Quinzomadaire

On emploie parfois « quinzomadaire » en raison d’une hésitation entre bimensuel (deux fois par mois) et bimestriel (tous les deux mois, comme trimestriel signifie tous les trois mois et semestriel tous les six mois).

Débats en août 1998

« Cweil » (11.08.1999). —) Aurais-je un trouble mental resté insoupçonné jusqu’à ce jour ? Dans le catalogue d’un diffuseur de périodiques je lis en effet que la revue Réseaux et Télécoms paraît selon un rythme quinzomadaire, mot que je ne me souviens pas avoir jamais vu et enregistré auparavant. Comme il paraît 23 numéros de cette revue par an, je présume qu’il en paraît un tous les quinze jours sauf pendant 6 semaines de vacances, ce qui en ferait une publication bimensuelle.

Une revue qui paraît chaque semaine est un hebdomadaire, mot qui provient du grec hebdomas, signifiant semaine, par l’intermédiaire du latin ecclésiastique hebdomadarius. Si on voulait dire qui paraît tous les quinze jours en ne sachant pas que le terme qui convient est bimensuel et en cherchant donc à créer un néologisme, pourquoi diable reprendrait-on la terminaison  madaire, qui commence par la dernière syllabe d’hebdoma  ? Quindécidiaire, dont on n’a pourtant aucun besoin, aurait au moins le mérite d’une étymologie correcte. Je ne cesserai d’être étonné par la créativité de certains...

Jean-Pierre Lacroux (11.08.1999). — Il est très employé dans la presse. L’explication est simple : ils se font rares ceux qui n’hésitent jamais entre bimensuel (deux par mois) et bimestriel (tous les deux mois), y compris dans les milieux professionnels où ce petit détail a pourtant une certaine importance... Bon, je suis bien d’accord avec vous, quinzomadaire est très con, très ridicule, très mal formé (comme l’hilarant Eurocoptère que vous avez évoqué il y a quelques mois)... mais il a le mérite d’être clair, ce qui n’est pas sans intérêt...Un quinzomadaire (avec une pub Camel en quatrième), un Eurocoptère... Les croisements des lexicogénéticiens tératographes enrichissent la faune. Reste à espérer que comme ailleurs les bestiaux seront stériles...

Bernard Aunis (11.08.1999). — C. Weil, notre ami à tous, ne s’est pas encore remis du mot quinzomadaire qu’il a trouvé dans un obscur catalogue à la place du terme normal « bimensuel ». Mon Dieu, dites-vous que le gratte-papier qui a imaginé ce néologisme est peut-être un pauvre diable, qui a déniché un CDD et qui imagine se faire bien voir en employant des mots compliqués. Ne lui arrachez pas le pain de la bouche et réservez votre indignation à des journalistes grassement payés qui commettent les fautes de langue les plus impardonnables.

Un ami m’a dit avoir commis la gaffe de sa vie le jour où il a fait remarquer à un monsieur relativement important une faute assez ridicule sur un papier qu’il avait signé. Ma secrétaire va m’entendre ! s’est écrié le bonhomme. C’est toujours le lampiste qui paie. J’espère donc que vous n’avez pas écrit aux responsables de ce catalogue. Il y assez de chômeurs malheureusement.

Luc Bentz (11.08.1999). — (à C. Weil) Vous avez parfaitement raison. Il est vrai que la plus grande confusion règne généralement (sauf chez les esprits élevés et les personnes distinguées qu’on rencontre en nombre sur le forum fr.lettres.langue.francaise) dès lors qu’il s’agit d’employer bimensuel (deux fois par mois) ou bimestriel (tous les deux mois). La différence est pourtant aisée à faire en réfléchissant un peu, puisque bimestriel est composé à l’image de trimestriel ou semestriel.

Quinzomadaire est de plus en plus fréquemment utilisé comme substitut à bimensuel. Chacun sait d’ailleurs que « quinze jours » représentent deux semaines (donc 14 périodes de 24 heures), mais là — et je le souligne à titre exceptionnel, nous n’avons pas à ma connaissance de terme équivalant au fortnight des Anglo-saxons, sauf justement cette curieuse quinzaine qui donna tout leur cachet à de célèbres Cahiers.

Consultant Hanse, j’y lis d’ailleurs que bi n’a plus le sens que lui donnait Littré (bihebdomadaire : toutes les deux semaines ; bimensuel : tous les deux mois !). Quinzomadaire, dont je n’ai trouvé aucune trace (fût-ce pour le condamner) chez Hanse, Jouette ou dans le Petit Robert), est pourtant de plus en plus utilisé : il offre cet avantage majeur d’être clair pour tous et je préfère encore lire quinzomadaire qu’une horreur telle que chaque quinze jours.

« Frank » (11.08.1999). — Trouvé dans une revue de presse de RFI de juin 1997 :

...Le Nouvel Économiste propose 20 idées pour réveiller la France. Notre confrère, soit dit en passant, est ce que l’on pourrait appeler un bimensuel. Il préfère se baptiser lui-même Quinzomadaire. Le nom peut paraître barbare, mais il est finalement assez logique. Imaginons que le jour de parution tombe un 1er du mois. Le deuxième numéro paraîtra le 15 et il y aura un troisième numéro le 29. Du coup, ce ne sera plus un bimensuel, mais un trimensuel. D’ou le fameux quinzomadaire.

Dont acte.

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