Sang bleu

Sang bleu et noblesse (de naissance) sont associés. Les explications sont diverses... En témoignent la discussion et un complément, faisant appel au Rey-Chantreau, ajouté à la suite de la réaction d’un lecteur de cette page.

Questions & débats (décembre 1998)

André Leprêtre (23.12.1998). — Je souhaite connaitre l’origine du rapprochement de ces deux notions [« sang bleu » et « noblesse »]

Benoît Leraillez (23.12.1998). — J’ai une belle explication mais qui nécessite une confirmation. La noblesse avait pris l’habitude de jurer en incluant « Dieu » dans leurs jurons « nom de Dieu », « par le sang de Dieu », ... Un évêque, ou un cardinal, a fini par y mettre le hola. Pour contourner cette interdit la noblesse remplaça « Dieu » par « bleu » ce qui donna « ParSangBleu ». Les nobles étant les seuls à utiliser ce juron leurs serviteurs les nommèrent les sangbleus. J’attends donc confirmation mais cette explication me plaît et je la garde.

Stefane Dowet (25.12.1998). — Il y en a une autre. Les paysans travaillant tout le temps aux champs et donc au soleil, ils avaient la peau tanné, alors que les nobles qui fuyaientt l’astre du jour, gardaient la peau très blanche, où l’on voyait leurs veines (bleues). Les paysans en déduire que les nobles avaient le sang bleu. Mais je préfère ton explication.

[Si vous avez une autre explication, envoyez-la à l’éditeur !]

Compléments

Par courriel, Henri Mouy m’avait contacté en juillet 2002. Il m’écrivait :

« À propos du sang bleu des nobles, j’ai entendu une autre explication : ce serait une expression inventée par les nobles pour désigner l’absence de juifs dans la noblesse. Les juifs, au Moyen Âge, étaient réputés avoir le teint hâlé, ce qui faisait davantage référence aux juifs d’Afrique du Nord qu’à ceux de l’Est.

« En fait, cette expression recouvre vraisemblablement le caractère exclusif de la noblesse, la pureté de l’ascendance et l’absence de travail. En effet, les nobles avaient comme vous le savez interdiction de travailler et portaient ostensiblement un teint blanc - et souvent blanchi, à la Cour — et des ongles assez longs... certains petits nobles, comme le note Molière, auraient porté un ongle long au petit doigt de la main droite.

« Il est probablement vain de chercher une unique explication : il est même probable que cette expression, ait servi simultanément deux concepts différents.

« Pour l’expression Par Sang Bleu ou palsambleu, comme cela aurait été prononcé il me semble, je me demande si elle n’est pas plutôt une conséquence qu’une cause, même si on ne peut pas exclure cette éventualité. »

Le Dictionnaire des expressions et locutions de Rey et Chantreau (éd. Le Robert) mentionne un emploi récent en français (XVIe siècle), sans doute par reprise de l’espagnol « sangre azul » : Les grandes familles castillanes, disent les auteurs, s’enorgueillissaient de leur ascendance exempte de « sang » maure ou juif. On a invoqué le fait que les personnes d’un teint plus clair ont des veines bleutées apparentes.

Pour qui connaît l’histoire de la Reconquista espagnole, c’est une explication sans doute moins étonnante : en France même, le problème ne se posait pas et la question de la mésalliance ne touchait « que » les originaires du Tiers État (pour faire court). Mais l’expression sang bleu a pu passer d’une noblesse à l’autre, même si l’explication donnée à postériori a pu varier, le sens originel s’étant perdu ou n’étant pas perçu en France comme il pouvait l’avoir été en Espagne.

Pour ce qui est de Palsambleu, les mêmes auteurs font plutôt référence à un euphémisme pour par le sang de Dieu. On a eu également Ventrebleu ! pour Ventre [de] Dieu ! ou Sacre de Dieu/Sacrebleu (ne pas oublier que sacrer est synonyme de jurer au sens de « proférer un juron ». Les jurons avec Dieu pouvaient être considérés comme blasphématoires : sous l’Ancien Régime, non seulement cela pouvait être mal vu, mais entraîner des conséquences fâcheuses pour le contrevenant à certaines époques !

C’est également cette explication que donne Littré :

« PALSAMBLEU (pal-san-bleu), interj. — Jurement de l’ancienne comédie. Hé ! palsambleu, si je le savais, je ne le demanderais pas, REGNARD, la Sérénade, 23. Palsambleu ! la nouvelle est bonne, Et notre bonheur sans égal : Nous avons recouvré Crémone Et perdu notre général, Couplet contre Villeroi, fait prisonnier dans Crémone, cité par LA HARPE, dans son Lycée, t. VI, p. 408. On disait aussi : par la sambleu. Par la sambleu ! messieurs, je ne croyais pas être Si plaisant que je suis, MOL. Mis. II, 7.

« ÉTYMOLOGIE : Corruption de par le sang Dieu. » [1]

Notes

[1NDÉ — Explication identique de Littré pour Ventre de Dieu/Ventrebleu.

Partager

Imprimer cette page (impression du contenu de la page)