Pécuniaire

L’adjectif pécuniaire s’écrit dans cette même forme au masculin et au féminin. C’est par erreur que, s’imaginant que °pécunière est le féminin de °pécunier, on utilise une forme inexistante, de celle que les grammairiens nomment barbarisme.

C’est l’occasion de revenir sur cette famille de mots : qui connaît des ennuis pécuniaires est souvent impécunieux.

Comme nous l’indique le célèbre dictionnaire de Félix Gaffiot, par un cheminement classique, le latin pecunia a désigné d’abord le fait d’avoir du bétail (pecus [1]), puis la fortune que cela représentait et enfin, par extension la richesse tout court. Le terme français pécune (« avoir en bétail ; richesse ; argent » nous dit le Grand Robert est signalé par celui-ci comme vieux. Même remarque dans le Trésor de la langue française informatisé.

Du latin pecunia a découlé l’adjectif pecuniarius =« d’argent » qui correspond à pécuniaire. Donc, pécuniaire a trait à ce qui concernait l’argent : ressources pécuniaires et, surtout dans ce contre-emploi, problèmes d’argent. Il n’y a donc pas d’adjectif °pécunier dont le féminin serait °pécunière, orthographes fautives.

Du latin pecuniosus (riche en troupeaux et, par extension, riche, voire lucratif) a dérivé en français pécunieux=fortuné, riche dont l’emploi est rare, généralement signalé comme vieilli voire vieilli et familier : voir par exemple les dictionnaires de l’Académie et de Littré. Son contraire, impécunieux=« qui manque d’argent » est toujours dans l’usage courant. Impécunieux et son nom dérivé impécuniosité sont plus tardifs (1677 indique le Robert historique), mais toujours en usage — même s’il s’agit d’un usage généralement soutenu ou « surveillé ».

Notes

[1Celui qu’on retrouve dans l’expression — guère latine en fait, sinon en latin de cuisine — « vulgum pecus ».

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