Erreurs d’accord au plus haut niveau

Les plus hautes autorités ont trébuché sur un accord du participe passé qui se perd à l’oral mais reste la marque de la langue écrite... ou surveillée.

Joseph Hanse, dans l’article qu’il consacre à l’accord du participe passé dans le Nouveau Dictionnaire des difficultés du français modernes (3e édition, 1994), rappelait (p. 639-640) ces savoureuses d’erreurs d’accord commises « au plus haut niveau » :

« On s’est ému en 1974 quand le Président de la République française Valéry Giscard d’Estaing] [1] a dit publiquement : « Les décisions que j’ai pris » et « Toutes les décisions que je vous avais promis ». La faute est flagrante, mais on l’entend souvent dans la meilleure société française ou à la radio ou dans les débats parlementaires.

« On n’a même pas remarqué que Marcel Brion, recevant Jean Mistler à l’Académie française en 1967, a dit : « Je ne pense pas [...] que vous ayez faite vôtre sa théorie de l’inégalité des races humaines ». Le participe devait pourtant rester invariable. »

Valéry Giscard d’Estaing n’a pas été le seul fautif au sommet de l’État. On sait que, le 21 septembre 2000, le président de la République française s’était rendu célèbre par la reprise de l’adjectif abracadabrantesque dont on ne trouvait trace que chez Rimbaud. Mais à cette occasion, si la version écrite a été rectifiée, ce qui a dit était bien ceci : « Hier, on faisait circuler une rumeur fantaisiste sur une grave maladie qui m’aurait atteinte, sous entendu je ne serais plus capable d’assumer mes fonctions. Aujourd’hui, on rapporte une histoire abracadabrantesque. »

Cette erreur (c’est le président qui était atteint] avait été relevée dans le forum « fr.lettres.langue.francaise » et un extrait de cet entretien avec des journalistes, rediffusé ultérieurement, témoignait bien de l’erreur. On sait Jacques Chirac coutumier de l’insistance sur les liaisons, mais là, pas de liaison possible, même tardivement, entre atteint et sous-entendu. On trouve des traces de transcription (non corrigée) de l’interview ici et . Il existe également au moins une archive vidéo.

L’écrit se surveille mieux que l’oral spontané. En témoigne cet exemple cité par Marc Wilmet, non dans le Participe passé autrement, mais dans sa Grammaire critique du français : il y relevait (§ 464, au bas de la page 361) une absence d’accord « fautive » à l’oral dans une intervention télévisée (avril 1992) de François Mitterrand, pourtant fin praticien de la langue : « ... dans les conclusions qu’ils m’ont remis le 9 avril.... », quand remises correspondait à la règle (ce sont les conclusions qui ont été remises).

Notes

[1V.G.E. a été élu membre de l’Académie française en 2003, au fauteuil du poète-président Léopold Sédhar Senghor, qui fut agrégé... de grammaire !

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