Mille ou mil (nombre)

Mil est singulier. Mille était originellement un pluriel. Employer au singulier ou au pluriel, mille est donc invariable. La présence de plusieurs mille se passera de celle d’un S fautif.

À la différence de ce qui existe pour les quantités, il n’y a pas d’espace entre le chiffre des milliers et les autres chiffres dans les dates exprimées de façon chiffrée.

À propos du débat sur « l’an 2000 » [1], deux questions étaient posées au forum f.l.l.f.. Peut-on dire l’an « deux mil » comme on dit « l’an mil » ; faut-il une espace entre le chiffre « deux » et les trois zéros ?

Ajoutons qu’une date étant un ordinal (et non le cardinal d’une collection dénombrable), tous ses éléments restent au singulier : on écrira donc mil(le) neuf cent ou mille neuf cent quatre-vingt contrairement aux
nombres en lettres qu’on écrira respectivement mille neuf cents et mille neuf cent quatre-vingts.

Aux débats de février 1999 est venue s’ajouter une contribution de Dominique Didier (janvier 2002).

Questions & débats (février 1999)

04.02.1999 - Pierre Hallet. — On ne cesse de parler de l’année à venir, mais il reste des aspects, linguistiques ou typographiques, rarement abordés :

  1. « Mille » s’écrit aussi « mil » dans une date, comme mil huit cent onze. Mais quid à l’arrivée d’un deuxième millier L’année qui vient est certes « deux mille », mais la variante est-elle « deux mil » ou « deux mils » ?
  2. Longtemps, on a dit « l’an 2000 » et jamais « 2000 » tout court ; la forme courte se répand enfin, au fur et à mesure qu’on s’approche, sans cependant détrôner l’autre, qui résiste bien par la force de l’habitude.
  3. Avez-vous remarqué l’hésitation des journaux entre la graphie « 2 000 », avec espace derrière le chiffre des milliers, sur le modèle des nombres et des montants, et « 2000 », sans espace, sur le modèle des dates plus anciennes (« 1999 ») ? C’est la deuxième graphie qui semble s’imposer.

04.02.1999 - Franck Antoni

  1. Mil est un double ancien de mille. Le second a largement détrôné le premier. Rien ne vous empêche d’écrire l’an deux mil, mais cela risque de paraître affecté.
  2. Je pense qu’effectivement on cessera totalement de dire « l’an 2000 » au lieu de « 2000 » quand on y sera.
  3. Les dates ne prennent pas d’espace de séparation des milliers, car seuls les nombres désignant des quantités en prennent. Une date n’est pas une quantité, mais un numéro d’ordre. De même, on n’écrit pas la chambre 2 502, mais la chambre 2502.

04.02.1999 - Sébastien Morin (à propos du point 3 de la réponse précédente). — Je suis d’accord sur la règle, mais j’avoue que l’espace peut se justifier, pour des raisons de lisibilité. Si on est dans les milliers, la séparation n’apporte rien : entre 2500 et 2 500 il n’y a aucune différence au niveau de la facilité de lecture (la première est peut-être même plus lisible !). Par contre, si on doit écrire 1527092 par exemple, je crois que tout le monde lira avec beaucoup plus de facilité 1 527 092.... et on n’en est qu’au million... Dans un tel cas donc, je me garderais bien de critiquer celui qui a pris cette initiative, et j’irais même jusqu’à l’en remercier...

05.02.1999 - Clément-Noël Douady. — Lorsqu’on gère des chiffres importants (des budgets de travaux par exemple), on cherche d’abord à lire les ordres de grandeur, et seulement dans un second temps le détail des chiffres. La séparation par milliers est alors essentielle à une lecture rapide. La clef de la recherche d’économie est en effet de s’attaquer en premier lieu aux gros postes, sans perdre son temps sur les petits (mais leur tour viendra).

05.02.1999 - Jean-Pierre Lacroux (à propos du point 1 de l’article initial du « fil »). — Pas de variante... L’archaïque « mil » est à tout jamais singulier (alors que « mille », ancien pluriel, est depuis longtemps devenu également singulier (et invariable) !

05.02.1999 - François Campan

  • (à propos de la variante est-elle « deux mil » ou « deux mils » ?)
    Non. Le latin mille (singulier), milia (pluriel) a donné mil (singulier) et mille (singulier ou pluriel).
  • (à propos de Longtemps, on a dit « l’an 2000 » et jamais « 2000 » tout court ; la forme courte se répand enfin, au fur et à mesure qu’on s’approche, sans cependant détrôner l’autre)
    2000 est devenue une année comme les autres mais on continuera à parler du passage à l’an deux mille comme on parle encore de la peur de l’an mil.

Contribution de Dominique Didier (3 janvier 2002)

Le singulier en ancien français était mil, le pluriel mille. Seul problème on faisait cette distinction lorsque mil-mille était encore un substantif issu de mille, millia et non un adjectif invariable. La distinction entre les deux graphies est parfaitement oiseuse si on veut encore la pratiquer aujourd’hui. Le plus simple est d’écrire mille et de ne pas s’étonner devant mil..

Résumons les cas. Il est possible de rencontrer dans des textes anciens la graphie mil six cent, elle n’est pas fausse, mais il est inutile de la prolonger artificiellement sauf si l’on veut citer explicitement ou donner dans l’archaïsme. La graphie l’an mil n’a pas à être interdite : mil n’a pas besoin d’être suivi d’un autre adjectif, mais on a affaire à l’arbitraire d’une fausse règle. La convention qui interdit d’écrire l’an mil est sans aucune justification sérieuse puisque l’on a affaire au singulier. Elle a été fort mal démarquée sur les règles pour vingt et cent, elle est totalement contradictoire.

Une autre convention interdit d’écrire l’an deux mil, la raison est mieux fondée : l’adjectif est bien pluriel, il est déterminé par un autre. Néanmoins, il arrive que par licence [2] on trouve à la rime l’an trois mil. Le pluriel mille n’est p de mil dans les dates et non dans les comptes vient du fait que l’on sentait encore un peu le latin lorsque l’on rédigeait des documents officiels.

Il y a pire ! On ne doit pas écrire mil pour des dates qui n’appartiennent pas à l’ère chrétienne : l’an mille deux cent de l’hégire, l’an mille deux cent avant Jésus-Christ. Si après ce genre de subtilités, vous tenez encore à votre mil...

Le seul intérêt de ce mot, c’est celui d’avoir donné sa prononciation à mille qui autrement se dirait « miye » comme fille.

P.-S.

Voir aussi cet article sur l’écriture des nombres.

Notes

[1On était début 1999.

[2licence poétique

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