Point barre !

Dans le langage courant,point final ou point à la ligne est de plus en plus souvent supplanté par point barre. On trouvera diverses explications, dactylographique ou typographique notamment, mais la question reste ouverte...

Débats en janvier 2000

Monique Latremouille (9/01/2000). — Quelle est cette barre ?

Gérard Fleurot (9/01/2000). — Expression dérivée de la dactylographie, la réponse se trouve sous vos doigts. Le point de ponctuation est toujours suivi d’une espace (féminin en typographie) qui s’obtient en appuyant sur la barre d’espace de votre clavier. Vous avez appuyé au moins quatre fois dessus pour rédiger la phrase qui précède en citation.

En fait, cette expression me semble relever d’une dérive incorrecte du langage puisqu’elle est employée avec le sens de point final alors que la barre d’espacement qui suit le point indique qu’il s’agit d’une simple ponctuation et donc qu’une nouvelle phrase commence.

Clotilde Chaland (9/01/2000). — Elle ne relève pas d’une dérive du langage. Elle exprime les deux gestes que vous expliquez : taper un point et taper sur la barre d’espacement. Seulement, comment exprimer péremptoirement le geste que vous faites tout aussi péremptoirement ? Point-à-la-ligne n’aurait pas la même force d’expression qui se veut sans réplique.

Gérard Fleurot (10/01/2000). — Point de violence dans mon expression. Mon clavier est fragile et j’appuie sur les touches ou je les effleure.

Péremptoire = décisif, contre quoi il n’y a rien à répliquer, qui n’admet pas la contradiction (dictionnaire Hachette). Je trouve que l’expression point à la ligne (qui a disparu au profit de point-barre) correspond mieux, « littéralement », à la notion que vous indiquez puisque dans ce cas, le retour chariot entraîne la création d’un nouveau paragraphe (changement de sujet ou nouvel argument dans un développement), alors que l’utilisation de la barre d’espacement annonce une nouvelle phrase... donc une « continuité ».

Personnellement, je décèle une incohérence entre la signification « littérale » de l’expression et la signification pour laquelle on l’emploie et je ne vois pas comment l’exprimer autrement. Il semble que nos perceptions soient différentes face à un clavier, puisque vous décrivez un geste péremptoire dans l’utilisation de la barre d’espacement, ce que je ressens, par contre, dans l’utilisation du retour chariot (et c’était encore plus évident sur une machine mécanique). Ne serait-ce pas ces différences de perception qui alimentent le dialogue ?

« Yomgui (11/01/2000) ». — Cette barre ne pourrait-elle être celle qui permet de ramener le chariot de la machine à écrire en début de ligne ?

Clotilde Chaland (11/01/2000). — Vous avez une Remington ? à touches noires cerclées de métal ? avec les barres de caractères qui se mélangent les pinceaux ? Ah... nostalgie !

Dominique Didier (10/01/2000) (répondant à la question initiale). — Les retours à la ligne sont souvent indiqués dans des textes linéaires par cette barre, notamment lorsque l’on cite des poèmes, ou en sténo. J’attends avec impatience après entre guillemets, entre parenthèses et avec majuscule, l’apparition à l’oral de deux points pour introduire une explication ou une justification à la place de car ou du point d’interrogation à la place de l’intonation montante.

(La discussion reprit, le 25 janvier 2000, sur une question de Jean-Paul Chadourne qui, ayant manqué l’épisode précédent, demanda : « D’où vient cette nouvelle mode qui remplace point final ? Nous en retenons les deux contributions qui suivent...)

Philippe Bertran (30/01/2000). — Je me souviens qu’il y a quelques années — mais c’est peut-être encore vrai — dans les lettres administratives émanant de la direction du Budget, au ministère des Finances, le dernier alinéa se terminait non pas par un point mais par un point suivi d’une barre transversale (./).

Je pense qu’il s’agissait d’un procédé simple destiné à éviter une falsification consistant à ce que le destinataire ajoute une phrase telle que Toutefois je suis prêt à réexaminer favorablement votre demande lors de la préparation du budget de l’année prochaine. En effet, les lettres dites de ministre à ministre ne comportent pas de formule de politesse et il est facile d’ajouter une phrase entre le dernière et la signature. Ce point-barre n’était rien d’autre qu’un point final un peu particulier.

Boris Barkovic (30/01/2000). — Mon prof d’algèbre utilise le ./ à la fin d’une démonstration. (Appel de l’éditeur aux matheux : CQFD et QED ont-ils totalement disparu ? [1])

Compléments

  • On peut se reporter aussi cet article de Louis-Jean Calvet publié dans le n° 356 (mars-avril 2008) de la revue Le français dans le monde :
    www.fdlm.org/fle/article/356/pointb... (lien malheureusement devenu invalide).
  • Un lecteur nous signale (mars 2009) une version donnée par son père militaire : à la fin des télex, on utiliserait le signe ./ (point barre) pour en indiquer la fin.

Notes

[1CQFD : ce qu’il fallait démontrer ; QED : quod erat demonstrandum (la même chose en latin).

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