Pallier (construction et emploi)

Le verbe pallier se construit directement. On pallie quelque chose et non °à quelque chose.

Pallier (comme palliatif vient du latin pallium=« le manteau » : un manteau qu’on jette pour cacher quelque chose, au sens figuré camoufler un problème, une difficulté et, par extension, lui apporter une solution de dépannage, provisoire, temporaire.

Question-Réponse

Pouvez-vous me dire, même si cela est contesté, si le verbe pallier peut être utilisé avec à, par exemple dans « pallier aux insuffisances du traitement » ?

La construction est toujours directe : pallier les insuffisances du traitement.

On peut se reporter au Dictionnaire de l’Académie française :
www.cnrtl.fr/definition/academie9/pallier.

Si l’usage oral emploie parfois la construction pallier à, elle n’est pas régulière et doit être regardée comme fautive dans la langue littéraire, soutenue ou simplement « surveillée ».

Rappelons que le palliatif n’est qu’une solution provisoire et que pallier [un inconvénient, un problème] ne permet de lui apporter qu’une solution d’attente, temporaire, provisoire. Ce qu’on recouvre d’un manteau a pris un sens figuré. C’est ce que rappellent Grevisse et Goosse (Le Bon usage, 14e éd., § 285, 9°, historique 5) :

Emprunté du bas lat[in] palliare « couvrir d’un manteau, d’un pallium », puis « cacher ». En fr[ançais], le verbe a d’abord eu ce dernier sens (que présentent encore certains des ex. donnés ci-dessus), puis, en médecine, il a signifié « guérir en apparence » ; de là le sens élargi « remédier à » et les analogies qui menacent la construction traditionnelle.

Girodet insiste bien sur l’emploi dans le sens d’apporter une solution provisoire, de dépannage, en indiquant qu’il n’est pas synonyme d’obvier à, parer à, remédier à, corriger, supprimer.

Et il donne cet exemple qu’on ne prendra que pour ce qu’il vaut (nonobstant tout débat sur le fond) :

En créant des postes de fonctionnaires [1], on peut pallier le chomâge, on n’y remédie pas.

Grevisse et Goosse citent plusieurs exemples d’auteurs reconnus employant pallier à, nonobstant la mise en garde de l’Académie française (5 novembre 1964) et les prescriptions des grammaires et dictionnaires de difficultés du français : Gide¹, Albert Camus¹, Hervé Bazin² ou Félicien Marceau³.

C’est sans doute la marque d’un « mouvement ». Cependant, l’insistance même des ouvrages normatifs conduit à ne pas s’en prévaloir... à défaut de pallier les critiques dont on pourrait faire l’objet en usant du à prohibé !

¹ Prix Nobel de littérature.
² membre de l’académie Goncourt.
³ membre de l’Académie française.

Notes

[1NDÉ. — On peut remplacer des postes de fonctionnaires par des emplois aidés, des emplois précaires ou à temps partiel contraint , etc.

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