Sans (suivi du singulier ou du pluriel ?)

« Sans » peut être suivi du pluriel : c’est le sens qui commande... et qui peut offrir le choix, ce que nous permettent d’expliciter deux questions-réponses :

  • une nuit... sans étoile(s) ?
  • un ménage... sans enfant(s) ?

Questions-réponses

Ce serait la nuit, Une nuit sans étoileS, Sans courbe ni nuageS.. — J’aurais tendance à lire « sans aucune étoile », « sans aucun nuage » et
donc de ne pas mettre le pluriel. C’est un peu la même question que
de savoir si un mur est en pierre (la matière) ou constitué de pierres multiples.

Dans le cas de sans, l’accord au pluriel est légitime (aussi) si l’on s’attend, quand il y en a, à ne pas voir un seul nuage ni une seule étoile isolée. On peut donc avoir :

  • une nuit sans étoile (même pas une seule étoile) ;
  • une nuit sans étoiles (une nuit pendant laquelle je ne vois pas les étoiles qui ont coutume d’habiter la voute céleste).

Dans certains cas, le sens oblige à employer le pluriel. D’un coureur essoufflé, on dira qu’il était sans jambes (« sans jambe » n’aurait pas de sens).

Extrait du Trésor de la langue française informatisé (TLFi) :

« Remarque. [...] 2. Ce subst[antif (qui suit sans] est souvent au sing[ulier] parce qu’il évoque l’unité, l’abstr[action] ou
le non comptable ; le plur[iel] est plus fréq[uent] quand le subst[tantif]. appartient au concr[et]. Tout cela usait Félicie. Par-dessus tout, elle était sans nouvelles d’Alain (Van der Meersch, Invas[ions] 14, 1935, p. 321). »

Puis-je écrire un ménage sans enfants ou dois-je écrire un ménage sans enfant au singulier ?

Girodet (Bordas des difficultés de la langue française) écrit à l’article SANS :

« II. Singulier ou pluriel. Sans peut être suivi d’un nom au singulier ou au pluriel. C’est généralement le sens qui décide. On écrira : Une boîte sans couvercle (puisqu’une boîte a un seul couvercle), mais Un gilet sans manches (puisqu’un gilet a deux manches). Parfois, l’usage impose le singulier (Il nous accuse sans preuve) ou le pluriel (Un ménage sans enfants). »

Pourtant, on pourrait admettre d’écrire tout aussi bien un ménage sans enfants (dans la mesure où un ménage standard, malgré la dénatalité, est censé avoir plusieurs enfants [1]) que un ménage sans enfant (qui n’a pas même un enfant).

Restons en à la prudence du Larousse des difficultés de Péchoin et Dauphin :

« Le nom qui suit la préposition sans se met au singulier ou au pluriel, selon le sens. Ainsi, on écrit une jupe sans ceinture (car une jupe ne peut avoir qu’une seule ceinture) mais un manteau sans boutons (car un manteau possède habituellement plusieurs boutons). On écrira de même : Je viendrai sans faute mais une dictée sans fautes ; c’est un homme sans parole mais une histoire sans paroles.

Notes

[1Selon le modèle : papa+maman+fils+fille (et réciproquement).

Partager

Imprimer cette page (impression du contenu de la page)