Impacter

Impact, au sens figuré de « répercussion » (et plus seulement de « choc, point de contact »), est contesté par l’Académie et la plupart des dictionnaires. Il est pourtant entré dans l’usage courant. Son dérivé impacter est régulièrement formé... mais franchement pas joli joli ! Alors, autant s’en passer au profit de frapper, (fortement) toucher, avoir des répercussions...

Question-Réponse

L’adjectif impacté, dans le sens de « qui a subi un impact » est il français ?

C’est un néologisme peu utile (emprunté à l’anglais) qui
signifie être touché par..., voire subir des répercussions en raison de.... Il s’est répandu dans le vocabulaire des entreprises (le chiffre d’affaires a été impacté par...

On peut s’en passer très aisément... sauf naturellement ceux pour lesquels l’emploi d’un pseudo-jargon technique (le jargon, en tant que langage spécialisé, a son utilité) fait bien... et pour tout dire vous classe parmi les initiés se reconnaissant à l’emploi du même code linguistique comme les chiens se reconnaissent en se flairant. Trêve de mauvaise humeur ! La formation du verbe impacter (et, par dérivation, du participe passé impacté) est régulière.

Pour autant, impacter est trop récent pour être pris en compte par les dictionnaires... et contesté par les dictionnaires des difficultés (c’est un signe : ils n’ont pas encore été impactés par le phénomène). Mais ils critiquaient déjà l’emploi abusif d’impact au sens figuré :

  • au sens premier, l’impact est la marque, la trace que laisse un projectile sur l’endroit qu’il touche (impact d’un gravier sur un pare-brise, impact de balle sur la carrosserie ou dans un mur) ;
  • au sens figuré, c’est une marque résultant d’un choc violent ;
  • par extension du sens figuré, et par effet de métonymie, c’est le résultat, voire les évolutions de trajectoire résultant du choc : L’institution du « contrat première embauche » (CPE) a eu un impact tel sur la jeunesse étudiante que les mouvements sociaux qui en ont résulté ont contraint le gouvernement à le faire abroger en 2006.

C’est cette extension à laquelle renvoie souvent impacter. Quand on dit : Telle institution, tel bilan financier a été impacté(e) par tel évènement, c’est moins au choc lui-même qu’à ses répercussions dont il est question.

Impact et les dictionnaires

Littré (Supplément au Dictionnaire de la langue française) connaissait impact vers la fin du XIXe siècle :

IMPACT. — (in-pakt’) s[ubstantif] m[asculin]. Terme de balistique. Point d’impact, point où la trajectoire du centre d’un projectile rencontre une cible. Lat. impactum, supin de impingere, heurter (voy. IMPACTION [1]).

L’Académie « ignorait » encore impact dans la 8e édition (1932-1935). La 9e édition (en cours de publication depuis 1994), écrit à son propos :

« IMPACT (c et t se font entendre) n. m. XIXe siècle. Emprunté du latin impactum, supin de impingere, « frapper contre ».
1. Choc d’un projectile contre un corps. Point d’impact, endroit où un projectile vient frapper. Le point d’impact d’une météorite. Par méton. Trace, trou qu’un projectile laisse à l’endroit qu’il a heurté. Des impacts de balles. 2. Fig. Effet violent, vive répercussion. L’impact du « J’accuse » d’Émile Zola sur l’opinion. C’est par une extension abusive qu’on emploie impact en parlant d’une influence diffuse ou générale. »

Cette condamnation est relativement récente. Le Larousse des difficultés du français d’Adolphe Thomas (1971) ne condamnait point un usage qui n’était pas généralisée sans doute, même si le sens étendu de répercussion est attesté par le Robert historique vers 1955 [2].

Girodet condamne d’emblée l’emploi au sens étendu (plus que figuré) :

« Impact, n. m. Attention au sens figuré abusif.

« 1. Sens propre et irréprochable : « choc d’un projectile » (Le point d’impact d’une balle).

« 2. Le sens figuré est parfois employé de manière abusive dans la langue à la mode. Pour varier, on emploiera plutôt effet, répercussion, retentissement : L’effet (et non l’impact) de ces mesures dans l’opinion publique. Le retentissement (et non l’impact) de ces mesures dans l’opinion publique. Le retentissement (et non l’impact) d’une déclaration officielle. »

La tonalité est peut-être atténuée, mais la chanson reste la même chez Colin (Robert des difficultés) :

« On évitera de suivre les journalistes qui parlent à tout moment de l’impact d’une nouvelle, et on se rappellera le sens premier de ce substantif, « choc, heurt d’un projectile contre la cible » : le point d’impact d’une balle. Si on tient à employer impact au figuré, il sera souhaitable de ne pas l’appliquer à n’importe quelle sorte de nouvelle ou d’évènement. On évitera : L’impact économique de l’O.R.T.F. en France (titre du Monde) ; l’impact des décisions du gouvernement (ibid.). On préférera, selon les cas : effet, répercussion, retentissement. »

Sévère jugement confirmé par Hanse, qui fait référence comme Girodet à un effet de mode :

« Impact, n[om] m[asculin], a été un un « mot dans le vent ». Proprement, il désigne le choc d’un projectile (point d’impact ; d’où : le trou, la trace qu’il laisse à l’endroit qu’il a heurté violemment. Au figuré : l’effet de surprise, de choc. L’Académie souhaite avec raison qu’on ne dépasse pas ce sens, où apparaît encore l’idée d’une action forte, brutale. Mais le mot est couramment dans le sens, même affaibli et favorable, d’influence, de conséquence. Ce n’est pas une raison pour en faire un féminin ! »

On peut aisément imaginer que les mêmes, dans des éditions futures, condamneront le dérivé impacter.

Mais, pour ce qui est d’impact lui-même, dans le sens figuré « étendu », le glissement est acté (même à regret) par Péchoin et Dauphin Larousse des difficultés (1998-2001) :

« Impact est aujourd’hui employé non seulement dans son premier sens de « heurt d’une chose contre une autre, choc », mlais également au sens figuré de « influence forte », voire d’« influence en général » : une étude d’impact (=étude de l’influence qu’aura sur le milieu naturel une installation industrielle) ; l’impact d’un écrivain, l’impact d’une publicité. Cet emploi est aujourd’hui si courant qu’il ne peut plus être considéré comme fautif. On pourra toutefois préférer [3], dans l’expression soignée, et hors de tout contexte technique, les équivalents influence, ascendant, pouvoir, empire, domination, attraction, éclat, rayonnement, en fonction du contexte. »

Le tout est de ne pas se laisser prendre par le jargon « à la mode ». Sera-t-on, ici, dans le cas de la mode qui se démode ou l’emploi étendu d’impact sera-t-il durable ? Personne n’en sait rien. L’usage ne se détermine pas sur dix ni même vingt ans, mais sur une longue période.

On peut cependant éviter, en l’état, l’inutile et peu esthétique impacter ! Pas d’injonction ici (et d’ailleurs, avec quelle portée ?), mais une demande pour que se pratique la plus belle langue possible... C’est à toi amie lectrice, à toi ami lecteur qu’appartient ce possible !

Notes

[1Que Littré définit ainsi : « Terme de chirurgie. Fracture du crâne, d’une côte, du sternum, en plusieurs pièces, dont les unes font saillie en dedans et les autres en dehors ».

[2Robert historique imprimé en 1998 mais qui ignore encore la dérivation impacter).

[3C’est nous qui soulignons.

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