Histoire des accents

Les accents ont été introduits progressivement dans la langue écrite à partir de la Renaissance.

Nous sommes accoutumés aujourd’hui aux trois accents aigu, circonflexe et grave. Si ces trois accents ont fait l’objet de propositions dès la première moitié du XVIe siècle — notamment depuis la publication, en 1529, du Champleury de Geoffroy Tory —, le choix de l’orthographe ancienne, étymologisante, fortement défendu déjà par Robert Estienne (Dictionnaire francoislatin, 1539-1551) a fini par prévaloir : plus peut-être qu’une décision sur une question qui pourrait être arbitrée, le choix de l’orthographe ancienne par l’Académie française, pour la première édition de son Dictionnaire en 1694, marque peut-être davantage l’état d’un rapport de forces [1].

Les accents, création des éditeurs-imprimeurs de la Renaissance

L’écriture manuscrite du français médiéval ne connaissait pas les accents. Les lettrés pratiquaient le latin : c’était la langue de l’Église, des traités et même la langue d’enseignement. La prononciation du français a évolué par rapport à celle du latin (distinction u/ou par exemple ; mais aussi l’apparition de la prononciation eu que rend notre e actuel.

La Renaissance a été un prodigieux moment de révolution intellectuelle, d’essai de renouvellement et de développement de la pensée, marqué par le développement de cet outil révolutionnaire que fut l’imprimerie. Est-ce le rôle du français de Cour [2], avec l’invention du « bon usage » dont Vaugelas est le symbole ? Est-ce la création, par Richelieu, de l’Académie française et le rôle qu’ont pris les littérateurs dans les débats sur la langue [3] ? En tout cas, on ignore trop souvent le rôle majeur qu’ont joué les éditeurs-imprimeurs de la Renaissance dans la mise en valeur de la langue. C’est à eux qu’on doit l’emploi des accents en français écrit et pourtant qui, hormis la gent typographique et les spécialistes de l’histoire de la langue, connaît Geoffroy Tory, auteur de la première tentative de Code typographique:le Champfleury ?

De l’emploi des accents, on fut chiche : Robert Estienne n’admettait le é qu’en finale de mot ; l’accent grave ne fut initialement utilisé que sur la lettre a, et seulement pour distinguer des homophones grammaticaux (la/là ; a/à...) ; quant à l’accent circonflexe, pour la défense duquel d’aucuns se mobilisèrent énergiquement en 1990 [4], il n’existait tout simplement pas dans la première édition (1694) du Dictionnaire de l’Académie française !

Retour sur les batailles d’accent

Le lecteur se souvient peut-être de la bataille d’accents circonflexes qui fit rage en 1990, après la publication des rectifications orthographiques du Conseil supérieur de la langue française. Cette bataille ne fut pas la première, et sans doute pas la plus furieuse bataille d’accents de l’histoire de la langue française.

Les accents n’ont été introduits que progressivement, notamment à partir de la 3e (1740) et surtout de la 4e édition (1762) du Dictionnaire de l’Académie française. Suivant la tradition de Robert Estienne, la 1re édition, en 1694, n’admettait le e accent aigu qu’en finale du mot, jamais ailleurs ; l’accent circonflexe n’était utilisé que pour des distinctions entre homographes (du/dû), et l’accent grave, de même, sur le a (à/a, la/là). L’accent grave pour marquer le « e ouvert », notre è, ne fut introduit qu’en 1762, bien qu’un siècle auparavant Corneille s’y fût déjà déclaré favorable dès 1663.

Le Dictionnaire de l’Académie française de 1694 réservait le a sans accent à la 3e personne du singulier du verbe avoir conjugué au présent ; choix logique pour éviter des confusions de sens. D’emploi sur le e pour marquer l’« E ouvert » (è), il ne fut question, dans son Dictionnaire, qu’au milieu du XVIIIe siècle.

Notes

[1Les débats sur l’orthographe ont été extrêmement vifs tout au long de la Renaissance. On pourra se reporter notamment aux ouvrages suivants :

  • l’Orthographe, de Nina Catach (PUF/Que sais-je ?) ;
  • le Roman de l’orthographe — Au paradis des mots avant la faute (1150-1694), de Bernard Cerquiglini (Hatier) ;
    — l’Accent du souvenir, du même auteur (éd. de Minuit).

[2Celui de la cour du roi.

[3Nous-même avons fait référence à Victor Hugo.

[4Rectifications orthographiques du Conseil supérieur de la langue française.

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