Laïc, laïque

L’adjectif laïque s’écrit toujours ainsi, au masculin comme au féminin. S’agissant du nom, on oppose généralement le « clerc » (ordonné prêtre) au « laïc » (non clerc). Les partisans français de la laïcité (de l’État et de l’École) utilisent la forme laïque même au masculin singulier... graphie parfois ignorée par les médias.

Ainsi Jean Cornec écrivait-il : Les laïques sentent, confusément, que des attaques insidieuses se préparent, s’organisent, commencent de converger (Laïcité, Sudel, Paris, 1965, p. 249).

Jean Girodet pour sa part, note, dans le Bordas des difficultés : Usage assez flottant. Au féminin, toujours « laïque », comme adjectif ou comme nom : L’école laïque. Une laïque » — Au masculin, la forme « laïque » concurrence « laïc », surtout dans l’emploi adjectif : L’enseignement laïque (ou laïc). Un laïc (plus fréquent que laïque). Dérivés : « laïcisation, laïciser, laïcisme, laïciste, laïcité ».


 Questions & débats en décembre 1999

Débats du forum Usenet « fr.lettres.langue.francaise ».

  • Alain D. (12.12.1999). — Les laïques purs et durs n’auront qu’à éteindre leurs téléviseurs ou se boucher les oreilles. Voilà une faute classique [1] qui ne vaudrait pas la peine d’être relevée si elle n’était due à Henri Tincq, chroniqueur religieux du Monde (dans le supplément « télévision » de ce jour), ), pourtant habitué, me semble-t-il, à manier ce mot à longueur de page... Même lui !
  • Clément-Noël Douady (12.12.1999). — Objection, mon révérend Père ! S’il avait écrit les laïcs, il aurait désigné ceux qui ne sont pas entrés en religion, mais en y incluant les partisans de « l’école libre ». Voulant désigner les partisans de l’école laïque, il a logiquement utilisé substantivement cet adjectif. Clément-Noël (libre de rester laïque)
  • Luc Bentz (12.12.1999) (à Alain d.). — Que nenni ! J’ai eu l’occasion d’intervenir à ce propos. Les amis de la laïcité — fussent-ils à titre personnel ordonnés prêtres (j’en ai connu) — revendiquent d’être appelés des laïques. Ils considèrent par exemple que Jacques Barrot — qui longtemps fut (et est peut-être) président de l’« Association parlementaire pour la liberté de l’enseignement » était peut-être laïc (car non ordonné), mais non laïque. Hanse écrit dans l’article « laïc, laïque » que « laïque se généralise même comme nom, dans le sens de partisan du laïcisme, de l’indépendance totale à l’égard des religions. » La forme laïque pour le substantif est attestée depuis longtemps dans cette acception... Jean Cornec ne l’écrivait pas autrement dans Laïcité (SUDEL, Paris, 1965).
    • Marion Gevers (13.12.1999). — En revanche, je dirais laïcité plutôt que laïcisme, non ?
    • Luc Bentz (13.12.1999). — En France, laïcisme a un caractère péjoratif. Quant à laïcité, il fut introduit dans un supplément à son Dictionnaire par Émile Littré en 1871, année où il fut élu à l’Académie française et où Mgr Dupanloup préféra quitter celle-ci pour ne pas siéger avec celui-là.
    • Marion Gevers (14.12.1999). — — Voulez-vous dire par là que Hanse désapprouve la laïcité ?
    • Luc Bentz (14.12.1999). — Je ne sais rien des opinions de Hanse et elles ne transparaissent pas ici. Ce que je disais simplement, c’est qu’en France même, ici et maintenant, laïcité est neutre alors que laïcisme revêt un sens militant (le mot étant plutôt utilisé par les adversaires des laïques).
  • Alain D. (13.12.1999). — Si je vous comprends bien, le substantif laïque s’appliquerait à tout partisan de l’école non confessionnelle. Sans vouloir trop m’étonner de ce néologisme non reconnu par le Robert des difficultés (édition de 1996), et qui me paraît circonscrit à un cercle étroit de personnes motivées par cette question, je signale que cela n’enlève rien à la bourde d’Henri Tincq, qui ne visait nullement les adeptes de l’École publique, mais bien tous ceux, non religieux, qui seraient indisposés par une avalanche d’émissions consacrées à Jésus-Christ.
    • Luc Bentz (13.12.1999). — (à propos du néologisme « non reconnu par le Robert des difficultés »...) ... mais par Hanse. Voir aussi Grevisse (Bon Usage, 13e éd., § 483) : « laïc (parfois laïque) » [autre précision donnée ultérieurement : le Français correct de Grevisse, § 630].
      Il ne s’agit pas d’un néologisme. C’est une forme attestée notamment dans l’École libératrice, revue du Syndicat national des instituteurs — pour l’après-guerre, sous la plume de Clément Durand, je suis formel... pour l’avant-guerre, il faudra que je cherche le cas échéant (ce qui me donnera l’occasion de lire la prime publication des Propos d’Alain).
      (À propos des indisposés par une avalanche d’émissions) Non pas. Car en quoi un laïc chrétien s’offusquerait-il de la création de cette chaîne ?
  • Alain D. (14.12.1999). — (Sur la graphie « laïque » désignant un partisan de la laïcité.) C’est bien ce que je disais ci-après : circonscrit à un cercle étroit de personnes motivées par cette question... Donc, jargon spécialisé, non admis dans la langue courante. Autre malentendu : il ne s’agit pas de la nouvelle chaîne catholique KTO, mais des nombreuses émissions sur Jésus Christ prévues à l’occasion de Noël sur les différentes chaînes de télévision existantes depuis de nombreuses années.
    • Luc Bentz (14.12.1999). — Un cercle étroit... un cercle étroit... Pas si étroit un certain 16 janvier 1994 ! (À propos du « malentendu »...). [Ce sont des] [émissions] qui peuvent enchanter les laïcs (non clercs) qui sont croyants...
  • « Schtroumpf grognon » (14.12.1999). — — On écrit aussi laïque pour ceux qui ne sont pas clercs : http://lesbonstextes.awardspace.com... (traduction de 1686).
    • « Pickwick » (17.12.1999). — Ne peut-on considérer que dans le cas où il ne s’agit pas d’opposer les laïcs, socièté civile, aux clercs de la hiérarchie religieuse, mais de personnes ayant adopté une position idéologique, le mot laïque est toujours un adjectif et s’ecrit toujours ainsi ? Après tout, l’ellipse qu’implique cette version est assez fréquente en français... On ne dit pas les personnes allumées de cinoche, on dit les allumés du...

 Compléments

Littré :

LAÏQUE (la-i-k’), adj.
1° Qui n’est ni ecclésiastique ni religieux. Ainsi ce qu’on gagna dans la réforme, en rejetant le pape ecclésiastique successeur de saint Pierre, fut de se donner un pape laïque, et de mettre entre les mains des magistrats l’autorité des apôtres, BOSSUET Var. V, § 8. Fig. Nous sommes [Diderot et moi] des missionnaires laïques qui prêchons le culte de sainte Catherine, VOLT. Lett. Catherine II, 1er mars 1773.
SUBSTANTIVEMENT. Un laïque. Une laïque. Ils [les Vaudois] voulaient que les laïques, gens de bien, eussent pouvoir de l’administrer [la confirmation] comme les autres sacrements, BOSSUET Var. XI, § 107. Les pasteurs qui ont fondé leurs Églises [des protestants] étaient presque tous de simples laïques, FÉN. t. II, p. 5.
2° Qui est propre aux personnes laïques. Condition laïque. Mme de Warens imagina de me faire instruire au séminaire pendant quelque temps.... il [l’évêque] permit que je restasse en habit laïque, jusqu’à ce qu’on pût juger, par un essai, du succès qu’on devait espérer, J. J. ROUSS. Conf. III. On écrit aussi laïc au masculin.

Dictionnaire de l’Académie française :

Édition de 1694.— LAIQUE. adj. de tout genre. Seculier. Il est opposé à Clerc & Ecclesiastique. Une personne laïque. un Officier laïque. de condition laïque. la communion laïque. Chappelle en patronage laïque. Il est souvent substantif. Un laïque. les Ecclesiastiques & les laïques.
Lay, aye. adj. Laïque. Un Conseiller lay. traduire un Ecclesiastique en Cour laye. Patron lay. On appelle, Un Frere lay, un Moine lay, Les freres servants qui ne sont point destinez aux Ordres sacrez : & de mesme on appelle, Soeurs layes, Les Religieuses qui ne sont point du choeur. On appelle aussi, Moine lay, Un soldat entretenu sur une Abbaye, ou autre Benefice à la nomination du Roy. Il est aussi quelquefois substantif. Les Clercs & les lays.

Éditions de 1718 et 1740.— LAIQUE. ce mot est de trois syllabes. adj. de tout genre. Seculier. Il est opposé à Clerc & à Ecclesiastique. Une personne laïque. un officier laïque. de condition laïque. Chapelle en patronage laïque. patron laïque. Il est aussi substantif. Un laïque. les Ecclesiastiques & les laïques.

Édition de 1798.— LAÏQUE. adj. des 2. g. (Ce mot est de trois syllabes.) Qui n’est ni Ecclésiastique ni Religieux. Une personne laïque. Un Officier laïque. De condition laïque. Chapelle en patronage laïque. Patron laïque.
Il est aussi substantif. Un laïque. Les Ecclésiastiques et les Laïques. Plusieurs écrivent laïc au masculin.

Éditions de 1835 et 1878.— LAÏQUE. adj. des deux genres. (Plusieurs écrivent Laïc, au masculin.) Qui n’est ni ecclésiastique, ni religieux, ni du clergé séculier, ni du clergé régulier. Une personne laïque. Un officier laïque.
Il se dit également De ce qui est propre aux personnes laïques. De condition laïque. Habit laïque. Il est aussi substantif. Un laïque. Les ecclésiastiques et les laïques.

Édition de 1932-1935.— LAÏQUE. adj. des deux genres. Qui n’est ni ecclésiastique, ni religieux, ni du clergé séculier, ni du clergé régulier. Une personne laïque. Par extension, Il est de condition laïque. Habit laïque. Substantivement, Un laïque. Les ecclésiastiques et les laïques.
Il signifie aussi Qui est étranger à toute confession ou doctrine religieuse. Enseignement laïque. École laïque. Par extension, L’État laïque. Les lois laïques. Cérémonie laïque.
On écrit quelquefois Laïc au masculin.

Édition de 1992-....— (1)LAÏC adj. m. Autre forme de Laïque, qu’on rencontre surtout lorsque ce mot est employé substantivement.

(2)LAÏQUE adj. (au masculin, on écrit quelquefois Laïc). XIIIe siècle. Emprunté du latin ecclésiastique laicus, de même sens.
1. Qui, à l’intérieur de l’Église, n’appartient ni au clergé séculier ni au clergé régulier ; qui n’est ni ecclésiastique ni religieux. Les membres laïques du conseil paroissial. Il est de condition laïque. Réduction d’un clerc, d’un prêtre à l’état laïque, son retour à cet état, soit parce que son ordination a été invalidée, soit par l’effet d’une décision pénale de l’Église, soit à sa demande (aujourd’hui, le droit canon dit Perte de l’état clérical). Costume, habit laïque. Subst. Les clercs et les laïques ou les laïcs.
2. Qui est étranger à toute confession ou doctrine religieuse. Morale laïque. Un État laïque, qui ne reconnaît aucune religion comme religion d’État. Les lois laïques de Jules Ferry, inspirées par le laïcisme. L’enseignement laïque, conforme aux principes de la laïcité. L’école laïque et, subst. (fam. et vieilli), la laïque. Subst. Un laïque, une laïque, personne qui soutient le laïcisme, la laïcité.

Source pour les éditions antérieures à 1992 : les huit premières éditions du Dictionnaire de l’Académie française sur cédérom (éd. Redon). Pour l’édition de 1992, édition en ligne : http://www.cnrtl.fr/definition/acad....

Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire de Ferdinand Buisson

Ferdinand Buisson, directeur de l’enseignement primaire de Jules-Ferry, parlementaire, professeur à la Sorbonne [2] a dirigé un célèbre Dictionnaire de pédagogie qui a connu deux éditions en 1887 puis en 1911. L’article laïcité, resté emblématique, commence ainsi :

Ce mot est nouveau, et, quoique correctement formé, il n’est pas encore d’un usage général. Cependant le néologisme est nécessaire, aucun autre terme ne permettant d’exprimer sans périphrase la même idée dans son ampleur.

La laïcité de l’école à tous les degrés n’est autre chose que l’application à l’école du régime qui a prévalu dans toutes nos institutions sociales. [...] Toute société qui ne veut pas rester à l’état de théocratie pure est bientôt obligée de constituer comme forces distinctes de l’Eglise, sinon indépendantes et souveraines, les trois pouvoirs législatif, exécutif, judiciaire. Mais la sécularisation n’est pas complète quand sur chacun de ces pouvoirs et sur tout l’ensemble de la vie publique et privée le clergé conserve un droit d’immixtion, de surveillance, de contrôle et de veto. [...] La grande idée, la notion fondamentale de l’Etat laïque, c’est-à-dire la délimitation profonde entre le temporel et le spirituel, est entrée dans nos moeurs de manière à n’en plus sortir. Les inconséquences dans la pratique, les concessions de détail, les hypocrisies masquées sous le nom de respect des traditions, rien n’a pu empêcher la société française de devenir, à tout prendre, la plus séculière, la plus laïque de l’Europe.

Le sens de laïque défini comme « non-clerc », avec l’acception qu’en ont les partisans de la laïcité est défini dans l’article laïque :

Quelle est l’origine et la signification exacte de ce mot laïque, d’où la génération contemporaine a tiré le néologisme laïcité ? Test ce que nous allons essayer d’expliquer en quelques lignes. [3]
Ces recherches étymologiques conduisent à autre chose qu’à la satisfaction d’une vaine curiosité. Les constatations que nous venons de faire portent avec elles leur enseignement. Le clergé, les clercs, c’est une fraction de la société qui se tient pour spécialement élue et mise à part, et qui pense avoir reçu la mission divine de gouverner le reste des humains ; l’esprit clérical, c’est la prétention de cette minorité à dominer la majorité au nom d’une religion. Les laïques, c’est le peuple, c’est la masse non mise à part, c’est tout le monde, les clercs exceptés, et l’esprit laïque, c’est l’ensemble des aspirations du peuple, du laos, c’est l’esprit démocratique et populaire.

Trésor de la langue française informatisé (article « laïque »)

Remarque. « Depuis la crise de 1880-1910 entre l’Église et l’État, l’usage s’est établi en France, de réserver les deux orthographes du mot à deux significations différentes : laïc s’écrit des chrétiens qui n’appartiennent pas au clergé ni aux ordres religieux (le nom correspondant est laïcat, « ensemble des laïcs ») ; laïque s’écrit de ce qui respecte strictement la neutralité vis-à-vis des diverses religions » (Dupré 1972 [4]).

http://www.cnrtl.fr/definition/laïque

Notes

[1Citation d’Alain D. : « Le substantif s’écrit au masculin laïc, au féminin laïque ; l’adjectif s’écrit toujours laïque » (Robert des difficultés).

[2Ajoutons qu’il fut parlementaire, co-fondateur puis président de la Ligue des droits de l’homme, président de la Ligue de l’enseignement et même prix Nobel de la Paix en 1927.

[3Il revient sur l’étymologie grecque des deux termes.

[4Renvoie à DUPRÉ, Paul. 1972, Encyclopédie du bon français dans l’usage contemporain, Paris, Éditions Trévise, 3 volumes.

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