Notice : Girodet, « Bordas des difficultés »

S’il n’y a qu’un usuel « des difficultés », ce sera celui-ci !

Références

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Dictionnaire Bordas des pièges et difficultés du français, GIRODET (Jean), Bordas, « les référents », Paris, 1981-1997), 898 p., ISBN 2-04-020968-9.

Nature et Organisation de l’ouvrage

Dictionnaire des difficultés de la langue française (avec une série d’annexes).

Le Girodet comprend deux parties : un corps alphabétique d’environ 800 pages ; des annexes placées en fin de volume (84 pages). Si nécessaire, les articles de la partie alphabétique renvoient aux annexes. On y retrouvera les conjugaisons et règles d’accord du partipe passé, ainsi qu’une série de rappels d’orthographe grammaticale (accords) ou d’usage, mais également plusieurs articles orthotypographique sur l’emploi des majuscules. (On regrettera cependant que la table des annexes soit reportée à la fin de la 1re partie, page 813, et non située en début de volume où elle aurait été plus aisément accessible.)

Commentaire

Trop souvent on néglige les préfaces. On a tort. Elles éclairent sur les intentions, les à priori, les présupposés de l’auteur. Ainsi Girodet ne prétend-il pas exposer les différents états de la langue ou la variété des usages. La fonction d’un dictionnaire des difficultés, explique-t-il, n’est pas d’enregistrer l’usage, bon ou mauvais. Elle est de trancher clairement dans les cas où la pratique spontanée de la langue se trouve en contradiction avec les normes de l’expression soignée. Si l’on consulte un tel dictionnaire, c’est évidemment parce que l’on veut savoir quelle est la construction, la forme ou la prononciation qui met à l’abri de toute critique. Le lecteur demande qu’on lui indique nettement ce qu’on doit dire ou écrire et non ce qui se dit ou s’écrit.

À juste titre, il dénonce l’attitude des « puristes » trop souvent uniquement répressifs. Même s’il assume pleinement son choix normatif, il signale que son ouvrage propose des solutions de remplacement à chaque fois qu’il y a condamnation ou mise en garde. Paradoxalement, il n’assoit pas sa définition du bon usage (la première édition était parue sous le titre Dictionnaire du bon français) sur des références littéraires. De nos jours, estime-t-il, il n’est plus de prosateurs dont la langue fasse autorité. Aux écrivains les plus illustres de notre temps nous avons préféré, comme guides, les meilleurs grammairiens contemporains. Nous avons fait la synthèse de leurs recommandations, en laissant de côté celles qui se réfèrent à un usage suranné.

Et pan pour les auteurs ! Girodet qui refuse le laxisme, l’archaïsme, la soumission à un corpus littéraire sans autorité [a adopté] pour norme la langue écrite surveillée, claire et pure, celle par exemple qu’on est en droit d’exiger pour une dissertation de qualité ou un rapport bien fait, celle qui est l’essence même d’une prose élégante. Cette norme-là est donc fixée par l’auteur : bon français « en soi » vs bon usage attesté !

Après tout, Girodet assume ses choix. Son dictionnaire est bien conçu, clair, attentif à mettre en relations les confusions possibles ou les erreurs de sens. Il exprime un souci de défense du registre soutenu, mais avec une relative mesure. L’article qui suit le tableau sur la concordance des temps note certes que l’imparfait du subjonctif pourrait être requis, mais qu’étant inusité sauf, d’une part, pour les verbes avoir et être, et, d’autre part, à la 3e personne pour les autres verbes, il est préférable de trouver une solution plus élégante. Même si l’on peut admettre, malgré les réticences de Girodet, que il voudrait que vous arriviez est accepté dans la langue surveillée d’aujourd’hui, on ne peut que se satisfaire de suggérer qu’on évite un fâcheux arrivassiez ; il suggère il voudrait vous voir arriver, ce qui aura l’avantage de ne fâcher personne !

Avec Girodet, on sait ce que l’on vient chercher : un auxiliaire clair, maniable et complet, à la langue sûre et qui ne condamne pas sans proposer de solution alternative.

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