On : accord ; « on » et « l’on »

On, à l’origine, c’est quelqu’un d’indéterminé (l’homme). On (ou l’on) s’emploie donc théoriquement à la 3e personne du singulier. Mais il s’est installé, dans la langue familière ou courante, comme concurrent de nous (qui résiste « à l’écrit », surtout dans la langue surveillée ou soutenue).

On, dans le sens de nous, doit être regardé comme correct et, dans un tel cas, l’accord avec un adjectif attribut peut s’effectuer par syllepse : « On est partis » (parties s’il s’agit explicitement de deux personnes de sexe féminin).

On et l’on peuvent s’employer indifféremment.


 Débats en juin 1999

« JMT » (24.06.1999). — L’article on etant neutre [1], comment accorde-t-on l’adjectif correspondant ? Exemple : on est sorti-i ou -is ?

Christophe Masson (24.06.1999). — Nous sommes sortis. Le on à la place de nous n’est heureusement pas encore passé dans la langue écrite. D’ici un siècle, peut-être ? Sinon, quand le on est justifié, il s’accorde au singulier.

  • « DB » (24.06.1999). — Attitude fort puriste. Il n’y aura pas besoin d’attendre un siècle. Cf. Grevisse, Le Bon Usage , 12e edition, § 429, b [Voir le § 429, b, 1 dans la 13e édition] :

« Et l’on ne devient gueres si riches à estre honnestes Gens » (Molière)
« On était perdus dans une espèce de ville » (Barbusse)
« On est fatigués » (Colette)
« On ne se serait peut-être jamais rencontrés » (Sartre)
« À nos âges, on a besoin d’être soignés » (Druon !!! De l’Académie française).

Jean-Pierre Lacroux (24.06.1999). — Ce n’est pas un article « neutre », mais un pronom indéfini... Dans ce strict emploi, l’accord (de l’adjectif ou du participe passé) se fait au masculin singulier : « On est frappé par l’indiscipline des vieillards. » Toutefois... il lui arrive d’être parfaitement « défini » (emplois peu « soutenus », selon les sévères...), on accorde alors en genre et en nombre :

« (Alors, pépé,) on est content de sa soupe ? »
« (Alors, mémé,) on est contente ? »
« (Alors, les vieux,) on est contents ? »
« (Alors, les mémés,) on est contentes ? »
« Oui, on est très content(e)[s] » (Plaisanterie de mauvais goût...)

(À propos de l’exemple : « on est sorti-i ou -is ? ») « Quand on est sorti sans permission, on n’a plus droit aux biscuits pendant trois jours. » (Emploi strictement indéfini.) « Alors, mémé, on est sortie sans rien dire ? » (Emploi « défini »...)

Laurent Franceschetti (28.06.1999). — Petit pavé dans la mare : l’usage consacre qu’on utilise parfois le pluriel, d’accord. Mais faut-il tolérer le nous, on... désormais si fréquent dans la langue parlée qu’on n’y prête plus d’attention ? Nous, on pense que... Nous, on a fait... Mon avis : sus à cette déformation et faisons l’effort d’accorder le verbe. Nous pensons que... Nous avons fait... Cela peut paraître inhabituel de s’exprimer ainsi (si, si), mais n’est-ce pas plus joli ?

« DCA » (01.07.1999). — Le Larousse de l’orthographe nous dit :

« On est du masculin singulier : On a été surpris par la nouvelle. On était content. Lorsque on se substitue à nous ou qu’il s’agit de plusieurs personnes, le verbe reste au singulier, mais l’attribut ou le participe passé avec être peuvent se mettre au pluriel : On s’est perdus de vue depuis sept ans. On est tous les deux contents. Lorsqu’on parle d’une femme, on (au sens de elle, de tu) a son attribut au féminin : Alors... on est heureuse de voir son père ?

 On, l’on

De son état ancien de nom [*], on garde la faculté d’être ACCOMPAGNÉ DE L’ARTICLE DÉFINI dans la langue écrite. [..] En fait, les auteurs en usent assez librement, soit qu’ils mettent « on » seul alors qu’il y a un hiatus, soit qu’ils emploient « l’on » après un mot terminé par une consonne articulée ou par un « e » muet ou encore après un point.

[*] - Dans le § 724, a, « historique », Grevisse, citant Bloch-Wartburg, rappelle que on représente le nominatif latin homo (l’homme au sens d’être humain), le cas régime de l’ancien français étant ome. C’est le sens originel d’on (un homme a vu, quelqu’un a vu, on a vu) qui a progressivement pris la valeur de nous. On évitera cependant les allitérations douteuses. On dira On l’a vu et non L’on l’a vu...

 L’accord

On, c’est quelqu’un. On a éraflé ma voiture ! signifie bien que quelqu’un a commis ce geste indélicat. Le pronom a pris un tour plus collectif — malgré une distanciation apparente — dans une formule telle que On déjeune tôt, d’habitude.

Dans l’expression littéraire ou soutenue, cela donne un côté description objective, le contexte déterminant si le locuteur fait partie ou non des gens concernés. Cet usage, qui implique l’emploi du singulier, explique (peut-être) le glissement d’emploi de on mis pour nous. Il n’est pas incorrect, mais ne relève pas d’une expression soignée.

Le verbe est toujours au singulier (3e personne), mais quid de l’adjectif ou du participe qui suit ? Dans ce cas, on peut faire la syllepse ou l’accord selon le sens (« Les copines et moi, on est sorties au ciné samedi dernier. ») ou laisser l’adjectif ou le participe invariable, ce qui plaira aux puristes... s’ils passent sur le délaissement de nous.

L’accord de l’adjectif ou du participe n’est pas condamnable ; les accords selon le sens sont en effet fréquents dans la langue française. Grevisse en donne d’ailleurs des exemples nombreux chez les meilleurs auteurs (soit d’ailleurs que l’adjectif ou le participe soit invariable, soit qu’il soit accordé selon le sens). Le reste est affaire de style... et du contexte de la communication [2] !

 Le « on » forain

On... notera également qu’il existe un on « forain » (=employé sur les marchés, dans les commerces), de même nature que le il ou elle « forain » [3] : Qu’est-ce qu’ELLE prendra, la dame aujourd’hui ?... Qu’est-ce qu’IL veut, le monsieur ? Qu’est-ce qu’ON achètera pour midi ?

 Exemples d’accord

Emploi littéraire

Jules Verne, par le photographe Nadar (anagramme d'Ardan).Ici (Jules Verne, Autour de la lune, chapitre XIX), le mot on n’est pas équivalent de nous, mais bien d’ils (ils déjeunèrent).

— Eh bien, s’écria Michel Ardan d’un ton déterminé, il n’y a plus qu’une chose à faire.

— Laquelle ? demanda Nicholl.

— Déjeuner ! » répondit imperturbablement l’audacieux Français, qui apportait toujours cette solution dans les plus difficiles conjonctures.

En effet, si cette opération ne devait avoir aucune influence sur la direction du projectile, on pouvait la tenter sans inconvénient, et même avec succès au point de vue de l’estomac. Décidément, ce Michel n’avait que de bonnes idées.

On déjeuna donc à deux heures du matin ; mais l’heure importait peu. Michel servit son menu habituel, couronné par une aimable bouteille tirée de sa cave secrète. Si les idées ne leur montaient pas au cerveau, il fallait désespérer du chambertin de 1863.

Accord selon le sens

Un groupe d’hommes On est rentrés
Un collectif indifférencié ou non précisé On est rentrés
Deux sœurs, une mère et sa fille, un couvent de moniales On est rentrées
À une femme seule « Alors, on est rentrée tard hier soir chère voisine ? »

P.-S.

L’emploi de nous seul se perd à l’oral. En revanche, on trouve souvent l’association nous, on :
« Nous, on réveillonne toujours en famille à la Saint-Sylvestre. »

Notes

[1Erreur d’analyse grammaticale qui sera corrigée dans le débat.

[2Par précaution toutefois, sauf s’ils se sont bien exercés à l’usage des diverses nuances de on, mesdemoiselles et messieurs les élèves et étudiants préfèreront l’emploi de nous : leur style étant réputé plus soutenu, la bienveillance du correcteur ou de la correctrice le sera également !

[3On parle au client comme si c’était une tierce personne.

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