Soit/soient ; vive/vivent

Soit ou soient... deux droites ?
Vive ou vivent... Tintin et Milou ?

Dans le cas de « soit/soient », l’invariabilité (soit) s’affirme, même si l’emploi avec accord est encore en usage (soient deux droites...). Dans le cas de « vive », la forme invariable s’est imposée.

L’essentiel

Dans le cas de « soit/soient », même si l’invariabilité s’affirme, l’accord n’est pas encore mort, même s’il tend à sortir de l’usage. « Soit deux droites » ou « soient deux droites » constituent deux formules parfaitement admissibles. Soient deux droites laisse d’ailleurs sous-entendre Que soient deux droites, illustration de cette magie qui permet au professeur de mathématiques de créer tout un monde, algébrique ou géométrique, à partir de rien...

Dans le cas de « vive », l’invariabilité s’est imposée. Nonobstant les rééditions de Tintin au Congo, on écrirait aujourd’hui : Vive Tintin et Milou ! Vive les Dupondt ! Vive est devenu un introducteur (songer à voici, voilà).

Questions & débats (juin 1999)

« Al-Kashi » (03/06/1999). — La question n’est vitale mais quand même... en plus, elle est simple. Faut-il écrire :
- soiT quatre nombres quelconques
- soiT trois droites telles que...
ou
- soiENT quatre nombres quelconques
- soiENT trois droites telles que... ?
En effet, doit-on considérer que c’est le verbe ÊTRE au subjonctif ou la conjonction SOIT ? Y-a-t-il tolérance des deux formes ? Bref, j’aimerais en savoir plus...

Sebastian Wileczelek (04/06/1999). — Nouveau sur ce forum, je me permets malgré tout de répondre à ta question. Dans le cas présent, soit (qui est en fait le subjonctif lexicalisé du verbe être) est considéré comme synonyme de étant donné. En l’occurrence, il ne s’accorde pas et l’on doit écrire soiT quatre nombres quelconques, soiT trois droites telles que...

  • Schtroumpf grognon. — Étant donné trois droites...
    Soient alpha, bêta appartenant à R+, alpha + bêta = 1.
    Montrer que pour tous x, y appartenant à R+, on a :
    1 + x^alpha.y^bêta < (1 + x)^alpha.(1 + y)^bêta [...] »
    Exercice dans J. Lelong-Ferrand, J. M. Arnaudiès, Cours de mathématiques, tome 2, « Analyse », Dunod Université, Bordas, 1977.
    • Sebastian Wileczelek
      [Sur « étant donné »] Pas d’accord. Trois droites étant données… : oui, mais Étant données trois droites... : non. « Étant donné reste invariable s’il est placé avant le nom auquel il se rapporte » (Larousse des difficultés de la langue française, A. V. Thomas, pour autant que cet ouvrage soit une référence reconnue dans ce forum...) [1].
      [sur « soit »] « Soit est invariable : 1) quand il a le sens de supposons : Soit deux triangles opposés par le sommet (On trouve parfois encore le pluriel dans ce cas, reste de l’ancienne langue.). » (ibid.)
      • Jean-Pierre Lacroux. — Oui... mais... après votre citation, le bon Thomas (Larousse) ajoute : On trouve parfois encore le pluriel dans ce cas, reste de l’ancienne langue. Girodet (Bordas) dit en gros la même chose mais est plus nuancé : L’accord au pluriel est toléré, mais tend à sortir de l’usage. Colin (Robert) est encore plus nuancé : Il peut cependant varier quand il signifie « supposons ». L’accord est de moins en moins fréquent, c’est certain. Il est un tantinet archaïque, mais il serait très exagéré d’affirmer qu’il est d’ores et déjà fautif. Cela viendra, probablement.

Félix (04/06/1999). — La forme retenue aujourd’hui par les éditeurs de livres de mathématiques est le singulier. Qui écrit encore Vivent les vacances ! ?

  • Christophe Masson. — Moi, depuis que j’ai découvert l’expression, il ya un bon paquet d’années, dans un Tintin au Congo édité dans les années 70 [2]. Même si je sais que la norme officielle a changé depuis, j’avoue y prendre un certain plaisir. Pervers, peut-être ?
    En revanche, j’avoue que j’aurais beaucoup de mal maintenant à écrire phantasme et pharamineux, qui étaient pourtant la norme dans les années 70. Pourtant, à l’époque j’avais été très choqué (si !) de voir apparaître (en 1976 ?) les graphies fantasme et faramineux. Force de l’habitude...
    Dans le même genre, il y a quelques mois, jai découvert le mot phratrie dans un magazine. Avant d’écrire une lettre incendiaire à l’éditeur, j’ai par acquit de conscience vérifié dans mon dictionnaire, et bien m’en prit... [3].
  • Virginie Soleil. — r[À propos de : La forme retenue aujourd’hui par les éditeurs de livres de mathématiques est le singulier.)... Un [contre-]exemple parmi d’autres :
    « Soient S u(n) une série à valeurs dans E, et f une application strictement croissante de N dans N telle que f(0)=0. »
    (D. Guinin, F. Aubonnet et B. Joppin, Précis de mathématiques, « Analyse 1 », Bréal, juin 1990). N. B. — S, s’il apparait sous forme de S correspond, dans le texte d’origine à un sigma.
    • Jean-Pierre Lacroux. — Oui, mais cet usage est en net recul... On peut le regretter, car il introduisait une nuance qui n’était pas complètement inutile. En effet, dans l’« alternative » (soit 2 trucs... soit 3 machins) et dans l’« explication » (10 machins, soit 5 bidules...), l’invariabilité s’impose toujours, alors que dans la « supposition » (soient 4 trucs opposables 2 à 2) l’accord était naguère fréquent... C’était pas con, car le sens est très différent...

Philippe Bertran (05/06/1999). — Je pense qu’à l’origine, vive ou vivent s’employaient pour des humains : Vive Dupont = « Que Dupont vive » (sous-entendu longtemps). Il est donc logique, en ce cas, d’écrire Vivent Dupont et Durand. L’extension de l’expression à des mots abstraits a distendu voire rompu ce lien logique, faisant virer vive à un adverbe.

Compléments

Cette question est traitée, dans la 13e édition du Bon Usage de Grevisse et Goosse, au § 901, sections d et e :

« Quand soit signifie supposons, prenons, il sert d’introducteur (§ 1045, c). Sa valeur verbale est assez estompée pour qu’on le laisse invariable, mais plus d’un auteur, surtout parmi les mathématiciens, continue à le traiter en verbe.

« Vive, lorsqu’il signifie Bravo ou Honneur à, perd son sens premier et se dit aussi de ce qui n’est pas doué de vie. Il joue alors le rôle d’un introducteur (§ 1045, d) et reste logiquement invariable. »

Hanse (Nouveau dictionnaire des difficultés du français moderne, 3e édition) ne traite pas de soit, mais, dans l’article vivre écrit :

« On a voulu faire une distinction, à la 3e personne, entre l’accord avec les noms de personnes et l’invariabilité avec les noms de choses. L’usage littéraire en offre des exemple, comme d’ailleurs de l’invariabilité ou de l ’accord dans les deux cas. Mais vive est aujourd’hui perçu comme une formule d’acclamation et n’implique pas un souhait de longue existence. Aussi l’invariabilité est-elle courante dans les deux cas. »

Jouette (Dictionnaire d’orthographe et d’expression écrite, éd. Le Robert) écrit à propos de soit :

« Soit deux cercles tangents. On n’écrit plus comme autrefois : Soient deux cercles tangents ; cette tournure est devenue un présentatif impersonnel, analogue à la conjonction et invariable. »

Sur vive(nt), il présente l’invariabilité dans tous les cas (Vive les zouaves), mais cite un exemple d’accord (vivent).

Notes

[1C’est le cas.

[2N.D.L.É. : réédité eût été plus juste, Tintin au Congo étant le deuxième opus de la série après Tintin chez les Soviets

[3N.D.L.É., qui a également consulté son dictionnaire — phratrie : « fraction de tribu chez les Athéniens ; en sociologie, groupe de clans dans une tribu ou un groupe de tribus ».

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