Rebond en anglais (bounce), rejet en français

Le verbe anglais to bounce est utilisé pour signaler un rejet de chèque ou de message électronique (utilisateur inconnu ou ayant dépassé le quota d’espace attribué à sa messagerie).

Propos de l’éditeur

Dans une liste de discussion, un participant avait fait savoir qu’un de ses messages avait été °bouncé [1]. J’avais alors demandé de quoi il retournait, précisant même qu’il ne s’agissait pas d’anglophobie-réflexe.

En fait, le message électronique °bouncé avait été retourné à l’expéditeur auquel on signalait que la boîte (virtuelle) du destinataire était déjà pleine. On sait en effet que les fournisseurs d’accès limitent le volume du courrier électronique reçu. Le débat a rebondi... si je puis dire... lorsqu’un autre participant s’interrogea ainsi :

« Comment nommerait-on un mot parfaitement français, mais qui prendrait par l’usage un sens nouveau, comme rebondir dans le sens de °bouncer (car naturellement to bounce devient facilement °bouncer) ? »

Instruit par l’expérience de canceller (qui avait disparu... mais réapparaît aujourd’hui), je consultai mon vieil Harrap’s shorter. Et je fis cette réponse suivante que je vous livre aujourd’hui. Puisse-t-elle attirer l’attention des internautes sur les dangers d’une traduction littérale qui peut être une trahison du sens !


« Comment nommerait-on un mot parfaitement français, mais qui prendrait par l’usage un sens nouveau, comme rebondir dans le sens de °bouncer (car naturellement to bounce devient facilement °bouncer) ? »

Ce n’est pas un changement ni une évolution de sens (généralement, cela se fait d’ailleurs par métonymie), mais une erreur de traduction. To bounce, c’est rebondir. Cela s’emploie en anglais (je viens de le vérifier) dans ce sens, par extension pour désigner un enfant plein de vie, mais aussi pour un chèque sans provision (ou récemment, on le voit, pour des messages électroniques non acceptés, sans doute par extension du sens « bancaire »).

La traduction, dans le sens anglais ► français est un exercice... de français. On peut penser que, pour un terme nouveau, il n’existe pas d’équivalent reconnu et on absorbe le mot anglais (voir le débat sur « E-mail »).

Mais on ne saurait, en français, faire rebondir un chèque ni un message, sauf dans l’acception Ça lui a rebondi en pleine figure, ce qui est encore une autre nuance d’expression.

Le chèque, qui serait bounced par une banque anglaise, sera rejeté par une banque française. Même remarque pour le message électronique. Pour l’anglophone, c’est l’idée de « rebond naturel », spontané en somme ; pour le francophone, c’est celle de « retour à l’envoyeur ». Dans le premier cas, on s’intéresse au mouvement de la chose (chèque ou message) ; dans le second, à la volonté du décideur.

Un message électronique peut ainsi être rejeté parce que l’utilisateur n’existe pas ou plus ou parce qu’il n’a pas relevé sa boîte électronique croulant sous le poids du courrier arrivé non retiré. Mais le rejet relève bien d’une décision consciente, même si elle est traitée ensuite de manière robotisée : on ne laisse pas un expéditeur dans l’ignorance de la disparition du destinataire (donc on définit une procédure de renvoi de courrier, comme cela arrive par voie postale en cas de NPAI — abréviation pour n’habite pas/plus à l’adresse indiquée) ou, en fonction de règles contractuelles de limitation du volume de messages stockés. On notifie alors à l’expéditeur originel que son courrier n’a pu être distribué (un peu comme un retour de recommandé non retiré).

La difficulté vient toujours du fait que l’on trouve l’anglicisme (de bon aloi en anglais) dans des textes techniques sans que l’utilisateur francophone se pose le problème de l’expression équivalente appropriée.

Luc Bentz (2001)

P.-S.

Cet article a fait l’objet d’une référence sur le site de l’AIIC (Association internationale des interprètes de conférences) : www.aiic.net/ViewPage.cfm/page251.htm.

Il a également été publié dans À propos (n°4, vol. V, automne 2001), lettre d’information de la « French division » de l’American translators association [2].

Notes

[1Rappelons que le signe « ° » fait référence à une expression ou une tournure contestable.

[2N.-B. — (2013) Ce numéro n’est plus accessible en ligne.

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