Échappée belle (l’) - Ils l’ont échappé belle

Dans « il l’a échappé belle », le participe passé « échappé » reste invariable.

Un échange de 1999, dans le forum Usenet fr.lettres.langue.francaise, a conduit à préciser l’origine de l’expression.

Le sens des expressions figées

L’échappée belle, c’est l’avancée solitaire — et parfois fulgurante — d’une personne qui échappe aux autres. L’emploi est fréquent dans le vocabulaire sportif, notamment cycliste (l’échappée belle d’un coureur cycliste pendant une étape du Tour de France ; l’échappée belle d’un concurrent pendant une épreuve d’athlétisme ou de cross-country).

Elle l’a échappé belle signifie qu’elle a échappé à un grand danger sans que ce l’ soit analysable autrement que comme équivalent du neutre « à cela ». Le participe passé échappé reste donc invariable.

Questions & débats

« Alain D. » (07.09.1999). — Pour corriger l’impression que je donne à certains de tomber à bras raccourcis sur Le Monde, je me plais à relever l’heureux titre en première page : L’échappée belle de Jacques Chirac au pays des Inuits. En français ordinaire, on eût écrit la belle échappée ; mais l’inversion est plaisante et agréable, faisant penser (bien que cela n’ait rien à voir) à il l’a échappé belle. Mais les vieux démons ressurgissent toujours, et je ne peux m’empêcher de verser un pleur sur les Esquimaux disparus.

Félix (07.09.1999).. — Mais que référence donc ce L ? Le désastre ou la catastrophe ? Le second cas rajouterait un E à échappé.

Luc Bentz (07.09.1999). cita :

Hanse (Nouveau dictionnaire des difficultés du français moderne, 3e éd., 1994), article « Échapper » :

« 4. On a dit autrefois : échapper la potence, l’accident, un danger (=éviter).— Comme dans la bailler belle, le pronom représente la chose dans L’ÉCHAPPER BELLE. L’expression signifiait sans doute : manquer une occasion qui était pourtant belle. Aujourd’hui, elle est figée (le participe est invariable) dans un sens tout différent, échapper de justesse à un danger : ils l’ont échappé belle. »

Grevisse et Goosse (Le Bon Usage, 13e éd., 1993) :

§ 646, b — « Dans certaines expressions, le, parfois la et les s’emploient sans antécédent. [...] La : L’échapper belle (l’=la balle, expr. empruntée au langage des joueurs de paume). »

§ 909, Rem. — « Le participe passé reste invariable dans les expressions il l’a ÉCHAPPÉ belle", [...]. Ce sont des formules figées, dans lesquelles le participe reste invariable selon l’usage ancien (cf. § 907, hist.), d’autant plus facilement que le pronom l’ n’est plus identifiable (il représentait le nom balle). »

Dictionnaire historique de la langue française (éd. Le Robert, sous la direction d’Alain Rey, article Échapper) :

« La locution l’échapper belle (1640) signifiait manquer une balle qui était belle, c’est-à-dire rattrapable ; aujourd’hui, elle équivaut à échapper de justesse à un danger.

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