suivant lesquelles battre son plein serait dit métaphoriquement d’après le tambour bat son plein [= un son plein] ou d’après la cloche bat son plein [= un son non voilé] ; de telles formules sont sans fondement dans l’usage : un tambour (aussi bien qu’une cloche) qui bat un son, plein ou non, dit A. Dauzat, c’est du charabia, qu’on ne rencontre nulle part, et qui n’a pu germer que dans les volutes d’un cerveau tarabiscoté". »

Et cette participante régulière au forum fllf d’ajouter : Ce n’est pas moi qui l’ai dit, hein... mais je pense tout pareil !

 Compléments

L’analyse est la même chez Maurice Rat (Dictionnaire des expressions et locutions traditionnelles) :

« Battre son plein est, au vrai, une expression de la langue des marins, où son est adjectif possessif et plein un substantif (le plein, c’est la “pleine mer”, et de plein en plein, “d’une pleine mer à l’autre”). On dit que la marée bat son plein lorsque, ayant atteint sa plénitude, “elle demeure un temps stationnaire”. L’expression s’est ensuite, par comparaison toute simple, appliquée à d’autres objets. »

Dans la 15e édition du Bon Usage, voir le § 196, a, 2 (Nominalisation des articles et des participes) :

« Le plein de la mer est le « moment où la marée est arrivée à sa plus grande hauteur », et battre son plein « se dit de la marée qui, arrivée à son plus haut point, reste stationnaire quelque temps avant de redescendre » (Littré). L’expression a passé dans l’usage général avec le sens figuré « être au plus haut point, être complet, entier »*.

« Ex. au sens propre ou avec référence explicite au sens propre : La dernière dune que nous montâmes avec lui nous permit de découvrir la mer, battant son plein, brillante et calme, sur une ligne immense (Barbey d’Aur., Chevalier des Touches, ix). — À cinquante pieds d’élévation, Pécuchet voulut descendre. La mer battait son plein. Il se remit à grimper ( Flaubert, Bouvard et Pécuchet, p. 152). — [...]. — Le bonheur, comme la mer, arrive à faire son plein. Ce qui est inquiétant pour les parfaitement heureux, c’est que la mer redescend (Hugo, Homme qui rit, II, iii, 9). »Ex. au figuré : [...] La frénésie californienne, la prostitution et le jobardisme civilisateur battaient leur plein ( Bloy, Désespéré, p. 42). — Ces dimanches de Mme Laudet battaient leur plein (Proust, Jean Santeuil, t. I, p. 233). — Les grèves russes battent leur plein (Troyat, Tant que la terre durera…, p. 825).« * »Certains croient à tort que dans battre son plein, son est un nom : °Les festivités […] battent son plein (Decaux, L’Empire, l’amour et l’argent, 1982, pp. 73-74)."

Tournons-nous vers le Dictionnaire historique de la langue française (direction Alain Rey) à l’article « plein » (tome II, p. 2787-2788) :

« Son expression en marine dans l’expression au plein (1626), en parlant de la mer à marée haute, procède peut-être d’une des confusions entre plein et plain, et pourrait se rattacher à l’ancien français plain “rivage plat”. Cependant, outre que la mer est plaine (étale) aussi à marée basse, le sens de plein convient bien aux rades, aux bassins des ports qui s’emplissent à marée haute. Ce sens est réalisé spécialement dans l’expression battre son plein (où son est bien le possessif et plein le nom), dite proprement de la mer étale à marée haute (1851) et, par image, à propos du maximum d’intensité de quelque chose, par exemple d’une fête. »

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