Notice : Catach (Nina, dir.), « Dictionnaire historique de l’orthographe française »

Le seul dictionnaire consacré à l’histoire de l’orthographe. Une référence absolue, sous la direction de la meilleure spécialiste du sujet à la fin du XXe siècle.

Références

Dictionnaire historique de l’orthographe française, sous la direction de Nina Catach, Larousse, collection « Trésors du français », Paris, 1995, 1358 pages, ISBN 2-03-340330-0.

Nature et organisation de l’ouvrage

Dictionnaire historique de l’orthographe française (variations graphiques des mots dans les différentes éditions des dictionnaires de l’Académie française depuis celle de 1694 ou de dictionnaires antérieurs tels que le Dictionnaire francoislatin de Robert Estienne [1549] ou le Thresor de la langue francoise tant ancienne que moderne de Jean Nicot [1606]).

L’ouvrage est organisé ainsi :

  • Introduction de Nina Catach (1).
  • Résultats numériques portant sur les modifications graphiques opérées sur des mots (p. XXXIII).
  • Partie alphabétique proprement dite (de la p. 1 en chiffres arabes à la p. 1097.
  • Paragraphes de synthèse (à partir de la page 1099) qui étudient les principaux types de modifications graphiques.
  • Liste des mots par types de modifications (à partir de la p. 1188).
  • Index général (à partir de la p. 1227)

Commentaire

On trouve quantité de dictionnaires courants (le Petit Larousse illustré et le Petit Robert ont des concurrents...), des dictionnaires d’orthographe (sans explication du sens des mots) ou des difficultés du français, des dictionnaires analogiques, des dictionnaires des synonymes et même des dictionnaires étymologiques. Mais ce dictionnaire-là est unique : il a pour objet d’indiquer les variations de la graphie des mots du XVIe siècle à nos jours. Il n’enregistre pas les variations chez les auteurs, mais celles des dictionnaires.

Plus précisément, il se fonde sur les différentes éditions de ce monument, plus souvent évoqué que réellement consulté, qu’est le Dictionnaire de l’Académie française dont la première édition fut publiée en 1694 — quelque soixante ans après la création de l’Académie —et dont la dernière édition complète, la huitième, le fut en 1935. La neuvième édition est en cours de publication.

D’autres dictionnaires, publiés avant que ne parût celui de l’Académie, permettent de suivre l’évolution des graphies depuis les développements de l’imprimerie : le Thresor de la langue francoyse tant ancienne que moderne de Jean Nicot (1606) et, avant lui, le Dictionnaire francoislatin de Robert Estienne, soit dans la seconde édition de 1549, soit dans l’édition enrichie par Thierry en 1564. Voilà la base de ce travail, complété par quelques « dictionnaires témoins », dont celui d’Émile Littré (1873-1883), le Dictionnaire général de Darmesteter et Hatzfeld (1889-1901) ou, par exemple pour le XVIIe siècle, le Dictionnaire universel de Furetière (1690), qui valut à son auteur d’être exclu de l’Académie pour cause de concurrence.

Comme le précise Nina Catach dans l’introduction de l’ouvrage (p. VII) :

« On ne sait guère que l’écriture, comme la langue, a une histoire, à mettre en rapport avec les modifications de la langue, mais aussi avec les sciences, les techniques, l’évolution de la société et des besoins sociaux.

« Ce qui est écrit a quelque chose de rassurant, d’éternel. Nous croyons écrire comme on a toujours écrit. Et pourtant, il faut en prendre son parti : la graphie aussi a changé, et pour plusieurs raisons : soit que l’évolution des mots ait entraîné tout naturellement celle de l’écriture ; soit par choix proprement graphiques et décisions délibérées, individuelles ou collectives.

« Elle a changé, bien sûr, par rapport à l’ancien français, mais, et c’est sans doute là la véritable découverte, elle n’a jamais cessé d’évoluer depuis. Certains mots consignés ici ne présentent leur physionomie actuelle si familière que depuis très peu de temps, d’autres se modifient sous nos yeux. »

On trouvera donc dans le Dictionnaire historique de l’orthographe française les évolutions graphiques de mots existants ou ayant disparu des éditions les plus récentes (les entrées correspondantes sont alors placées entre parenthèses). On s’intéressera aussi aux paragraphes de synthèse étudiant les principaux types de modifications qui sont placés en fin de volume, avec des paragraphes numérotés auxquels renvoient, le cas échéant, les articles de la partie alphabétique.

P.-S.

Nina Catach, aujourd’hui décédée, était la grande spécialiste de l’histoire de l’orthographe française au sens le plus large (elle s’était notamment beaucoup intéressée à la ponctuation). Directrice de recherches au CNRS, fille spirituelle — mais émancipée — de Charles Beaulieux, elle y avait créé et animé le laboratoire HESO (histoire et structure des systèmes d’écriture). Partisane de rectifications modérées (elle explique à plusieurs reprises dans ses ouvrages pourquoi une orthographe phonétique ou qui nierait l’étymologie n’aurait pas de sens), elle a assuré le secrétariat du groupe de travail du Conseil supérieur de la langue française qui avait élaboré l’avant-projet de rectifications de 1990. Elle était d’ailleurs la présidente-fondatrice de l’AIROE (Association pour l’information et la recherche sur les systèmes d’écriture).

Le grand public (mais aussi les spécialistes !) trouvera un grand intérêt à la lecture des deux Que sais-je ? (P.U.F.) qu’elle a publiés sur L’Orthographe (qu’on a intérêt à lire dans une édition postérieure à 1990) et sur La Ponctuation (Jacques Drillon, dans son Traité de la ponctuation, y fait d’ailleurs référence de manière élogieuse). Il trouvera aussi beaucoup d’informations et beaucoup de plaisir à lire Les Délires de l’orthographe (Plon, 1989), un ouvrage dans lequel l’humour ne fait pas défaut, fût-il grinçant !

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