Faire bleu (expression)

Faire bleu, c’est faire l’école buissonnière.

Débats en novembre 1999

Frédéric Wronecki (06.11.1999) . — Une collègue lorraine a employé un jour devant moi l’expression faire bleu, qui signifie là-bas s’absenter, sécher. Qui connaît l’étymologie de cette étonnante expression ?

Joseph Makarewicz (06.11.1999) . — J’oserais un rapprochement avec l’expression passer au bleu qui signifie ne pas mentionner, faire disparaître.

Dominique Didier (06.11.1999). — Je m’aperçois, à mon grand désarroi, que les expressions un bleu, faire un bleu et bleuter ne figurent pas dans mes dictionnaires d’argot. Pourtant je les ai couramment employées comme élève, pion, prof, en Alsace ; j’étais compris de mes amis en Lorraine et mes élèves ou collègues champenois les utilisent.

Mais en cherchant mieux, je découvre l’expression passer au bleu au sens de faire disparaitre, escamoter (Colin-Mével-Léclère, Dictionnaire de l’argot français et de ses origines, Larousse, 1990). Un sens est né de l’autre. Aucun des composés de bleu n’apparait dans les dictionnaires des français régionaux de l’Est, les termes sont donc récents mais je peux certifier qu’ils sont fréquents.

Maitre, je vous prie d’excuser l’absence de mon petit bleu des dictionnaires pour cause de parisianisme exacerbé. Je vous assure que cela ne se reproduira plus. Le petit bleu a beaucoup souffert d’être traité comme une bleusaille et pourchassé par les bleus lorsqu’il cherchait seulement des bleuets. Il voudrait tant se mettre au vert, alors ne lui décernez pas un carton rouge parce que vous aurez vu en lui une bête noire.

Paul Rivaud (07.11.1999). — À rapprocher de n’y voir que du bleu = ne rien voir. Dans le sens de ne pas mentionner, faire disparaître, dissiper, escamoter, Claude Duneton indique une analogie avec l’anglais wash-out (lavé, lessivé). Origine : le jargon de la marine anglaise au temps où les messages étaient écrits et transmis sur une ardoise que l’on essuyait après usage. Douteux ? Douteux, aussi, le rapport fait par M. Rat avec l’azurage du linge.

Johannes Baagoe (07.11.1999). — À Mulhouse dans les années soixante, l’argot lycéen utilisait couramment faire un bleu et même bleuter pour faire l’école buissonnière. Je ne sais pas si cet usage subsiste ni s’il était (ou est) plus général. Est-ce qu’une expression allemande ou dialectale pourrait fournir une explication ?

Christian Weisberger (07.11.1999). — C’est une traduction littérale de l’expression allemande blau machen.

Joye Lore-Lawson (07.11.1999). — Mais blau peut vouloir dire ivre en allemand, nichts ?

Christophe Masson (07.11.1999). — Comme gris, ou noir, en français, d’ailleurs.

Commentaire reçu en janvier 2002 par courriel :

« Il me semble que, de toute évidence, c’est christian Weissberger qui a raison. Blaù màche existe aussi en alsacien dans le sens de Schwenza : Hesch d’Schuel g’schwenzt ? (Tu n’es donc pas allé à l’école ?) »

Partager

Imprimer cette page (impression du contenu de la page)