Notice : Colin (J.-P.), « Robert des difficultés »

Relativement souple sur l’usage, mais fermé sur la question orthographique, le Robert des difficultés de Jean-Paul Colin est une référence sûre.

Références

Dictionnaire des difficultés du français, COLIN (Jean-Paul), Le Robert, collection « les usuels », Dictionnaires Le Robert, 1993, 624 pages, ISBN 2-85036-459-2.

Nature et organisation de l’ouvrage

Dictionnaire des difficultés du français.

Les difficultés sont indiquées dans l’ordre alphabétique. Certains articles concernent des problèmes grammaticaux spécifiques (nom, verbe, adjectif)... dont l’inévitable article sur le participe. L’appendice grammatical en fin de volume se réduit en fait à des tableaux de conjugaison et à un exposé de la correspondance des temps (concordance). Un Guide typographique termine l’ouvrage.

Commentaire

Dans l’avant-propos, Jean-Paul Colin assigne à son ouvrage un objectif apparemment partagé par les auteurs d’ouvrages similaires : Fournir au lecteur un catalogue de réponses claires aux question que rencontrent journellement les Français, pour peu qu’ils cherchent à exprimer d’une manière correcte et persuasive.

Mais Colin s’écarte de Girodet lorsqu’il écrit :

« Faute d’une norme classique de plus en plus lointaine et discutée, y compris par les plus ardents défenseurs du passé, qui n’en prennent exactement que ce qui leur convient, nous nous sommes fondé, pour éclairer et conduire le lecteur, sur les travaux les plus récents de la linguistique française, qui permettent de dégager les grandes tendances de la langue, de mieux comprendre ses transformations lentes, mais constantes, et par là même de trouver des critères d’estimation et de jugement plus solides que ceux de l’impression et des tendances personnelles.

« Notre Dictionnaire a tenu compte de ces apports bien que les affirmations des linguistes ne soient pas toujours admises par les chroniqueurs. Nous avons écarté toute démagogie rénovatrice, mais aussi tout dogmatisme, tout fétichisme à l’égard de la langue classique, dont Littré et l’Académie seraient prétendument les conservateurs. [...]

« Nous avons eu le souci de décrire autant que de juger, de montrer que, tout en appliquant dans la plupart des cas une règle intransgressible du fait de la tradition sociale et culturelle, on n’en doit pas moins essayer de comprendre les causes d’une difficulté et ne pas de contenter d’une stérilisant foi du charbonnier. »

Jean-Paul Colin donne ses sources, mais se réserve, explicitement ou implicitement, le droit d’opérer des choix. Ainsi se montre-t-il beaucoup plus souple sur l’usage. Par exemple, il ne condamne pas en charge de, même s’il estime que l’expression n’apporte rien... en quoi il s’écarte de l’opinion du très normatif Jouette, publié chez le même éditeur.

Curieusement, il se montre, dès l’avant-propos, rigide sur la question orthographique (sans doute visée par l’expression démagogie rénovatrice et se borne à affirmer passivement (alors que ses choix sont tout autres s’agissant du vocabulaire ou de son emploi) : Il est nécessaire ici de se plier à la norme, ne serait-ce que parce que les millions de livres vendus chaque année ont une orthographe commune, qui en facilite la lecture à toute personne dont l’apprentissage s’est conformé à la règle générale. Il en reste ainsi à la seule graphie événement alors que Le Petit Robert donne les deux entrées événement et évènement, et que l’Académie même a validé les deux graphies). Ainsi continue-t-il à utiliser des pluriels étrangers (boxes pour box), là où Grevisse est d’avis de franciser.

Jean-Paul Colin souhaite que son ouvrage soit un objet utile et en prise directe sur notre époque langagière. En prise sur l’époque, il l’est : il est dommage que l’acception nouvelle et controversée d’initier —au sens d’être à l’initiative —n’ait pas été à la mode au moment de la rédaction de la dernière version de l’ouvrage... Nous aurions été heureux de savoir ce qu’en pense l’auteur.

Utile, il l’est sans doute aussi, dans la mesure même où il rend compte des évolutions du lexique courant, mais il balance entre norme et entérinement de l’usage, disant le droit ici, citant là, discutant ailleurs. C’est la contrepartie du choix fait par l’auteur d’offrir une réponse prenant en compte la réalité des usages.

Pour qui souhaite s’exprimer en français contemporain sans exigence de norme littéraire en usant d’un français convenable (qui va, donc, sans être le français congelé des purpuristes), l’ouvrage est tout à fait intéressant. Il peut être utile aussi à qui, maîtrisant les codes de la langue, souhaite disposer d’une « sûreté » adossée à d’autres ouvrages normatifs pour une consultation de première intention avant le recours à un dictionnaire plus complet ou au Grevisse.

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