Réformer l’accord du participe passé ? Oui !

Réforme du participe passé — Pour un assouplissement des règles d’accord du participe passé : une proposition conjointe du Conseil international de la langue française et de l’association Érofa résulte d’une initiative de linguistes éminents conscients du fait qu’« une nouvelle logique grammaticale s’impose ». Disons-le d’emblée, nous partageons ce point de vue et soutenons cette initiative.

L’accord du participe passé est, en raison de la complexité de ses règles, sous-règles, variantes et exceptions, la terreur de l’usager Lambda, l’effroi des apprenants étrangers (élèves ou adultes)...

Il fut un temps où le participe s’accordait, au moins jusqu’à Ronsard dont les vers fameux constituent pour le moderne rivé à sa grammaire sommaire un solécisme :

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avoit desclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu ceste vesprée
Les plis de sa robe pourprée.
Et son teint au vostre pareil.

Le constat est, quelques siècles plus tard, sans appel : l’accord avec le verbe avoir se perd à l’oral et, parfois, la complexité des règles, sous-règles, variantes et exceptions conduit à des erreurs syntaxiques : invariabilité erronée ou accords effectués quand il ne le fallait pas, y compris chez des personnes connaissant voire maîtrisant les différents cas d’accord (ou pas) du participe.

Des erreurs ont été enregistrées « au plus haut niveau », y compris chez un ancien chef de l’État, « protecteur » à ce titre de l’Académie et, depuis, élevé au rang d’académicien français.

Sur la moitié des questions électroniques que je reçois depuis dix-sept ans que ce site existe, la moitié d’entre elles concernaient des hésitations sur cet accord et, très rarement, concernaient les cas les plus compliqués (verbes pronominaux ou participes suivis d’un infinitif, par exemple). Encore, pour faciliter l’accès à l’information, ai-je « sorti » le dossier sur l’accord du participe passé de la rubrique « dossiers » pour en faire une rubrique à part entière (voyez le menu à gauche de votre écran), alors qu’il ne s’agit que d’un aspect particulier, très particulier, de la syntaxe.

Dans ce contexte, l’éditeur de Langue-fr.net ne peut que se réjouir de l’initiative prise conjointement par le Conseil international de la langue française et l’association Érofa (Études pour une rationalisation de l’orthographe française d’aujourd’hui.

Face à ceux qui, au nom du respect d’une langue embaumée et donc si belle (à mourir), protesteront avec énergie, accusant l’inculture comme la baisse de niveau, nous répondrons que l’absurdité est dans la norme actuelle, ou plutôt son accumulation, et que le propos est de donner un « espace de liberté », une respiration nécessaire. Tout dernièrement encore, je suis allé extirper du fond du Bon Usage la réponse aux interrogations existentielles d’un professeur de français qui avait (rassurez-vous, braves gens), la bonne réponse intuitive, mais ne savait plus pourquoi.

Ajoutons que cette initiative a été prise par des gens sérieux, savants en matière de langue. Le CILF, rappelons-le, avait été fondé par le regretté Joseph Hanse et que ses travaux ont conduit les lexicographes à harmoniser certaines irrégularités de traitement d’un dictionnaire à l’autre (pluriels de mots composés, soudures ou traits d’union).

Soulignons ensuite que, dans ce travail, trois noms émergent : André Goosse, le continuateur de Grevisse, qui assure l’édition actuelle du Bon Usage qui reste la grammaire de référence (André Gide le disait déjà en février 1947) ; Claude Gruaz — qu’on peut regarder comme le continuateur de l’action de la regrettée Nina Catach et Marc Wilmet auquel on doit le Participe passé autrement qui nous a inspiré l’accord du participe passé en cinq minutes.

Mais, loin d’user d’un argument d’autorité peu compatible avec une démarche qui se veut de réflexion, nous vous invitons à regarder à la fois les propositions et l’argumentation qui les fonde :
http://www.reformeduparticipepasse.com/.

Comme l’indique l’appel :

Les difficultés de l’accord du participe sont notoires. Des enquêtes ont montré que les professeurs de français y consacrent environ 80 heures de théorie et d’exercices au cours d’une scolarité ordinaire. Ce ne serait qu’un moindre mal si le succès couronnait l’entreprise. On en est loin. Face aux manquements qui abondent dans les copies d’élèves et dans la bouche ou sous la plume de leurs ainés, des voix réclament d’un peu partout une remédiation.

Luc Bentz

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