Soi-disant

D’un point de vue normatif, soi-disant ne s’applique qu’à des personnes revendiquant elles-même une qualité (un soi-disant écrivain). Mais cette position que défendent encore les puristes est menacée par l’usage. Ceux qui la défendent doivent en tout cas veiller à écrire prétendument sans accent, sauf à passer pour de soi-disant grammairiens ! Dans tous les cas, la graphie °soit-disant est fautive.

Au cours d’une discussion dans le forum f.l.l.f. (en 1999), il a été fait référence à la possibilité d’utiliser soi-disant sans qu’il s’agisse de faire référence à une personne s’attribuant une qualité quelconque.

Ces précisions furent apportées en citant celui qu’on considère en général comme le grand arbitre (Grevisse dans Le Bon Usage) et son juge de touche (Joseph Hanse dans le Nouveau Dictionnaire des difficultés du français moderne). Ceux qui préfèrent éviter cependant soi-disant quand le sens n’est pas réfléchi veilleront à écrire prétendu, prétendument sans accent circonflexe (contrairement à dû, dûment).

Nous avons reçu par courriel, le 23 juin 1999, une contribution complémentaire d’André Bogaert sur l’usage de soi-disant. Certes, elle relève moins de la norme grammaticale (qui avait fait l’objet de l’échange sur fr.lettres.langue.francaise) que du style ou du sens... domaines qui intéressent aussi les amoureux de la langue française et de son bon usage !

Questions & débats (mai 1999)

L’analyse de Joseph Hanse
(Nouveau Dictionnaire des difficultés du français moderne, 3e édition : article « soi-disant »)

« Soi-disant : est un reste de l’ancienne syntaxe où la forme forte soi pouvait comme lui ou moi, être complément direct. [...] On se rend compte que le sens premier est depuis longtemps dépassé, malgré les puristes et l’Académie [française] qui continuent à s’opposer à l’évolution du sens. Au départ, soi-disant ne pouvait se dire que des êtres doués de la parole et ne pouvait s’appliquer qu’à une qualité qu’ils s’attribuaient eux-mêmes : « de soi-disant docteurs » [...].

« À cela on peut opposer l’évolution sémantique qui, pour bien des mots, les éloigne de leur sens premier. D’autre part, Littré condamne comme une « grosse faute » l’application de soi-disant à des choses, par exemple « de soi-disant faveurs », où soi-disant a le sens de prétendu, qui se dit d’une personne ou d’une chose qui passe pour ce qu’elle n’est pas. Mais il accepte sans réserve le sens de prétendument, à des adjectifs se rapportant à des choses plus ou moins personnifiées : « Il faisait grand cas d’une amitié soi-disant inaltérable », qui se disait inaltérable. [...] De là on a pu appliquer soi-disant à des choses dites comme ceci ou cela (Marivaux parle d’« agréments soi-disant innocents », à des défaut comme à des qualités, dans le sens de prétendu (Un soi-disant service, soi-disant escroquerie) ou de prétendument (« Une réunion soi-disant sérieuse »).

« Le fait est incontestable ; depuis plus de deux cents ans, dans l’usage courant et en littérature l’évolution s’est affirmée. »

Le point de vue de Grevisse

Dans le Bon Usage (13e édition, § 641), Grevisse reprend sur le fond l’analyse de Hanse (qui renvoie lui-même au Bon Usage pour les exemples) :

« Mais soi-disant, résidu d’une syntaxe archaïque a cessé d’être analysé par les locuteurs, et de très nombreux écrivains (l’Acad. incluse) l’emploient à propos de choses. »

De très nombreux exemples suivent. On se reportera si nécessaire au reste du développement de l’article de Grevisse qui constitue bel et bien une démolition de la position « puriste »de l’Académie (Grevisse note d’ailleurs, avec un humour perfide, que le Dictionnaire de l’Académie de 1932 comprenait dans l’article « empirique », « une soi-disant expérience », en précisant que cela avait été supprimé en 1990.

Contribution d’André Bogaert (Ajout du 23.06.1999)

Puis-je encore apporter une contribution à la réflexion ?

J’utilise et je conseille d’utiliser soi-disant quand le sens est réfléchi.

  • Joint à un substantif : se disant tel, se prétendant tel.
    Un soi-disant docteur = un docteur se disant tel ; une personne se disant, se prétendant docteur ;
    une soi-disant amitié = une amitié se présentant comme vraie.
  • Joint à un adjectif : se disant, se prétendant.
    Une amitié soi-disant inaltérable = une amitié se prétendant inaltérable ;

Par contre, quand le sens n’est pas réfléchi, la logique me semble demander prétendu ou prétendument.

  • Une prétendue escroquerie
    = une transaction que la victime présente comme une escroquerie
    = une transaction que l’avocat présente comme une escroquerie
  • Un chien prétendument enragé
    = un chien que les voisins prétendaient enragé

Dans le premier cas, on aura généralement des substantifs ou adjectifs de nuance avantageuse et, dans le second cas, de nuance désavantageuse. Je respecte l’usage mais, dans des textes écrits, prenons le temps d’éviter des expressions qui frôlent le burlesque comme un chien soi-disant enragé. La règle que je propose tente d’allier simplicité et logique.

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