Là où... là que ?

« J’habite là où ma famille s’est installée il y a un siècle ».
« Je reviens là où j’ai longtemps travaillé. »

Mais :
« C’est là que j’habite »
(L’Académie française admet aussi : « c’est là où j’habite ».)

Dictionnaire de l’Académie française, 9e édition, 1992 :

« LÀ. [...] 6. Servant d’antécédent à un relatif. Là où , à l’endroit où. Elle est toujours là où l’on s’amuse. Mon livre n’est plus là où je l’avais posé. Fig[uré] Là où vous rencontrez le plus de difficultés, là vous devez persévérer. Se dit spécialement pour marquer une opposition. Il garde espoir là où d’autres perdraient courage. C’est là où, c’est là que , c’est à tel endroit, à tel moment, dans telle situation. C’est là qu’il a vécu. C’est là où l’intrigue se noue, à ce moment de l’action. C’est là qu’il faut faire preuve de rigueur, dans ces circonstances. [...] »

Question-Réponse : « c’est là... que/c’est là où » ?

Faut-il dire c’est là que j’habite ou c’est là où j’habite ? Mes amis français s’opposent mais j’ai des difficultés a trouver la clé de cette subtilité !

Dans la construction avec c’est... , l’Académie française admet les deux constructions (voir plus haut).

Jean Girodet recommande l’emploi de c’est là que...est totalement contraire. Le Dictionnaires des pièges et difficultés de la langue française (Bordas éd.) indique en effet (article « là ») :

« Là où. Emploi parfaitement correct quand la locution n’est pas précédée de c’est : Nous avons retrouvé notre ami là où nous l’avions laissé. — En revanche, dire c’est là que , car c’est là où est un tour relâché : C’est là que nous retrouverons notre ami. »

Même position chez Péchoin et Dauphin (Larousse des difficultés du français (sous le mot « là ») :

«  Là où peut servir à introduire une propositon relative (j’irai là où il se trouve ; là où je vais, on n’a pas besoin d’argent), sauf après c’est qui commande là que : c’est là que je vais.

Il en va de même pour Jean-Paul Colin (Bordas des difficultés), mais pas pour Hanse et Blampain qui reprennent, dans la construction avec c’est le « droit d’option » admis par l’Académie.

À leur tour, Grevisse et Goosse (le Bon Usage, 14e éd., § 1113, c) rappellent que dans les autres constructions qu’avec c’est..., c’est le relatif qu’il faut employer lorsque l’antécédent est un adverbe de lieu (là, là-bas, partout, quelque part...), avec notamment cet exemple :
Elle nous verra de là-haut [= du paradis], elle est sûrement plus heureuse que nous (Pagnol, Marius, I, 3).

En revanche, ils n’ont pas un jugement aussi tranché que Girodet (Bon Usage, § 456, b, 3) :

« Par contre, il n’est pas rare que l’habituel C’est là que… soit concurrencé par C’est là où… (peut-être favorisé par les contextes dans lesquels là où est normal [référence au § 1113, c, précédemment cité] : C’est là où vous vous trompez (Martin du G. [1], Jean Barois, Pl[éiade], p. 458).
« On dit parfois : C’est où j’habite. Ce tour se trouvait notamment dans la formule figurée C’est où je l’attends, que l’Ac[adémie] mentionne encore en 1932, mais qu’elle a abandonnée en 1986 au profit de C’est là que je l’attends, à laquelle elle a ajouté C’est là où je l’attends en 1992. »

Essai de synthèse

Avec c’est, deux logiques se heurtent, en fait : celle de la construction propre au français « C’est... que/qui » ; celle de la construction qui impose là où... si n’est pas précédé de c’est (comme dans : là où je vis, il pleut souvent).

Résumons cela avec des exemples dans un tableau :

 
Construction sans c’est
Construction avec c’est
obligatoire Là où je vis,

le climat est agréable

----
que recommandé*
----
C’est là que

je vis depuis deux mois

ou que admis**
----
C’est là que

je vis depuis deux mois

C’est là où

je vis depuis deux mois

Que conclure ? On se doit d’admettre la double construction avec c’est (c’est là où... c’est là que). On peut se rappeler (par courtoisie et pour ne pas les froisser inutilement) que puristes et purpuristes s’en tiennent au seul « c’est là que... » !

* Le Petit Robert éd. 2009 (article « là ») et la lupart des auteurs d’ouvrages normatifs : Girodet, Péchoin et Dauphin, Colin, .
** Grevisse et Goosse (le Bon Usage, Hanse et Blampain, Académie française.

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