Éthylo...mogie : « Au quai ! » (OK, Okay)

Dans notre série, les éthylo...mogies [1], voici quelques explications aussi alternatives que fantaisistes sur l’origine de O. K., Okay.

Questions & débats (septembre 2000)

Dominique Didier (6/9/2000). — Il s’agit en fait d’une expression d’origine française ! On demandait dans les ports américains si tout allait bien à bord ou s’il fallait mettre le navire en quarantaine, et les marins bretons, normands ou basques répondaient tous en chœur : Au quai ! Après un si long périple, ils ne voulaient pas s’embarrasser de formalités inutiles et ils souhaitaient dépenser au plus vite leur solde dans les bouges.

Michel Guillou (6/9/2000). — L’expression est effectivement attribuée aux marins dans ces fameux bouges, vous avez raison. La police militaire en patrouille faisait irruption et demandait à la ronde si tout allait bien. Hoquet ! Hoquet ! répétaient les matelots ivres qui avaient bu plus de raison et indiquaient ainsi leur impossibilité de répondre passagère, sujets qu’ils étaient alors à ces contractions du diaphragme que nous connaissons. Les marins américains présents dans les mêmes bouges des mêmes ports ont trouvé l’expression plaisante et accommmodé l’onomatopée à leur sauce : OK !

Dominique Didier (7/9/2000) — Cela me paraît assez douteux car les marins ivres auraient été incapables d’articuler encore ce mot de manière cohérente vu leurs spasmes aérophagiques.

L’hypothèse est tout aussi peu certaine que celle du professeur en Sorbonne Émile Héhunenuy (1815-1914) qui faisait remonter l’usage au jargon des écoliers du Collège des Cinq-Nations qui déclaraient lorsqu’ils étaient d’accord ou que l’argument convenait hoc est [2] ou « c’est cela ». Ensuite dans la bouche de quelques coupe-jarrets et autres tranche-montagnes, elle se serait simplifiée en Okesse, puis Okè. Il cite à ce propos un ouvrage d’un certain Theodoricus Heremitus, élève de Michaelus Colluquius, De novis verbis.

L’expression serait devenue populaire après la représentation de la Farce du ord et puans sainct Nicholas à l’estaminet de la Gare. Malheureusement, on ne possède que quelques fragments de la pièce sans cette réplique répétée, selon Héhunenuy qui cite Heremitus, six cent six fois : elle n’apparaît dans aucun des vers. Quant à l’ouvrage d’Heremitus, son unique exemplaire disparut dans l’incendie du palais des Tuileries en 1871.

Il serait d’ailleurs assez étonnant qu’une expression latine employée par des étudiants et des filous passât facilement les siècles sans laisser de traces pour ressurgir outre-Atlantique. Nous en sommes réduits à de cruelles conjectures...

Michel Guillou (7/9/2000) . —Non, ce n’est pas étonnant. Les Américains nous ont donné la syphilis, nous leur avons donné le hoquet, vous dis-je.

Don Schtroumpfeone (6/9/2000). — En fait, à l’époque où le français était l’unique langue diplomatique, on se référait souvent à l’arbitrage du Quai d’Orsay pour la formulation des traités. Aux diplomates américains qui demandaient si leur texte était convenable, on disait qu’on allait demander au Quai. L’un d’entre eux n’a pas compris.

D’ailleurs, à un diplomate grec, qui était aussi marin, et à qui on demandait de retirer la conjonction et et qui ne comprenait pas, on a tenté de traduire le « et » par o « kai », alors qu’il aurait fallu dire to « kai », mais on n’a pas osé, car le précédent à qui on l’avait dit avait cru qu’on le traitait de toqué.

Joye Lore-Lawson (7-9-2000). — Version disputée dans les nouvelles éditions de« Qu’inventé-je ? » C’est que les matelots en question, ayant bu tout le vin à bord, destinés aux pauvres Ricains assoiffés (à l’époque pré-Mondavi, voyez-vous, ne pouvaient que répondre aux questions par des hoquets) : Hips ! Hips ! Où ? R.A.S. (qu’ils prononçaient ras avant de se casser, bien sûr).

Les explications « sérieuses » sont ici !

Notes

[1À ne pas confondre avec les étymologies.

[2En latin.

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