Saints, capitales et traits d’union

Le personnage nommé Émilian a vu son nom déformé en Émilion. Béatifié et devenu saint Émilion, il a donné son nom à la localité de Saint-Émilion où vivent Saint-Émilionnaises et Saint-Émilionnais. L’activité économique saint-émilionnaise est mondialement connue en raison des célèbres vignobles saint-émilionnais. On y produit l’illustre saint-émilion et, si vous dégustez des saint-émilion, que ce soit avec modération !


 Écritures saintes

Tout part du personnage auquel la tradition ou l’Église a conféré le statut de saint : le nom propre est celui du personnage, saint est un adjectif qui ne porte pas la majuscule — sauf naturellement quand une autre règle y oblige (début de phrase par exemple) :
saint Matthieu, saint Luc, saint Jean, saint Marc sont les auteurs des quatre évangiles.

Traditionnellement, on écrit le Saint Empire romain germanique, la sainte Famille, l’Esprit saint mais le Saint-Esprit (avec deux majuscules et trait d’union) et la Sainte Vierge. Double majuscule et trait d’union aussi pour le Saint-Père (le pape), le Saint-Siège (le Vatican) et le Saint-Office (plus connu historiquement comme l’inquisition). On trouve aussi parfois Saint Louis pour désigner spécifiquement le roi Louis IX (ce n’est pas un saint comme un autre, c’est ici un quasi-nom propre identifiant un souverain précis).

 Toponymes et gentilés

On a pu emprunter la sainte identité d’un personnage pour consacrer un édifice religieux ou nommer une localité. Le nom propre n’est plus celui du saint, mais celui de l’édifice ou de la localité en cause. Ce nom propre est un nom composé avec deux majuscules : l’une à Saint (initiale du mot), l’autre que conserve le nom propre du saint. Et comme ce nom d’édifice ou de lieu est un nom unique (fût-il répété, dupliqué, démultiplié), le trait d’union s’impose :
l’église Saint-Pierre, la ville de Saint-Nazaire.

De la localité dérive le gentilé. Pour les noms des habitants, quasi noms propres, on conserve les majuscules et le trait d’union, en accordant en genre et en nombre si nécessaire :
les Saint-Pierrais, les Saint-Pierraises [1]

L’adjectif perd les majuscules, mais garde le trait d’union :
les entreprises saint-jeannaises (Saint-Jean), les artisans saint-paulois.

 Autres dérivations

En hommage à saint Bernard, on a nommé la race des saint-bernard (Eh oui ! invariabilité au pluriel.) Même chose pour le ou les saint-honoré ou les saint-pierre (poissons). Même règle pour les vins « localisés » : des saint-émilion.

Le personnage saint Cyr a donné son nom à la localité Saint-Cyr où résident des Saint-Cyriennes et Saint-Cyriens. Traditionnellement, même depuis son implantation à Coëtquidan, l’École spéciale militaire (qui assure la formation des officiers de l’Armée de terre recrutés par voie externe) est dénommée Saint-Cyr. Mais les élèves ne sont pas résidents de Saint-Cyr-l’École (d’autant plus que l’école n’y est plus implantée depuis la Seconde Guerre mondiale) : les anciens de l’École spéciale militaire sont donc des... saint-cyriennes (depuis 1983) et des saint-cyriens.

 En savoir plus

L’article « Saint » d’Orthotypographie française de Jean-Pierre Lacroux.

Notes

[1Parfois, le gentilé est traditionnellement distinct : les Génovéfaines et Génovéfains pour les habitants de Sainte-Geneviève. Le caractère historique distinct de l’appellation peut avoir des raisons historiques, locales, traditionnelles (langue régionale). Se méfier donc des dérivations « évidentes ». Deux communes ayant le même nom peuvent avoir des gentilés différents.

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